MÉTAL HURLANT N°16 : ON N’ARRÊTE PAS LE PROGRÈS

France – 2025
Genre : Science-Fiction, Fantastique
Dessinateur : Stéphane Servain, Jor De Vos, Facundo Lopez, Vincenzo Balzano
Scénariste : Xavier Dorison, Jean-Pierre Dionnet, Alejandro Jodorowsky, Fred Duval…
Nombre de pages : 272 pages
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 20 août 2025
LE PITCH
D’abord le feu, ensuite la roue puis la poudre, le microscope et l’aéronautique, les greffes d’organe et Internet. L’humain a toujours su explorer et diriger son intelligence vers de nouveaux outils qui lui permettraient d’aller encore plus loin, mais il a aussi inventé des parapluies pour chaussures, les fake-news et un imbécile a même envoyé sa voiture dans l’espace. Capables du meilleur comme du pire, nos inventions reflètent souvent notre ambivalence et notre diversité !
Implant qui crie
Après un été torride Métal Hurlant prépare la rentrée avec un nouvel opus qui rafraichi… et fait même parfois froid dans le dos. L’avenir est en marche et pas sûr qu’il nous plaise tant que ça. Au moins en attendant on continuera à lire de la bonne bande dessinée.
La rédaction de Métal Hurlant aime à nous transporter dans le futur. Pas forcément un futur éclatant, plein de joie, d’espoir et porté par une humanité enfin débarrassée de sa stupidité congénitale, mais bien celui qui nous pend au nez, bardé de technologiques déshumanisantes, de systèmes sectaires et totalitaires, le tout sur une terre asséchée et sans âme. Une bonne barre de rire en somme. Peut-être est-ce l’atmosphère générale, une certaine lucidité ou les difficultés financière rencontrée par le groupe Les Humanoïdes associés, mais l’édito bien rageux pose immédiatement le ton : l’humanité ne sera pas forcément présentée sous son meilleur jour ici. Dorison et Stéphane Servais ouvre ainsi le programme avec le très réussi Alterego montrant comment dans une société obsédée par la jeunesse et l’apparence et où il est possible de louer le corps d’un autre, un petit papy va bouleverser toute une communauté de followers qui s’attendait à une aventure pleine de débauche. Le décorum fait mouche mais la petite touche de poésie romantique fait toute la différence. Pas beaucoup de notes d’espoir cependant dans L’enfant intérieur d’Etienne Appert où un simple implant permet de se reconnecter à son enfant intérieur… pour mieux devenir un être capricieux et destructeur. Pas mieux avec Detox signé Koren Shadmi où une jeune femme imagine pouvoir enfin vivre une relation amoureuse sans faire appel à son IA personnelle.
Déconnectons
L’argentin Facundo Nehuen Lopez s’attaque lui à des sectes religieuses qui profite des avancées technologiques pour reconstituer, et utiliser sans vergogne, une jeune réincarnation du Christ, tandis que le thriller L’extase du révérend Cole de Pierre Léauté et ADC confronte tous les évangélistes et faux prophètes à la sauvagerie de leurs ouailles. Mais la nouvelle graphique qui capture sans doute le plus efficacement l’appauvrissement général est celle de Thomas Ferroul, Doc-Trin’146 et son humanité rendue à l’état de zombies (littéralement) incapables d’aligner deux mots. Mais le volume ne s’accroche pas désespérément à sa thématique annoncée et propose aussi en cours de route quelques démonstration visuelles décoiffantes comme celle de Mislav Tomasinja et son univers psychédélique moebusien, Alberto Pagliaro et ses kaiju baroques ou Fafner et sa fresque technologico-barbare. On note aussi, forcément, les participations humoristiques d’un Alejandro Jodorowsky se moquant de philosophes jouant à celui qui pisse le plus loin, et d’un Jean-Pierre Dionnet plus loquace avec son petit bureaucrate de banlieue espérant enfin trouver son petit enfer personnel. A noter là aussi de superbes dessins signés Jorg De Vos.
Il serait laborieux de faire la liste complète du contenu de la revue, on évoquera alors la branche plus rédactionnelle offrant cette fois-ci des rencontres avec le réalisateur Sebastien Vanicek auteur de Vermines et bientôt de Evil Dead Burn, avec les créateurs du studio d’animation Fortiche (Arcane), avec Michael E. Uslan à l’origine de l’arrivée de Batman sur grand écran, du grand patron du matte painting Michael Pangrazio et question de rester dans le cinéma d’une belle série de considérations éclairées de Otto Maddox sur les plus belles affiches de nanars. On n’oubliera pas non plus une interview exclusive du génial Tsutomu Nihei à l’occasion de la sortie du nouveau Tower Dungeon. La dose est une fois encore bien chargée.





