MARQUÉS

Espagne – 2021
Genre : Fantastique
Scénariste : Damián
Illustrateur : Javier
Editeur : Ankama Editions
Pages : 104
Date de Sortie : 16 avril 2021
LE PITCH
Dix ans après un terrible drame, Pablo, 17 ans, et Marta, 20 ans, tentent de se reconstruire. Le jeune homme travaille dans un supermarché et pratique les arts martiaux pour canaliser sa colère. Sa sœur est thanatopractrice et, malgré la cicatrice qui lui barre le visage, elle reste belle et fière. Mais les choix de Pablo vont les faire basculer dans l’univers sordide des combats clandestins et la sortie de prison de leur mère va réveiller la douleur des drames passés.
La rage aux poings
Après la virée démoniaque et métal de The Killmasters, les cousins Damián et Javier, livrent un nouvel affrontement désespéré chez Ankama. Celui plus terre-à-terre, d’un frère et d’une sœur faces à l’implacable dureté de la vie.
The Killmasters était une grosse série B, voire Z, aussi bourrine que manichéenne. Marqués est un drame déchirant, largement plus réaliste, qui s’attache au quotidien âpre de deux jeunes gens à l’histoire familiale des plus compliqués. Une trajectoire pour laquelle le scénariste Damián, ancien éducateur spécialisé, s’est manifestement inspiré de son expérience et de ses rencontres. Pablo et Marta ont ainsi été abandonné par leur mère toxico, envoyée en prison, après avoir subi les maltraitances d’un beau-père dont on n’apercevra au final qu’une silhouette et une rage fugace. Pablo en sortira avec un tatouage bestial dans le dos que lui a fait ce dernier sans consentement. Marta avec une cicatrice au milieu du visage. Un père décédé depuis longtemps, un grand-père qui peine à préserver le lien… Forcément tous deux ont parfois bien du mal à se raccrocher à la vie, constamment rappelés à l’ordre par leur cicatrices visibles et celles plus enfouies. Elle, semble plus posée et apaisée, même si forcément son métier de thanatopractrice n’est pas un hasard. Lui en revanche continue d’être mu par une violence explosive, un besoin de vengeance et d’autodestruction qui vont le faire passer de petit dealer du dimanche à combattant sur des rings clandestins, quitte à mettre, lui et ses proches, en danger.
Dans la peau
Tout est affaire de reconstruction, de guérison, avant finalement que le point de non-retour ne soit atteint. La description de la banlieue, de ses petites vies abîmées et des âmes errantes qui l’habitent, touche constamment une corde sensible, crédible sans sombrer dans le misérabilisme. Les deux héros sont touchants, attachants, même dans leurs relations amoureuses naissantes, mais ce qui rehausse véritablement l’album et l’adjonction à cette approche entre la précision journalistique et le mélodrame télévisé, d’un graphisme fébrile concocté par Javier. Un trait légèrement caricatural, un poil cartoon, pourtant emprunts d’une lourde gravité, d’une sécheresse acérée et d’une dureté constante. Les personnages ont l’air fatigués, meurtris, en bout de course, tandis que les combats aux poings explosent le plus souvent dans un chaos de corps déformés et d’impacts brutaux. Une atmosphère particulière, sombre, qui baigne dans des couleurs opaques tout juste soulignées d’un rouge sang rappelant cette colère qui ne cesse de monter et asphyxie les deux héros.
Entre chronique sociale et petite tragédie urbaine, Marqués décrit avec sensibilité l’envers cruel de nos petites vies contemporaines.