LOVE KILLS

Brésil – 2019
Genre : Fantastique, Action
Scénariste : Danilo Beyruth
Illustrateur : Danilo Beyruth
Éditeur : Soleil
Pages : 248
Date de Sortie : 07 avril 2021
LE PITCH
Drogués et laissés pour compte se retrouvent chaque soir dans la plus grande métropole du Brésil. Se rencontrant par hasard, Helena et Marcus, sont bientôt hantés par le passé d’Helena qui révélera à son compagnon ses véritables origines. Il est temps pour elle d’expier ses erreurs passées, alors qu’un chasseur d’humains se lance sur ses traces, la transformant pour la première fois en proie.
Children of the Night
Les vampires ont la peau dure, et Danilo Beyruth connu chez nous essentiellement pour ses travaux chez Marvel (Les Gardiens de la galaxie, Deadpool V. Gambit, Ghost Rider), en revisite le mythe dans une traque urbaine et contemporaine dans les rues moites d’une citée d’Amérique du Sud.
Artiste brésilien qui fait osciller sa carrière entre les publications nationales et quelques visites remarquées du coté de Marvel, Danilo Beyruth signe avec Love Kills ce qui est, pour l’instant, sa production la plus imposante (par sa pagination mais pas que) et la plus personnelle. L’album de presque 250 pages n’est pas un simple recueil mais bien un album, un récit complet, que l’artiste aborde avec toute l’amplitude possible que laisse un tel luxe. Pas d’urgence narrative, pas de longue trame de texte à rentrer coûte que coûte, la narration se laisse guider par le découpage de Danilo Beyruth, à la manière d’un story-board ultra détaillé et avec la même fluidité qu’un manga. Les vingt premiers pages de Love Kills sont ainsi quasiment silencieuses, amenant dans un lent et long travelling, presque un plan-séquence, l’œil du lecteur à découvrir Helena, belle vampire, recluse dans un immeuble déserté, s’extrayant d’une baignoire remplie de terre, et s’apprêtant à partir en chasse dans les rues bondées plus bas. Une belle performance, qui à la fois impose le rythme à venir et permet de profiter pleinement de la finesse des illustrations, expressives, réalistes et énergiques, marquées par un noir et blanc ultra contrasté, mais toujours délicatement encré.
Médianoche
Tout Love Kills, ou presque, va donc passer par le dessin plus que par le texte. Il faut reconnaître d’ailleurs que le scénario en lui-même n’est pas forcément des plus marquants. Enième rencontre hors des normes entre une vampire et un simple humain, bien intentionné et joli garçon. Énième traque inversée où la demoiselle doit faire face à une horde rebelle et une menace venue de son passé. L’album fonctionne mieux de ce côté-là lorsqu’il s’attarde plutôt sur la description succincte mais efficace des habitudes de chacun, se dissimulant dans le milieu des toxicomanes pour les plus sauvages, ou préservant une apparence plus raffinée. Comme Victor, seul ami d’Helena, prisonnier d’un corps d’enfance et qui se garde une mère de substitution à portée de main, autant pour les convenances que pour les casse-croûtes. Une toile de fond esquissée pour une BD qui rapidement préfère s’engouffrer dans l’action plutôt que la réflexion, laissant alors à Danilo Beyruth le soin de laisser éclater son talent dans une succession frénétique de poursuites vampiriques, de duels bestiaux et de métamorphoses sanglantes. On est ici beaucoup plus près de la musculature série B d’un Blade que du romantisme anarchiste de Near Dark, même si Love Kills dresse entre les lignes, et les cadavres, le portrait d’une malédiction allant à rebours de l’habituelle célébration immortelle.
Quelques grammes de fond dans un déluge de forme. C’est autant la qualité principale que la limite de Love Kills.