LES MILLE ET UNE NUITS T.1&2

France, Italie – 2020, 2021
Genre : Conte, érotique
Scénariste : Trif
Illustrateur : Trif
Nombre de Pages : 96
Editeur : Tabou BD
Date de Sortie : 09 mars 2021
LE PITCH
Trahi par sa femme, qu’il aime par-dessus tout, le sultan Shahriyar décide de se venger en la tuant et pour noyer son chagrin il promet de tuer toutes les nuits une femme, après l’avoir aimée. Mais la rencontre avec Sherazade, la fille du vizir, va tout changer. La belle arrivera-t-elle à mettre fin au massacre engendré par l’amour blessé du sultan ?
Caresses linguales
Après s’être amusé quelques temps avec les contes européens, l’érotomane Trif tourne désormais son regard vers l’orient avec une relecture sensuelle et impertinente des fameuses Mille et une nuits. Un classique de la littérature mondiale explorant déjà les sens et les sentiments…
Un terreau effectivement idéal pour Trif qui, même s’il a entamé une carrière plus « traditionnelle » chez Les Humanoïdes associés avec Le Feu de Thésée, ne délaisse clairement pas la voie de l’érotisme. Un érotisme qu’il travail d’ailleurs avec beaucoup de sérieux et qu’il refuse de réduire au simple appareil. Dès sa relecture de Blanche Neige, pourtant encore très ancrée dans la parodie et la farce, dardait déjà un souci de construire un scénario solide et des personnages accrocheurs. Sentiment confirmé dans les suivants Cendrillon ou La Belle et la bête. Dans ce diptyque consacré aux Mille et une nuits, célèbre ouvrage du Xeme siècle issu d’un monde musulman très loin des doctrines islamistes, l’humour en tant que tel est définitivement absent, l’auteur préférant se rapprocher au plus près du texte original, de son mélange de sensualité et d’évasion. Sans les prendre au pied de la lettre, il retrouve d’ailleurs assez naturellement la magie qui se dégage des contes évoqués par la belle Sherazade.
1001 fantaisies nocturnes
Que ce soit dans le récit du pauvre prince transformé en oie blanche par une sorcière exigeante en performances, du vendeur de tapis et la princesse naturiste, les esclaves sexuelles d’un djinn bestial, ou du beau marin échoués sur l’île des 40 vierges très curieuses, il mêle avec subtilité la simplicité des contes moraux, toujours à double sens, et les attentes d’un lectorat venu dans le coin pour profiter tout de même de quelques ébats explicites. Les personnages, fantastiques ou non, s’explorent, se caressent, s’aiment et jouissent avec liberté, sans jamais une once de vulgarité ou de pornographie de bas étage. C’est sans doute pour cela que le lectorat féminin peut tout à fait trouver son compte dans ces deux albums… Aussi sans doute parce que chaque petite histoire rapproche de plus en plus Sherazade et son terrible sultan, d’une compréhension mutuelle et de la construction d’un couple équilibré et apaisé. D’où sans doute cette sensation parfois que l’auteur va un peu trop vite en besogne, se sent à l’étroit dans ces deux tomes d’une quarantaine de pages, où il est obligé de citer brièvement les prouesses d’Aladin et de taire de nombreuses autres histoires qui ne demandaient qu’à éclore. Il faut dire aussi que l’artiste a un talent plus que certain pour mettre en valeur de jeunes héros, masculins et féminins, particulièrement avenants, aux courbes délicates et finement dessinées, incarnés dans un monde à l’orientalisme fantasmé mais joliment évocateur. Sans doute qu’avec une colorisation moins numérique, l’atmosphère aurait encore gagnée en félicité.
Certainement trop court par rapport à la puissance et au potentiel colossal des véritables Mille et une nuits, le diptyque réussit cependant à en capturer tous les charmes inavoués et à livrer quelques extraits joliment érotiques.