LES ENFANTS DU BOIS

France – 2026
Genre : Fantastique
Dessinateur et scénariste : Andrea Casaran
Nombre de pages : 80
Éditeur : Drakoo
Date de sortie : 25 février 2026
LE PITCH
Pour son anniversaire, Aliénor reçoit un cadeau particulier de la part de son père inventeur : un petit frère au corps de métal. Malade depuis des années, la jeune fille espérait autre chose. Surtout que le jouet se nomme Blaise, comme le petit frère qu’elle n’a jamais connu. Et que son père prétend qu’il a une âme… Flanquée du garçonnet qui l’agace, Aliénor va un jour découvrir la vérité sur sa soi-disant maladie. Les deux enfants fuient alors dans les bois, où fantômes, goules et secrets les attendent…
Une petite mécanique du coeur
Inscrit par l’éditeur Drakoo au sein d’une offre dite « Young Adult », Les Enfants du bois est un conte gothique aux sujets lourds mais aux illustrations charmantes. Un contraste totalement assumé dans ce premier album français de l’artiste Andrea Casaran.
Jeune artiste ayant essentiellement pour l’instant œuvré dans l’illustration en free-lance, Andrea Casaran est avant tout italienne. Une nationalité qui n’a rien d’anecdotique puisque son travail répond directement à une « école » plutôt récente de la BD transalpine mélangeant références gothiques, univers de conte à la Disney et esthétique manga. Les Enfants du Bois s’y inscrit pleinement avec ses premières pages qui font inévitablement penser à l’atmosphère d’Alice aux pays des merveilles et à une certaine Angleterre victorienne ou l’imaginaire enfantin prenait peu à peu corps dans la littérature et les gravures. La dessinatrice est d’ailleurs très douée pour installer ses décors (les forêts sont vraiment très réussies) et ses costumes avec un soin toute particulier apporté aux textures et aux couleurs. On n’est jamais très loin des sensations d’un film d’animation, jusque dans les contours des visages légers, naïfs, très expressifs… peut-être un peu trop parfois, certaines cases pouvant ressembler à de mauvais arrêts sur image.
Sentier boisé
Quelques détails pour une esthétique dans l’ensemble extrêmement soignée et qui correspond parfaitement à cette ambiance voulue d’une fable hors du temps, à la fois assez naïve et inquiétante, suivant la fugue d’Aliénor, aux pertes de mémoires récurrentes et dé-sociabilisée par son père, et de son jeune « frère », Blaise, automate attachant mais dépendant. Leur fuite prend forcément des airs d’émancipation et de quête de la vérité sur leur propre nature, alors que leur géniteur / créateur se rapprocherait directement dans sa folie d’un Professeur Frankenstein tragique. Un tel voyage se suffirait à lui-même approchant les notions du deuil impossible, de la nécessité de la résilience mais aussi de la nature humaine et son lien, ou non, avec un corps charnel. Y a-t-il une âme dans la machine ? Un thème classique mais abordé avec une jolie forme de poésie et des sentiments mélodramatiques exacerbés mais qui aussi parasités par quelques ajouts inutiles, comme ces apparitions de goules profitant de la nuit pour fondre sur les enfants isolés. Des créatures sorties de nulle-part et sans réelle incidence sur l’histoire, là où sans doute la première partie de la BD aurait pu s’attarder plus longuement sur l’impact de la condition particulière de la jeune héroïne sur le monde réelle ou creuser plus avant sa relation avec un père relativement caricatural ici.
Des lors, Les Enfants du bois ne touche pas autant qu’il le devrait et donne surtout l’impression de feuilleter un joli livre d’image mais dont les émotions semblent toujours un peu trop forcées, trop artificielles, trop mièvres pour vraiment convaincre.




