LES AVENTURES ORIGINALES DE RED SONJA T.1 : 1975 / 1976

Marvel Feature presents Red Sonja #1-7 – États-Unis – 1975 / 1976
Genre : Fantasy
Scénaristes : Roy Thomas, Bruce Jones
Illustrateurs : Esteban Maroto, Dick Giordano, Frank Thorne
Nombre de pages : 144
Editeur : Graph Zeppelin
Date de Sortie : 09 mars 2021
LE PITCH
L’âge hyborien, un monde sauvage régi par le glaive. Une terre de héros tels que Conan le Cimmérien, Kull le Conquérant et… Red Sonja, la diablesse à l’épée, la guerrière d’Hyrkanie. Cette héroïne rousse à la fine lame, capable de tenir tête aux guerriers les plus téméraires revient… Ou plutôt débute car c’est ici que tout commence !
La diablesse à l’épée
Poursuivant son travail de réhabilitation des aventures Sword & Sorcery de la flamboyante Sonja, Graph Zeppelin s’attaque enfin à ses premières apparitions dans l’écurie Marvel, accompagnées par l’incontournable Roy Thomas qui l’a conçu ouvertement comme un pendant féminin, et fier de l’être, du conquérant Conan.
Vétéran des comics et institution à lui seul, l’illustre Roy Thomas aura régenté pendant une dizaine d’année les différents titres attachés au mythique Conan, que le succès éditorial amènera même à la production d’un long métrage tout aussi mythique. S’attachant énormément aux textes de Robert E. Howard, il n’hésite d’ailleurs pas à détourner quelques textes du nouvelliste pour les plier aux décors de l’ère hyboréen, quitte par exemple à transfigurer une guerrière, Sonya de Rogatino, apparaissant sur les murailles d’une Vienne assiégée par l’empire ottoman. Peu importe, il va en préserver la fougue, l’indépendance et l’héroïsme, la revêtir partiellement d’une cote de maille sexy, lui offrir une épée gigantesque et la plonger dans le voisinage sauvage de Conan et… Kull autre création d’Howard remodelée par Thomas. Une genèse un peu alambiquée mais qui n’empêche pas un engouement immédiat des lecteurs, fascinés tout comme Conan par ses capacités guerrières, son sex-appeal, sa chevelure rouge ardente et sa capacité à faire la nique aux grands mâles qui s’opposent à elle. Pas si fréquent que cela dans le petit monde des comics de 1973, encore moins lorsque la belle obtient son propre titre, Marvel Feature presents Red Sonja ! De personnage secondaire à figure tutélaire, Red Sonja ne se fait pas prier, toujours accompagnée par Roy Thomas qui reste directeur de publication même lorsqu’il laisse la main le temps de quatre épisodes au collègue Bruce Jones (The Incredible Hulk, Ka-Zar The Savage…) qui va quelque peu l’éloigner des terres sauvages pour la confronter à des figures plus proches de l’horreur gothique (une méduse, un automate proche du golem…).
L’étincelle et la flamme
Peut-être plus faillible que dans les publications plus récentes, l’héroïne explore des paysages inquiétants, est mise en difficultés, régulièrement par quelques membres du sexe opposé, mais finit toujours par se relever et reprendre sa route, seule. L’héroïne solitaire, courageuse, capable de clémence, capable surtout de s’affirmer en tant que femme, affichant son corps partiellement dénudé dans un bikini de côte de maille dont elle loue l’aspect pratique et choisissant ses partenaires sexuels non pas avec désinvolture mais avec la même liberté que son homologue Conan. Une série qui sous ses dehors pulp, ses joutes, ses monstres et ses sorciers maléfiques, défend un féminisme extrêmement progressiste, très en avance sur le reste de l’industrie mainstream, et qui va influencer d’autres titres à venir, de Wonder Woman à La Veuve noire. Un titre marquant, où l’on aurait pu regretter l’absence, pour le moment, de l’immense John Buscema, si les illustrateurs comme Esteban Maroto, Dick Giordano ne s’étaient pas montré autant à la hauteur. Dessinateur principal de ces épisodes, le fabuleux Frank Thorne (créateur du sexy Ghita of Alizarr et grand habitué d’Heavy Metal et Playboy) qui nous a malheureusement quitté il y a quelques jours à peine, délivre une prestation puissante, énergique, capable d’imposer quelques pleines pages méchamment spectaculaires, avant de s’attarder sur la colère ou le désarroi qui étreint Sonya. Ses atmosphères chargées rappellent même parfois les belles heures d’EC Comics, avec un soupçon de souplesse inédit pour la combattante à la chevelure mouvante au rouge éclatant. A noter que par contre les planches entièrement restaurées par Dynamite Entertainment ont été recolorisées avec un procédé numérique que beaucoup trouveront sans doute trop propre, trop lisse. Reste que malgré cette réserve, l’édition est superbe et entame une intégrale de quatre volumes déjà incontournables.