LES ARCANES DE LA MAISON FLEURY T.1: LE ROSSIGNOL

Italie – 2021
Scénariste : Gabriele Di Caro
Illustrateur : Gabriele Di Caro
Editeur : Tabou BD
Pages : 56
Date de Sortie : 20 avril 2021
LE PITCH
Londres, fin du XIXe siècle. Quelque temps après la vague de terreur causée par le tristement célèbre Jack L’éventreur, une nouvelle série de meurtres embrase l’East End. Décidé à ne pas encore subir l’ire de l’opinion publique, le commissaire Barnes compte bien ne pas laisser le monstre lui glisser entre les mains. L’enquête l’amènera dans la confortable et agréable maison de Madame Fleury et de ses délicieuses pensionnaires…
Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes
Après avoir exploré plusieurs facettes des pouvoirs de la féminité dans le très polisson Sous le paradis, Gabriele Di Caro développe plus généreusement son art avec Les Arcanes de la Maison Fleury, chronique d’une maison close affriolante où les pratiques des clients ne sont vraiment pas ce qu’il y a de plus inquiétant.
D’un album anthologique de dix petites histoires, souvent amusantes, Gabriele Di Caro change vraiment de dimension avec sa nouvelle création, et s’embarque dans un récit au long cours en trois tomes. Ici point de petites comédies sentimentales ou de fables délicieusement érotiques, mais un véritable récit, creusé et assez complexe, qui fait se croiser les exactions d’un nouveau serial killer dans le sillon de Jack L’éventreur, l’enquête d’un détective au bout du rouleau, un beau photographe de sujets dénudés, un magicien trop doué pour son bien… Et naturellement les pensionnaires d’un luxueux lupanar, que vient de rejoindre Pearl, demoiselle tout en timidité et en naïveté, qu’a placé pour sa protection un élégant, mais pas forcément bien intentionné, notable. L’auteur développe son récit tranquillement, tissant peu à peu les fils qui relient ce beau monde, laissant souvent entendre qu’il y a beaucoup plus à voir que ce qu’on nous montre (et pourtant qu’est-ce qu’on nous montre !), faisant un vrai effort pour donner à sa BD une dimension feuilletonnesque particulièrement réussie, avec ses petits effets de surprise bien sentis. Une lecture très agréable, dotée d’une atmosphère victorienne qui oscille entre le cruel d’un From Hell (quelques détails plus brutaux répondent présent) et une suavité plus proche de la cible initiale visée.
Service tout compris
Car comme Sous le paradis, Les Arcanes de la Maison Fleury est a réservé à un public averti. A la manière du Casino de Leone Frollo – auquel le trait fin des bouches et les postures, ressemblent beaucoup – Di Caro offre une belle reconstitution des maisons closes d’autrefois, insistant autant sur l’atmosphère feutrée et ouatée par une palette de couleurs très douce, que sur les formes de leurs principales stars. Si les scènes de sexe sont évidemment frontales et sans détours, elles sont en définitive beaucoup moins nombreuses que les vraies planches érotiques, venant célébrer les courbes de ces dames. Des femmes ici toujours plantureuses, aux seins opulents et lourds, aux hanches pleines et définitivement féminines, constamment mises en valeurs par des poses mutines ou provocantes, des cadrages caressants et, il faut le dire, des vulves admirablement dessinées (ce qui n’est pas si fréquent). Un vrai amour pour les dames qu’il dessine, et auquel il donne une vraie personnalité, toujours promptes ici à reprendre le pouvoir qu’on leur a ravi. Ce sera apparemment le cas avec la sublime Pearl, créature qui découvre ici ses premiers émois en observant les galipettes de ses voisines, et qui pourrait être capable de se faire obéir des hommes par un détour encore mystérieux.
Entre sexualité reconquise et allégorie politique, Les Arcanes de la Maison Fleury pourrait s’avérer des plus surprenants dans les tomes à venir.