LE TOUR DE GAULE D’ASTÉRIX

France – 1963/1965
Genre : Aventure, Comédie
Dessinateur : Albert Uderzo
Scénariste : René Goscinny
Nombre de pages : 128 pages
Éditeur : Les Editions Albert René
Date de sortie : 11 juin 2025
LE PITCH
Lassé par la résistance des plus célèbres Gaulois, l’inspecteur général Lucius Fleurdelotus fait construire autour du Village une palissade et décrète l’embargo. Nul n’entre ni ne sort, « et on vous oubliera ! », prédit l’envoyé spécial de Jules César. Pour Astérix, c’en est trop ! Il lance aux Romains un défi : il fera le tour de la Gaule et rapportera de chaque région, en guise de preuve, une spécialité culinaire. Commence alors une folle expédition que l’ensemble de la Gaule n’est pas prête d’oublier !
Whouaf !
Il n’a pas l’air comme ça, mais le petit canidé préféré des Gaulois vient de fêter allègrement ses 60 ans… Ce qui fait quand même 420 ans en années de chien ! Le brave toutou connait désormais quelques mignonnes aventures solo dans sa propre série de mini-albums, mais sa première apparition en librairie fut bel et bien dans Le Tour de Gaule d’Astérix qui ressort, ça tombe bien, dans une superbe édition de luxe limitée à 4500 exemplaires.
Si le brave toutou a donné son nom (qu’il devait d’ailleurs à un sondage auprès des lecteurs de Pilote) au studio d’animation des compères Goscinny et Uderzo, qu’il est le héros de sa série animée et de ses propres BD et qu’il semble aujourd’hui indissociable de la réussite des Aventures d’Astérix et Obélix, il n’apparut en définitive qu’en 1963 dans les pages de la prépublication du Tour de Gaule, qui deviendra le cinquième album de la série. Une demande du dessinateur qui trouvait qu’il manquait un petit quelque chose dans ses planches et certainement aussi une charmante mascotte aux deux compères. Espiègle comme toujours, le scénariste imagina alors faire simplement apparaitre le tout petit chien dans les rues de Lutèce, de le faire renifler le sac plein de victuailles des héros et le laisser les suivre à courte distance leur fameux pèlerinage culinaire. Progressivement, l’air de rien, cette présence devient naturelle jusqu’à ce que sur la dernière page, le géant Obélix ne semble le remarquer enfin et lui octroie une petite caresse sur la tête : une nouvelle amitié est née. Mais Idéfix, qui aura une part bien plus active dès le suivant Astérix et Cléopâtre, n’est que l’une des multiples trouvailles du Tour de Gaule d’Asterix. Un jalon important de l’histoire éditoriale de la série où Obélix lui-même affirme sa personnalité naïve et ronchon et surtout son fameux complexe (« Qui est gros ?! ») mais où surtout les auteurs donnent une portée inédite à leur croisement entre la fameuse lointaine Histoire de France (nos ancêtres les gaulois) et le regard caustique porté sur leurs contemporains.
La spécialité du village : la châtaigne !
Ici, il est donc bien question d’effectuer un grand tour de l’hexagone en quête des plus grandes spécialités locales (dont certaines n’existaient pas encore bien entendu) afin de défier comme toujours l’impérialisme romain, mais aussi de rejouer les fameuses étapes du tour de France, de se moquer gentiment des coutumes et expressions régionales (« p’tète bien que oui, p’tète bien que non »), d’illustrer par l’absurde les routes déjà bondées des grandes départs en vacances estivaux et de jouer constamment avec un sens de l’anachronisme aussi délicieux que tout simplement génial. Sans oublier bien entendu quelques bonnes baffes et autres légionnaires volants. On ne louera jamais assez les talents de Goscinny pour multiplier les niveaux de lectures, pour caviarder presque chaque dialogue de jeux de mots imparables et de références que l’on ne comprend parfois qu’une fois adulte. L’hommage vibrant et hilarant à l’univers de Marcel Pagnol n’est qu’une pépite parmi d‘autres. A ce titre Le Tour de Gaule d’Astérix est un véritable coffre dont on redécouvre les trésors à chaque lecture, immanquablement mis en valeur par le trait définitivement résolu d’Uderzo qui ne rechigne à aucun défi et qui lui même dissémine ses petites fioritures à chaque occasion. Un vrai maitre de l’art de la BD franco-belge, aussi pointu dans ses gros nez et la douce caricature, que dans la justesse de ses décors péplum, la finesse des compositions ou le réalisme de ses chevaux (regardez bien, ils sont magnifiques).
Idéale bien évidemment pour (re-re-re)redécouvrir ce chef d’œuvre du genre, l’édition luxe en grand format sur papier épais à fort grain et en couverture rigide avec dos toilé, contient en plus de l’album en couleur l’intégralité des planches originales encrées et non nettoyées signées Albert Uderzo, ainsi qu’un dossier documentaire de 32 pages sur les coulisses de l’histoire. Des pages making of passionnantes bourrées de documents rares (croquis, notes, extraits d’interviews, traitements…) qui permetent de redécouvrir les méthodes de travail des deux auteurs, mais aussi les diverses évolutions que connut l’histoire… dont l’apparition du fameux Idéfix. Une reprise de l’édition luxe proposée en 2015, mais où les pages consacrées à l’histoire courte parodique « Obélisc’h » ont été remplacées par 6 nouvelles pages sur la création de la série audiovisuelle et de la série BD Idéfix et les Irréductibles. L’idéal aurait de compiler les deux mais est-ce qu’on va vraiment bouder notre plaisir pour cela ?





