LE TEMPS DES PIVOINES

France – 2025
Genre : Drame, Historique
Dessinateur : Maxime Belloche
Scénariste : Aucha
Nombre de pages : 160 pages
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 21 mai 2025
LE PITCH
Entouré de sa femme et de sa fille, Jean habite un petit village moyenâgeux, où il mène une existence paisible en cultivant la terre. Mais une période sobre s’annonce… Le seigneur de la région, Rolant, aveuglé par ses ambitions, déclenche un sanglant conflit avec le seigneur voisin, Layon. Pour garnir les rangs de ses soldats, il n’hésite pas à enrôler de force les hommes du village ! Du jour au lendemain, Jean, paysan à la carrure imposante, devient soldat. Tandis que femmes et enfants restent en retrait, Jean part combattre dans l’espoir de retrouver bientôt sa famille. Hélas, une fois de retour, rien ne sera plus jamais comme avant. Profitant de l’absence des hommes, des pillards ont incendié son village. Jean est désormais seul face à la barbarie du monde.
Un jour après l’autre
Inspiré par quelques recherches historiques et la découverte d’une querelle entre nobles aux alentours du XIIIe siècle, Le Temps des pivoines est un très joli drame médiéval. Récit sur la dureté de la vie sous le joug d’un seigneur cruel, mais aussi et surtout sur la beauté, l’amour et l’espoir qui persistent malgré tout.
Après le lancement de sa première série, Les Mondes perdus, plutôt à l’attention des jeunes lecteurs, Aucha revient cette fois-ci pour un récit sans doute plus dur et réaliste. Bien ancré dans un décor historique reconnaissable et dans la volonté de souligner l’organisation inégalitaire de la société de l’époque, la scénariste installe la confrontation malheureuse entre un sympathique meunier, pilier du village et âme généreuse, à un jeune seigneur mal avisé, orgueilleux et jaloux. Ce dernier n’hésite d’ailleurs pas à embarquer de force ses vassaux dans une guerre perdue d’avance avec le seigneur voisin, à augmenter les impôts à l’envie sous de mauvais prétextes et à menacer simples gens et entourages de ses diverses colères et caprices. Forcément face à lui, le brave Jean, ancien ami de son père, à tout pour l’agacer. Par petites touches bienvenues, l’histoire explore la vie au temps des château forts, bien plus colorée et joyeuse qu’on ne le pense souvent, célébrant d’ailleurs une vie simple mais agréablement communautaire loin de l’ombre des murailles. Une époque où il aurait pu faire bon de vivre, si les tragédies et les injustices n’étaient pas si fréquentes.
Dans un champ de fleur
Entre le grand drame et l’aventure parfois pas si loin d’un Robin des bois par Ridley Scott, l’album alterne les passages les plus durs (les visions du massacre sur le champ de batailles, le village ravagé, le meurtre de la famille…) avec des respirations bienvenues montrant comment, malgré tout, la vie finit toujours par repartir. La relation de Jean avec la petite Pivoine qu’il finira par recueillir et qui réussira à le guérir, la fraternité qui existe avec les habitants du village et cette omniprésence d’une nature qui semble toujours au bord du printemps, véhiculent de belles notions d’espoir et de résilience. Un récit classique mais prenant et attachant, très joliment abordé par Maxime Belloche, dont c’est ici la première bande dessinée complète. Un style faussement candide qui manque encore parfois d’un peu de précision et de stabilité, mais qui apporte effectivement une certaine candeur et une poésie supplémentaire à l’histoire. Le choix des couleurs – le solaire et les nuits bleutées s’opposant à la grisaille des temps difficiles – est des plus pertinent, tout comme le découpage laissant une belle place aux instants bucoliques, à la douceur de vivre, et jouant plus volontiers sur les hors-champs face aux images traumatiques ou brutales.
Du coup Le Temps des pivoines sans jamais trébucher dans trop de naïveté et de simplicité, s’avère une lecture abordable par tous, drame sensible et témoignage historique où l’émotion règne.



