LE SOUFFLE DU DIABLE

Belgique – 2025
Genre : Fantastique
Dessinateur : Ken Broeders
Scénariste : Ken Broeders
Nombre de pages : 64 pages
Éditeur : Anspach
Date de sortie : 29 août 2025
LE PITCH
En 1783, Madeleine, propriétaire d’une auberge isolée, rêve de la transformer en étape incontournable pour voyageurs fortunés. Son mari et elle ont travaillé sans relâche pour amasser un joli magot. Dure et froide, Madeleine cache une blessure profonde qui empoisonne ses relations avec son demi-frère Benjamin. La brume jaune qui recouvre la région n’arrange rien ! Une odeur de soufre plane : toute vie semble dépérir, des phénomènes étranges apparaissent, l’eau est impropre à la consommation. On commence à parler de « souffle du diable ».
The Fog
Une étrange brume jaunâtre, étouffante et obstruante envahie la campagne française en cet été 1783. Un curieux et inquiétant phénomène qui menace les récoltes et la santé des personnes alentours d’une petite auberge de province… Entre Histoire et fantastique Le Souffle du diable installe une atmosphère pleine de promesses… Malheureusement pas toutes tenues.
Ce « souffle du diable » à l’odeur de souffre, qui provoque d’étrange toux chez beaucoup et fait pourrir les récoltes sur pied est la résultante d’une terrible éruption volcanique qui eut lieu en Islande en 1783, entrainant la mort de près de 25% de la population locale et dont les fumées se répandirent dans toute l’Europe obstruant le soleil pendant près de 8 mois. Maladies, famines, crises de panique, de démence, de violence et de mysticisme… La fulmination du volcan Laki fut bel et bien réelle, phénomène géologique et historique documenté et dont certains spécialistes estiment même qu’il contribua à faire monter les tensions jusqu’à la Révolution de 1789, mais qui est étrangement peu connu. Excellente idée donc de la part de Ken Broeders (Tyndall, Une Histoire de voleurs et de Trolls) de s’en emparer et de le mettre ainsi en scène surtout que pour les personnages tout ce qui se déroule est forcément inexpliqué, mystérieux et donc d’autant plus déconcertant et lugubre. On imagine ainsi très vite comment tout peu basculer pour Madeleine, tenancière d’une auberge familiale avec son époux Jean, et Benjamin son demi-frère à sa charge depuis que son père l’a ramené des Amériques.
En plein brouillard
Une femme seule (Jean est parti chercher des réponses à Paris), un gamin métis, des processions de croyants hurlant à l’apocalypse, quelques visiteurs mal avisés et mal intentionnés… Le Souffle du diable aurait pu tourner alors vers un récit d’aventure mâtiné de surnaturel à la Edgar Poe lorsque l’imaginaire de l’enfant prend le pas sur la raison, vers le huis-clos étouffant ou le home invasion en costume. Étonnement, l’auteur préfère se concentrer sur les tensions qui existent entre les deux protagonistes, la rancœur pour l’une et l’incompréhension et le déracinement pour l’autre, et d’observer comment une menace extérieure (finalement bien minime aux vues du contexte) finit par les rapprocher dans l’adversité. La mise en place du récit est parfaitement orchestrée, mais la suite semble vouloir absolument minimiser les dangers et les potentiels plus exceptionnels annoncés, s’achevant presque sur un simple fait divers et un incendie « cautérisant » la plaie. Un peu court et finalement trop sage, Le Souffle du diable laisse le lecteur sur sa faim. D’autant plus dommage que les planches sont par elle-même particulièrement réussies. L’artiste retrouve ses formes agréables et expressives, distille des décors pleins de détails et de véracité, sublimant le tout avec un travail magistrale sur les textures, les couleurs et les lumières. La sensation délétère et asphyxiante est parfaitement rendue, omniprésente et angoissante avec au passage une scène de tempête digne de la fin du monde particulièrement mémorable.
Un superbe album, une proposition attirante et terriblement romanesque mais dont le choix d’un traitement presque minimaliste déçoit quelque peu.





