LE CULTE DE MARS

France- 2019
Genre : Science-Fiction
Scénariste et illustrateur : Mobidic
Nombre de pages : 112 pages
Editeur : Delcourt
Date de Sortie : 17 juin 2020
LE PITCH
Les ressources de la Terre sont épuisées. Les plus riches sont partis pour Mars, les plus démunis attendent désespérément qu’on vienne les chercher. Ses survivants ont sombré dans l’obscurantisme. Au beau milieu de ce gâchis, Hermès, tente de consigner tous les anciens savoirs pour les rassembler dans une encyclopédie afin de les partager et aider l’humanité à aller de l’avant, à renaître de ses cendres.
No Plan B
Alors que le grand patron de Tesla et SpaceX a annoncé fièrement pouvoir lancer une mission habitée en direction de Mars d’ici 10 ans, la beaucoup plus modeste mais talentueuse Mobidic publie Le Culte de Mars, récit d’anticipation qui rappelle que la priorité c’est avant tout notre petite et fragile planète bleue.
Apparue sur la scène bande dessinée en 2015 avec un premier album, Le Roi ours, aussi original que déjà très solide dans son univers et sa narration, la dessinatrice Mobidic poursuit sur la même lancée avec Le Culte de Mars. Si le premier était une célébration de la vie sauvage et du règne animal par le biais d’une fable fantastique aux légers airs d’anime Ghibli (Miyazaki a laissé des traces), le second projette le lecteur dans un futur pas forcément si lointain où après un effondrement des ressources, la nature a finalement réussi à retrouver son équilibre sur la planète Terre. On retrouve inévitablement cette même facilité pour imposer une nature luxuriante, une profondeur presque mythologique aux bois et forêt, mais où doivent désormais cohabiter les ruines des anciens et les restes d’une humanité qui réapprend la notion d’équilibre. Les valeurs et les inquiétudes de l’auteur ne font pas de mystère mais elle est suffisamment habile pour les explorer avec une poésie omniprésente, un graphisme très vivant rappelant son passage par une école d’animation, mais dont l’apparente légèreté permet justement d’aborder sans lourdeurs des sujets complexes et graves.
Le monde d’après
L’obscurantisme des religions, l’obsession pour la technologie, les fractures sociales, la transmission des savoirs et un transhumanisme comme un retour aux sources, Le Culte de Mars se lit comme un récit d’aventure façon La Forêt d’émeraude de John Boorman, mais où les peuples sauvages, obsédés par le retour des anciens et ce voyage salvateur sur un Eden rouge, vrilleraient vers le Apocalypto de Mel Gibson. Au milieu de cette course après un avenir impossible, Hermès, collectionneur encyclopédique de savoirs d’autrefois, et Caroline une sourde-muette ostracisée par sa différence, observent leurs contemporains se déchirer pour s’embarquer vers cette planète où sont partie autrefois les plus fortunés. Une sorte d’allégorie de la course destructrice à l’élévation, à la réussite. Bien entendu le message de Le Culte de Mars est bien plus apaisé, tentant avec humilité de ramener le lecteur au sol, à se tourner moins vers l’inaccessible que vers l’essentiel.
Un récit auto contenu plutôt dense, parfois onirique, souvent juste qui confirme nettement que Mobidic est une signature à suivre.



