LA PEAU DE L’AUTRE T.1 : PILE ET FACE

France – 2021
Genre : Policier
Scénariste : Serge Le Tendre
Illustrateur : Gaël Séjourné
Editeur : Grand Angle
Pages : 56 pages
Date de Sortie : 7 avril 2021
LE PITCH
New York, 1940 – Ross et Harvey sont deux musiciens qui rêvent de devenir célèbres à Broadway. Mais la guerre éclate et Harvey part se battre en Europe. Quand il revient, totalement défiguré par ses blessures, Il découvre le triomphe de son ami avec leur comédie musicale dont Ross s’est attribué la seule paternité. Un chirurgien spécialiste de la greffe de peau avec qui il a vécu les combats propose alors à Harvey d’être son cobaye. Il lui offre un nouveau visage qui pourrait devenir l’instrument de sa vengeance…
L’Homme sans visage
Cocréateur de La Quête de l’oiseau du temps ou de Chinaman, Le Tendre revient pour un court diptyque chez Grand Angle. « La BD comme au cinéma » le slogan de l’éditeur qui n’a jamais été aussi proche de la réalité.
Du cinéma dans La Peau de l’autre, il en est constamment question. C’est même la part principale de l’ADN du récit qui en s’attachant à la trajectoire tragique d’un jeune compositeur prometteur de Broadway, mais aux espoirs fauchés par les années de guerre, va alors rapidement posés les frontières de son récit par le biais de références purement cinématographiques. Celles du grand âge d’or d’Hollywood, des comédies musicales enjouées et comédies romantiques frivoles, finalement abandonnées pour glisser du coté du plus inquiétant polar noir et blanc et des mystères qui ouvrent la voix à l’infiltration d’un fantastique Universal Monster. L’album traverse les années et les modes en parallèle des évolutions et découvertes d’Harvey, mariant la cruauté historique (le traitement des gueules cassées…) et ses échappatoires fantasmées sur écrans d’argent, tout en tendant une main par quelques indices disséminés aux récits de meurtres sanglants entre Poe et Giallo.
Body-Double
Grand fan de Brian De Palma, on reconnait d’ailleurs à plusieurs point une même volonté de constamment pousser la dualité du personnage aussi bien psychologiquement que visuellement : toujours caché sous un prête-nom, un demi-masque ou un double visage, Harvey semble même voué à se faire systématiquement voler son identité. Par son co-compositeur dans les premières pages, mais aussi par son chirurgien plastique, sauveur certes, mais trouble, et pas uniquement parce que sa formule magique provient d’un cahier d’un scientifique nazi. Des croisements intéressants, un parallèle bienvenu avec la carrière de Lon Channey, Le Tendre construit son premier tome comme une lente et efficace montée en puissance, simple introduction qui annonce un futur Fantôme de l’opéra revisité (ou plutôt Phantom of the Paradise) mais toujours en maintenant cette atmosphère et esthétique si particulière. Celle des esthétisants Films noirs, apogée de la classe hollywoodienne et miroir à peine déformant des crimes qui s’y déroulaient loin des paillettes. Une plastique que Gaël Sejourne privilégie au gothique esquissé, retrouvant la patte de ses précédents L’Appel des origines et surtout A la vie à la mort, soit un graphisme volontairement classique et rétro, retranscrivant parfaitement, mais sans risque, les aspirations du scénario.
Une première partie assez accrocheuse et pleine de promesses, même si on a toujours un peu l’impression qu’il manque quelques grammes de souffre et quelques gouttes de sang pour que La Peau de l’autre passe à la dimension supérieure.