LA NUIT DES LANTERNES

France – 2025
Genre : Fantastique
Dessinateur : Jean-Etienne
Scénariste : Jean-Etienne
Nombre de pages : 184 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 26 mars 2025
LE PITCH
À l’occasion du festival des lanternes, Éloane retourne dans la maison familiale située sur son île natale. Elle y retrouve sa mère autoritaire et son petit frère devenu mutique. Cette famille, elle l’a quittée plusieurs années auparavant, suite à la mort de son père. Après une dispute avec sa mère, Éloane voit sa vie basculer en marge de la cérémonie quand une créature ancestrale s’éveille.
Le démon dans l’île
Delcourt est manifestement très fier de sa nouvelle découverte, l’auteur complet Jean-Etienne offrant à son tout premier album une sortie particulièrement soutenue. Envoi des albums très en avance à la presse, belle couverture rehaussée d’effets brillants pour les flammes, grosse pagination pas loin des 200 pages… Il est vrai que ce dernier affiche déjà un style très marqué, un univers plutôt original et un mélange de fantastique et de drame familial tout en émotions.
C’est l’histoire d’un retour. Celui d’Elone, qui est née et a grandi sur cette île du nord de l’atlantique, mais qui l’a quitté il y a quelques années suite à un drame et une dispute que l’on imagine assez violente avec sa mère. Elle revient pour la cérémonie la plus importante de l’ile, La Nuit des lanternes, soit justement des festivités durant lesquels sont père perdit la vie. Retrouvailles sous haute tension, entre grands bonheurs avec le petit frère ravi, et froideurs distantes avec une mère policier qui a d’autre chats à fouetter. Une nouvelle dispute, une lanterne qui est jetée violemment au sol et une malédiction est lâchée sur Eloane qui se transforme en créature de flammes : voilà le démarrage de cette aventure fantastique sur font de mythe païen et ancestraux, qui peut même tendre parfois vers le folk horror et le récit de monstre. Entre course poursuite dans la foret environnante, massacres mystérieux d’innocents perpétrés par une inquiétante silhouette, notre héroïne, aidée du frangin, recherche les raisons de sa transformation et un moyen de s’en libérer… sans se faire tirer dessus par maman et ses collègues.
Les monstres en nous
Avec ses dessins légèrement naïfs, tout en rondeurs et en traits épais, et surtout un traitement des couleurs uniquement par grands aplats et des bichromies des plus contrastées, Jean-Etienne impose admirablement son univers et sa mythologie, réussissant à faire cohabiter aisément quelques pures notes d’horreur presque gores et un humour charmant reposant très souvent sur la connivence entre le frère et la sœur. On se laisse emporter aussi par la volonté de l’auteur d’user de l’argument fantastique pour mieux approcher les douleurs intra-familiales et ces choses qu’ils n’ont jamais réussis à exprimer. Pas un hasard si Erwan est muet depuis la tragédie et ne communique que par une application de son téléphone. Pas un hasard non plus qu’Eloane prenne l’apparence d’un monstre décharné expulsant des flammes dévastatrices à chaque explosion de colère. La question ici est bel et bien de réussir à libérer la parole et à reprendre le dialogue afin d’exorciser la culpabilité et la mémoire d’un père qui n’était pas que « un sacré caractère ». Joli mais pas toujours des plus subtiles, certaines révélations ou revirement jaillissants très abruptement, et ces fameuses relations manquent d’un peu plus de développement pour véritablement convaincre. De la même manière, la fin serait presque trop démonstrative, mais surtout aussi prévisible qu’assez peu opportune vis-à-vis des personnages.
Quelques faiblesses qui n’entament pas vraiment le plaisir de lecture et les charmes de ces planches expressionnistes et de ce mélange des genres tout à fait sensible. Un premier album parfois un peu maladroit mais clairement prometteur.