LA BATAILLE DE SIMANCAS

La Batalla de Simancas – Espagne – 2024
Genre : Action, Historique
Dessinateur : Raulo Caceres
Scénariste : Rafael Jimenez
Nombre de pages : 64 pages
Éditeur : Graph Zeppelin
Date de sortie : 6 novembre 2025
LE PITCH
Le jour devint nuit et le ciel s’obscurcit. La peur s’empara de l’âme des hommes, qui se mirent à prier leur Dieu. Chaque camp prit l’éclipse comme un mauvais présage.” Ainsi commença la bataille de Simancas, où la coalition chrétienne, sous le commandement du roi Ramiro II de Leon, affronta le tout-puissant calife Abd al-Rahman III, à la tête d’une armée de plus de cent mille hommes. Cette bataille décida de l’existence des royaumes chrétiens du nord de la péninsule ibérique.
Le choc des empires
Épisode des plus importants de l’histoire médiévale espagnole, et plus largement européenne, La Bataille de Simancas marqua la fin de l’hégémonie de l’empire musulman sur la péninsule ibérique. Un tournant qui se déjoua armes à la main, fois religieuses en étendard et scribes gravant leur réalité dans le marbre.
Les califes musulmans ont régné sur ce qui deviendra l’Espagne durant plus de 700 ans, tout juste nargués par quelques roitelets chrétiens résistant difficilement dans le nord du territoire et ce qui correspond plus ou moins aux pays basques. Une situation qui se crispe définitivement aux alentours de 939 alors que Abd al-Rahman III décide de consolider son autorité en conquérant ses ultimes territoires et contrer la lente avancée d’une coalition chrétienne menée par Ramiro II de Leon. Les derniers alliés rejoignent leurs camps, les escarmouches se font de plus en plus violentes, les grandes armées se mettent en marche en direction de Simancas… Mais une éclipse solaire complète frappe le ciel et terrifie les hommes. Elle sera cependant vite récupérée par les autorités religieuses de chaque camp qui en feront chaucune leur propre interprétation, leur propre message divin. Cette guerre n’est plus qu’un enjeu de territoires, mais bien une guerre sainte et ne peut que s’achever dans la barbarie la plus complète. Connu en Espagne pour avoir raconté la guerre d’Espagne du point de vue d’êtres aux super-pouvoirs dans 1936 : La Batalia de Madrid, Rafael Jimenez construit un récit historique solide et documenté, replaçant chaque grande figure à sa place, démontrant les enjeux stratégiques et culturels prêts à se dénouer et décrivant les alliances fragiles et les traitrises en cours.
En route pour la gloire
La toile est plutôt complète mais impose surtout son efficacité en multipliant les jeux de miroirs, d’un camp à l’autre, soulignant la proximité de certains éléments, l’utilisation de la propagande religieuse chez les uns ou les autres, l’aveuglement sauvage présent de chaque coté de la frontière, afin de rappeler in fine que ce sont bien encore et toujours les gagnants, et les survivants, qui peuvent laisser inscris dans le marbre leur propre vision des évènements, leur propre réalité. Une réflexion sur le sens de l’histoire et la soif d’éternité des hommes plongés dans une fresque épique dans la bonne dizaine de planches centrales, barbares, spectaculaires et dévastatrices. Il faut dire que le talentueux Raulo Caceres (Les Saintes eaux, Le Légendaire voyage de Arn en Terre Insondable…) se démène avec fougue pour donner corps à une succession de tableaux puissamment sculptés dans un noir et blanc épais et impitoyable. Toujours porté par quelques excès morbides (visions de tortures et de corps dévastés), il souligne surtout par la multitude de détails de ses illustrations, l’accumulation de personnages présents, d’éléments de décors et d’angles de cadrage, l’atroce sauvagerie des combats. Un style particulièrement marqué qui peut ne pas plaire à tout le monde, mais qui impose cependant une étonnante sophistication dans les choix des cadrages, les enchainements de cases et les enluminures des bords, reprenant à son compte des échos des vieux grimoires, tentures ou illustrations mystiques d’autrefois, toujours à la lisière des gravures de conte.
Une prouesse étonnante au service d’un récit fort et tout simplement inédit en BD.


