L’AMOURANTE

France – 2025
Genre : Fantastique
Dessinateur : Pierre Alexandrine
Scénariste : Pierre Alexandrine
Nombre de pages : 232 pages
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 18 juin 2025
LE PITCH
Paris, de nos jours. Zayn est dévasté : Louise l’a quitté brutalement alors qu’il commençait à avoir des sentiments pour elle. Lorsqu’il la supplie de lui donner une explication, elle se résout à lui raconter son histoire. Une histoire presque incroyable… Car Louise n’est pas une humaine ordinaire, c’est une « amourante » : tant que quelqu’un l’aime, elle ne peut pas vieillir ! Elle est née il y a plus de six siècles, en pleine guerre de Cent ans.
L’immortelle
Pour son premier album Pierre Alexandrine imagine un très beau mot-valise en titre et en nature pour son héroïne. Deux termes presque antinomiques, amoureuse et mourante, qui éclairent sur la condition originale de cette immortelle qui traverse le temps par le regard des autres.
Une jeune femme comme les autres, née dans la France de la guerre de cent ans, rapidement orpheline mais responsable d’une petite sœur (qu’elle quittera sur les rives du temps) : Louise aurait dû connaitre une existence simple et modeste si elle ne s’était pas découverte cette étrange condition qui l’empêche de vieillir, d’être malade voir même de mourir. C’est en rencontrant Eleanor après quelques malheurs et un triste passage dans une maison close de Paris, que Louise peut mettre un nom sur ce qu’elle est, une amourante, et surtout apprendre à user de ses charmes pour persister : elle est immortelle tant qu’un autre est amoureux d’elle. Bien entendu comme dans tout conte, il y a un mais, puisque si elle-même tombe amoureuse elle se remettra à vieillir. Idée pleine de promesse, permettant à la fois de traverser toutes les époques sur huit siècles environ, d’assister par les échappées de sa protagoniste à quelques évolutions de la société, le passage du Moyen-Age à la Renaissance bien moins spectaculaire qu’on veut bien le dire selon Louise, les évolutions des mœurs et des rapports aux sentiments amoureux, au désir, à la séduction et à la place de la femme.
Relation amoureuse : compliquée
Louise rencontre les hommes, les attire à elles, les faits succomber à son regard, les fait l’aimer éperdument, violemment, tragiquement, mais finalement semble toujours autant victimes qu’eux de la situation. Elle qui rêvait sans doute d’indépendance, se voit le plus souvent considérée comme un sujet d’idolâtrie, de possession et de fantasme, avec toute ce que la masculinité peut cacher derrière un besoin d’obtenir l’autre. Tour à tour fille puis épouse, mère sans enfant (une résultante de ses pouvoirs) puis prostituée, muse, figure virginale ou séductrice enflammée, Louise sera autant idolâtrée que conspuées, considérée parfois comme sorcière, succube ou infâme salope au grès des mœurs plus ou moins réactionnaires installés. Presque une allégorie qui tend vers la réflexion sur la condition féminine tout autant que sur la condition humaine, insistant sur l’éphémère de la vie et cette difficulté de se plier au temps qui passe. Un aspect fable et conte fantastique qui est parfaitement rendu par les dessins aux contours assez naïfs, faussement simples et toujours épurés, mais où derrière la ligne claire se cache de nombreuses finesses dans la restitution des émotions et les évolutions psychologiques, tout autant que de très belles compositions, rejouant délicatement constructions, cadrages et atmosphères hérités de toiles classiques et anciennes.
Pour un premier album c’est une authentique réussite, inspirée et prenante. Et d’autant plus émouvante qu’il s’avère in fine une superbe et grande histoire d’amour, traversant le temps, dépassant finalement les défenses que Louise aura érigé autour d’elle, s’affirmant en quelques planches toute simple, lumineuses et silencieuse : « Il n’y a qu’une histoire qui continue à me bouleverser… la nôtre ». Touché au cœur.




