KIM TRAUMA T.1 : SILICON CARNÉ

France – 2020
Genre : Fantastique, Comédie
Scénaristes : Florent Maudoux, Rebecca Morse, Isabelle Bauthian
Illustrateurs : Florent Maudoux, Isabelle Bauthian
Nombre de pages : 130
Éditeur : Ankama Editions
Date de Sortie : 23 octobre 2020
LE PITCH
À grands pouvoirs… grands effets secondaires ! Les super-héros peuvent eux aussi attraper un rhume ou avoir un coup de mou au moral, malheureusement les symptômes de leurs maladies sont aussi épiques que dangereux. Il existe un endroit spécialement dédié aux cas les plus désespérés : le Traüma Center. Telle un docteur House au féminin, Kim mène son équipe à la baguette pour enquêter, comprendre et dispenser des thérapies de choc adaptées aux étudiants de la légendaire FEAH.
Plus on est de fous
Depuis le lancement de sa série phare Freaks’ Squeele et surtout sa conclusion, Florent Maudoux n’a finalement eu de cesse de développer son univers fétiche. Après la préquelle Rouge, le one-shot furieux Mariko, le Vestigiales pour lecteurs majeurs et vaccinés et la saga Funérailles, il propose avec Kim Trauma un petit détour du côté de l’infirmerie, déjantée, de la FEAH.
Et pour se retour à son université de super-héros pas toujours des plus performants, Maudoux confirme sa volonté de travailler de plus en plus en équipe créative. L’idée ici est non pas de développer une nouvelle fresque bourrée de mystère et de ramifications, mais de creuser l’arrière-plan de sa série en proposant à chaque volume des histoires « courtes » (elles font tout de même une cinquantaine de pages chacune) s’attardant à chaque fois sur de nouveaux patients de cette étrange infirmerie à l’air lugubre, adossée à un atelier de tatouages forcément pas comme les autres. Si le premier récit de l’album, La Patiente zéro est ainsi scénarisé et illustré par Maudoux, le second qui donne son nom au volume est pour le coup dessiné par la camarade Rebecca Morse (déjà croisée sur le Midnight Tales du copain Mathieu Bablet) dont le trait et les influences (Rumiko Takahashi) ne choquent certainement pas. Enfin le tout est complété par une petite nouvelle illustrée imaginée par Isabelle Bauthian et Nathalise Vessilier. Des petits airs d’anthologie à la Label 619, comme toujours magnifiquement habillée, au découpage habile et énergique et aux références et clins d’œil qui vont ravir les fans de Freaks Squeele. Surtout que Kim Trauma est l’occasion de faire revenir quelques personnages bien connus des lecteurs de cet univers : Kim fut bien entendu cette tatoueuse qui fut placé face au sexe avantageux d’Ombre, l’infirmière Valkyrie a combattu aux côtés de Chance, Li Xiong Mao et toutes la bande (qui font d’ailleurs de petites apparitions) et les frères siamois Castor et Pollux ont déjà fait sensation dans Funérailles…
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Difficile alors de bouder son plaisir lorsque Pollux repart dans ses élucubrations colériques, lorsque Maudoux s’offre un flashback reprenant le style graphique d’Akira Toriyama ou lorsque l’histoire d’amour entre Gunther (la fille squelette) et Alucrade prend une tournure absolument délirante sur fond de quête d’une sex-doll en guise de seconde peau. L’humour est prégnant dans ces pages reprenant comme toujours un mélange de sitcom, de relecture de la culture populaire (ou de l’actualité) tout en s’échappant constamment vers des extrapolations visuelles surréalistes (en particulier les séances de tatouages métaphoriques) venant révéler la nature profonde des personnages. Une manière de faire déjà présente dans les précédents albums de la saga Freaks’ Squeele, mais qui est dans Kim Trauma le point central : observer, analyser, alléger et s’amuser avec les troubles de l’adolescence et les maux de la société contemporaine (culte de l’apparence, transmissions des valeurs, pulsions sexuelles…). L’écriture semble alors parfois un peu moins innocente qu’autrefois, s’efforçant de constituer une vulgarisation fictionnelle de la psychanalyse adolescente comme annoncé dans la préface de la psychologue clinicienne Marion Haza pour laquelle Florent Maudoux a signé la couverture du livre Pubertaire dans la culture. A ce titre, si Silicon Carne est une vraie balade incongrue dont seule Freaks’Squeele a le secret, l’histoire La Patiente zéro se laisse parfois envahir par ses velléités d’œuvre à message, pas si loin de la leçon de chose, ce qui peut gâcher un peu l’ambiance générale.
Un nouveau spin of qui trouve effectivement sa petite place dans l’univers Freak’s Squeele, l’abordant avec un regard inédit et décalé. On s’y amuse beaucoup, mais pas que.




