KERNOK LE PIRATE

France – 2025
Genre : Aventure
Dessinateur : Riff Reb’s
Scénariste : Riff Reb’s
Nombre de pages : 116 pages
Éditeur : Oxymore / Noctambule
Date de sortie : 8 octobre 2025
LE PITCH
Un soir de tempête, Kernok, pirate sans pitié, se fait prédire l’avenir avant un nouveau départ en mer : la sorcière de la baie de Pempoul lui annonce une mort prochaine, tel un couperet menaçant. Cette prédiction dictera alors son chemin de vie…
The Black Freighter
Après l’adaptation de Frédéric Brrémaud et Alessandro Corbettini publiée l’année dernière chez Glénat, c’est au tour de Riff Reb’s de fendre l’écume pour suivre le sillon du roman noir et baroque d’Eugène Sue : Kernok Le Pirate. Un classique revisité avec truculence.
Auteur célébré pour le grand feuilleton Les Mystères de Paris, Eugene Sue a débuté avec des œuvres sans doute un peu moins ambitieux, plus réduites, mais néanmoins étonnantes et déjà marquée par une certaine noirceur sociale et un humour cruel réjouissant. Premier roman de celui-ci, Kernok le pirate se veut ainsi une évocation des grands romans de piraterie anglo-saxons, avec ses batailles spectaculaires et ses anti-héros au long court, mais dont tout sentiment d’aventure et de noblesse aurait été effacés. L’histoire donc d’un véritable salopard des océans, ayant gravis les échelons à coups de traitrises et de crimes, et tenant son navire L’Epervier, d’une main de fer. Pillard de la première heure, n’hésitant jamais à sacrifier son équipage (les blessés, c’est pénible), à massacrer sans sourciller, Kernok n’est pas un personnage des plus sympathiques, et même sa tendre passion pour la superbe Mélie ne s’exprime pas sans une certaine méchanceté.
Noir comme les profondeurs
Un vieux loup des mers solitaire (pour ne pas dire égoïste) et dont les crocs semblent toujours sortis, que Riff Reb’s croque avec un certain bonheur. Grand spécialiste des BD célébrant le monde de la mer, de Hommes à la mer à A Bord de l’étoile Matutine en passant par Le Loup des mers et une superbe version illustrée du classique L’Ile au trésor, il embrasse pleinement ce versant moins reluisant des grandes épopées sur les 7 océans. En accentuant encore l’hyper expressivité de son trait, alourdissant ses contours, caricaturant finalement les portraits physiques et psychologiques de la troupe de racailles sans foi ni loi (et surtout sans morale), il fait parfaitement honneur au texte littéraire tout en le dotant d’une forme nouvelle de rugosité. Pas un pour rattraper les autres, aussi bêtes que méchants, jusqu’au petit mousse souffre-douleur qui semble constamment en redemander. On sent constamment la crasse, le sel laissé par la mer, l’odeur du bois pourris et de la mort qui habite le navire et ses occupants, et on assiste à l’ultime sursaut d’un bandit dont l’ultime entourloupe sera finalement de déjouer la prophétie délivrée par une vieille sorcière et d’obtenir sa retraite, riche et replet, dans une petite ville reculée… considéré comme un homme droit et bienfaiteur : un politique !
Au-delà de la farce ironiquement tournée, Kernok le pirate est encore et toujours une célébration par son adaptateur et illustrateur de la puissance évocatrice de la mer, de l’implacabilité de sa nature versatile et de l’élégante sauvagerie des galions qui osent s’y aventurer. Là-bas, même une ordure de la pire espèce finit par y trouver sa place et obtenir, et à la force de ses dents, le respect des ses collègues flibustiers.



