INVISIBLE T.1 : MÉMOIRES D’AYMOND DE TERRE-NOIRE

France – 2026
Genre : Espionnage, Historique
Dessinateur : Henri Reculé
Scénariste : Stephen Desberg
Nombre de pages : 112 pages
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 7 janvier 2027
LE PITCH
Membre de la petite noblesse française, Aymond de Terre-Noire est marié à l’ambitieuse Blanche d’Audore. Dans l’espoir de faire fortune et de plaire à sa femme, il investit ses dernières économies dans l’achat d’un traité alchimique rare mais incomplet… Alors qu’il tente de compléter la formule, il prend le risque de tester le breuvage sur lui-même : sa tête se met à tourner, sa main commence à disparaître… et il se retrouve invisible ! Désormais rejeté et seul, Aymond devient espion, œuvrant pour l’un des premiers services secrets français, le Secret du Roy…
Bas les masques
Les auteurs d’Empire USA, Stephen Desberg et Henri Reculé se retrouvent pour une nouvelle grande aventure d’espionnage. Loin du contexte contemporain cependant puisque celle-ci plonge dans l’Europe du 18eme siècle alors que les empires aiguisent leurs armes et que quelques agents secrets et assassins restent tapis dans les ombres. Parmi eux, Aymonde de Terre Noire est d’autant plus efficace qu’il est invisible.
Un aristocrate qui avait tenté de reconstruire sa fortune en plongeant dans les secrets de l’alchimie mais dont il ne tira finalement que sa curieuse condition. De quoi le mettre au banc de ses anciens cercles, mais aussi en faire l’un des agents préférés de Louis XV. Une figure bien entendue mystérieuse, tragique, qui se cache derrière un masque imposant et un riche costume qui recouvre le moindre centimètre de sa peau. Le particulièrement productif, mais solide, Stephen Desberg (Le Scorpion, IR$, Volage, Les Rivières du temps…) aurait tout à fait pu se contenter de cette vision iconique, réinterprétation intéressante du mythe de l’homme invisible, entre science et occultisme, il en fait cependant le personnage principal d’une grande fresque historique. Le héros ne se dévoilera que par petites touches, par quelques échanges ou flashbacks, mais ne sera jamais tout à fait le moteur de l’action, emporté comme plein d’autres dans les multiples jeux de pouvoirs, méandres politiques et économiques qui animent une Europe déjà prête à se sauter à la gorge. Seul ou accompagné d’un certain Chevalier d’Eon et d’une intrigante allemande, il assiste directement aux alliances dissimulées et aux multiples pièges tendus par les uns et les autres, toujours dans l’idée de ne pas paraitre le premier à déclarer la Guerre. Une première Guerre Mondiale comme le rappelle constamment le scénario, incluant aussi bien les grandes nations du vieux continent que les colonies ou même cette Nouvelle Amérique où s’écharpent depuis longtemps déjà anglais et français.
Au cœur de la poudrière
Les évènements s’enchainent, se bousculent, les figures importantes affleurent peu à peu ou retombe comme des soufflets alors que le récit réussit toujours à faire le pont entre une réalité historique éprouvée et un souffle plus épique directement hérité d’un Alexandre Dumas et de ses fameux mousquetaires : poursuites dans les ruelles de Paris ou autre, duels à l’épée, plongée au cœur d’une bataille, bal à couteaux tirés… Entre enjeux globaux et effluves romanesques, Invisible propose un grand roman d’aventure où le fantastique n’est qu’un ingrédient parmi d’autres, une belle façon d’épicer encore la lecture. Mais le scénariste n’est pas le seul qui doit être loué ici, car le camarade Henri Reculé (Cassio, Les Immortels, Le Dernier livre de la jungle…) apporte toujours un grand niveau de détails dans ses illustrations. Avec un style précis, pointu et légèrement brossé, il capture en quelques lignes les silhouettes de ses personnages, leurs expressions et leurs mouvements. Mais ce sens du réalisme, particulièrement notable dans les costumes, superbes, cohabite avec une tendance fascinante à l’épure : les décors se résument parfois à quelques ombres, quelques esquisses presque, et se sont surtout les couleurs, splendides, qui ancrent définitivement les atmosphères et l’énergie des planches.
Un jeu des contrastes et des aplats de teintes primaires et tranchées, pas si loin que cela de l’école de Morris (Luky Luke) finalement qui, alliés avec des tableaux toujours admirablement découpés, donnent toute sa flamboyance à ce premier tome d’une série que l’on va indubitablement suivre de très près.



