HOURGLASS

France – 2025
Genre : Science-Fiction
Dessinateur : Dimitri Lernoud
Scénariste : Dimitri Lernoud
Nombre de pages : 272 pages
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 3 septembre 2025
LE PITCH
Scientifiques retenues captives par l’armée, Ana et Bonnie construisent sous la contrainte une machine temporelle censée arrêter la Guerre mondiale qui fait rage : c’est le projet Hourglass. Mais leurs consœurs Diane et Carina les poussent à la rébellion. Ensemble, elles vont tout tenter pour fuir la ville-bunker qui leur sert de prison. Avec le conflit en cours, la surveillance constante, les soldats et les robots géants, la seule issue à leur présent dystopique semble être une fuite vers le futur de leur monde…
La femme est l’avenir de l’homme
Marquant le retour de Dimitri Lernoud à la BD, huit ans après le précédent, et déjà décalé, Eric du Turfu, Hourglass est une proposition étrange de par son édition (volume type manga), son style graphique (épuré) et son histoire allégorique et scientifique. De quoi en tous cas créer un certain intérêt.
L’auteur a effectivement cette touche héritée de la BD indépendante, marquée par l’esthétique et le format japonais mais aussi par certains contours de la BD underground européenne et américaine. Il impose un album souple à forte pagination, presque manga, mais pas totalement. Légèrement plus grand, tout en couleurs, et même ces grands visages simplistes ne sont que la partie émergée d’un style qui tend constamment vers une forte et volontaire simplicité des formes. Les personnages sont réduits à l’essentiel (et il faut reconnaitre qu’on se mélange un peu parfois) et les environnements, essentiellement claustrophobiques et écrasants durant la première partie, relèvent de quelques lignes, fortes, et de contrastes de teintes, résolument rétros. Atypique et forcément peu classique, ces planches accompagnent une histoire qui ne l’est pas moins, se présentant comme un autre récit d’anticipation se déroulant durant une ultime guerre mondiale, juste avant l’anéantissement. Plus précisément dans une citée blockhaus froide et stérile, où la main d’œuvre féminine doit fabriquer les nouvelles armes assurant la victoire tandis que les hommes sont entrainés et endoctrinés pour devenir la chair à canon de demain.
La dernière arme
Ana et Bonnie sont brutalement jetée dans le bain (comme le lecteur) et découvrent leur mission : mettre au point une machine à voyager dans le futur pour découvrir l’issue du conflit. Plutôt que l’exploration creusée et pointue de cette société et la mise en place d’un contexte technologique crédible, Dimitri Lernoud préfère construire une histoire évolutive, passant presque du thriller SF à la fable futuriste, du récit d’évasion au trip métaphysique, avec toujours en point d’ancrage la relation sororale qui s’installe rapidement entre les quatre protagonistes et tout particulièrement Ana et Bonnie dont le destin sera lié à travers le temps. Un portrait de femmes très touchant et émouvant, résonnant comme un dernier rempart face à des comportements machistes omniprésents, mais aussi comme derniers espoirs pour une espèce humaine exsangue. Hourglass aborde tout au long de ses pages de très nombreux thèmes (la guerre, notre civilisation, le transhumanisme, l’évolution de la conscience artificielle, le potentiel du voyage dans le temps…), peut-être un peu trop pour les mener vraiment à bien, mais les traite systématiquement par l’angle de l’émotion (dans le bon sens du terme) et de l’humanisme. Un bon moyen pour se permettre d’échapper à la simple allégorie et de s’embarquer durant un bon dernier tiers dans un voyage séculaire plus elliptique et contemplatif avec comme point d’orgue une simple amitié, franche et sincère.



