H.P. LOVECRAFT : LA TOMBE

La tomba da H.P. Lovecraf – Italie – 2019
Genre : Horreur
Dessinateur : Nino Cammarata
Scénariste : D.D. Bastian
Nombre de pages : 72
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 15 octobre 2025
LE PITCH
Jervas, introverti et solitaire, découvre une tombe de granit sur laquelle est inscrit son nom. Il semble être le dernier descendant de la famille Hyde, une famille déchue au passé sombre… Pour tromper l’ennui, le jeune homme se met à fréquenter régulièrement ce mausolée, jusqu’à développer une véritable obsession pour les mystères et les secrets de l’ancienne lignée des Hyde. Jusqu’où l’entraînera-t-elle ?
Naissance et mort
Proposition en provenance d’Italie, cet album édité chez nous par les Humanos adapte l’une des très nombreuses nouvelles de Howard Phillip Lovecraft. Pas forcément la plus célèbre, mais certainement l’un de ses textes fondateurs, habilement mis en image par D.D. Bastian et Nino Cammarata.
Pour retrouver les traces de ce récit, il faut remonter aux tous débuts de la carrière professionnelle de Lovecraft alors que seul une petite œuvre de jeunesse comme La Bête dans la caverne a eu les honneurs d’une publication dans la revue littéraire The Vagrant. Une première marche qui donne enfin une impulsion d’inspiration à l’aspirant romancier qui va rédiger coup sur coup deux textes nettement supérieurs : La Tombe et Dagon. Le second est entré dans la légende comme la première véritable apparition de la fameuse cosmogonie délirante du monsieur, la première elle, est encore très marquée par son admiration profonde pour Edgar Alan Poe. Un texte profondément gothique dans son approche, contant la fascination d’un jeune homme au cours des années pour le mausolée construit en l’honneur de celui qui se révèlera être un lointain ancêtre. Un regard porté sur la mort, sur l’héritage (ici on le comprend plutôt malsain et inquiétant) et donc une certaine forme d’éternité qui renvoie autant au froid du marbre qu’à un délire macabre et fiévreux.
L’enterré vivant
Les amateurs de l’auteur y perçoivent aujourd’hui assez aisément des pistes à venir pour d’autres récits, et en particulier le plus long, L’Affaire Charles Dexter Ward où à nouveau l’esprit d’un ancêtre, à la moralité trouble mais ayant exploré les secrets de la création, semble prendre possession de son pauvre descendant. Ici le voyage est cependant totalement volontaire et le monde des morts semble nettement plus intéresser Jervas que celui des vivants, et la tonalité générale autant que la conclusion joue largement sur le doute de ce transfert à travers le temps. L’adaptation en présence choisit d’en reprendre plus ou moins les mots exacts, mais d’en simplifier nettement la prose, laissant surtout aux images le soin de raconter leur version de l’histoire. Le scénariste D.D. Bastian s’efface avec pertinence limitant les aspects verbeux de l’auteur au maximum pour permettre véritablement aux effluves occultes d’imprégner un découpage plutôt contemplatif, laissant le soin à l’atmosphère de s’installer et surtout au dessinateur de divaguer. Tout aussi inconnu chez nous que le scénariste, Nino Cammarata est plein de faiblesses dans son trait, pas toujours stable, un peu changeant et aux collages numériques pas toujours des plus harmonieux, mais il capture néanmoins avec beaucoup d’efficacité « l’esprit » Lovecraft en laissant apparaitre à l’image les non-dits de l’auteur (les visions des orgies de Mr Hyde en particulier), mais aussi en laissant cette adaptation se faire déborder par le reste de l’œuvre du monsieur. Des visions plus cosmiques, des présences plus frappantes, une folie plus présente, donnent lieu à quelques planches vraiment marquantes qui étoffent joliment La Tombe. Une redécouverte vraiment intéressante.




