FREDDIE L’ARRANGEUR

Freddie The Fix – Etats-Unis – 2025
Genre : Horreur
Dessinateur : Mike Perkins
Scénariste : Garth Ennis
Nombre de pages : 48
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 12 février 2026
LE PITCH
Hollywood : les loups-garous, vampires, zombies, extraterrestres, croque-mitaines et toutes sortes de monstres sortent une fois la nuit tombée. Ils ont tous leurs petites manies – comme celles consistant à trucider les gens – et quand ils se retrouvent dans la panade, ils appellent Freddie…
L’horreur est leur métier
Bon début d’année pour les amateurs de comics poisseux aux goûts de stupres et de café froid grâce à l’une des dernières créations de l’irlandais Garth Ennis. Le créateur de The Boys (et plein d’autres trucs irrévérencieux) nous offre une vision très roman noir et Universal Monsters des coulisses hollywoodiennes dans un one shot qui ne manque pas de mordant.
Un format plutôt atypique pour un comics puisque Freddie l’arrangeur se présente comme un seul et unique album de moins de cinquante pages. Avec la couverture solide apporté par Delcourt, on se croirait presque face à un album franco-belge. Il s’agit pourtant bien d’une proposition imaginée au départ pour ouvrir la voie au nouveau label indépendant d’Image Comics, Ninth Circle, tourné vers les univers horrifiques. Quoi de mieux alors que d’imaginer une version de la machine à rêve américaine où les différents monstres de cinéma s’avèreraient bien réels ? Loups-garous, vampires, aliens, slime mais aussi croquemitaines divers et variés sont ainsi bel et bien utilisés sur grands écrans pour leur propriétés physiques, héros de franchises lucratives et traités comme de véritables stars. Un monde d’aujourd’hui mais où le dernier scandale de Tiktok serait une vidéo du predator suçant une bite en gros plan. Ennis n’y va pas avec le dos de cuillère, dans le cul et la bidoche, et insiste avec son sens habituel de la caricature et de l’humour trash sur un décors scabreux, vulgos et dangereux à souhait.
Les paillettes collent aux doigts
Un petit monde où cependant le fameux Freddie est à son aise puisqu’il est justement le mec qu’on appelle dès que les choses tournent mal pour étouffer le moindre esclandre avant que la presse, ou la police, ne s’en mêle. Là encore le scénariste retrouve l’une de ses vieilles marottes, le roman néo-noir, et le protagoniste, décontracté, salopard sympathique et constamment ironique, n’est certainement pas sans rappeler parfois un certain John Constantine. C’est clairement cette toile de fond, et les dialogues piquants et vicelards, qui font tout le charme de ce Freddie L’Arrangeur, admirablement illustré par le très pointu et hyper réaliste Mike Perkins (Le Fléau, Bat-Man, Swamp Thing Infinite…). Son trait âpre et expressif, constamment mis en valeur par les couleurs sales et glauques des familiers Mike Spicer et Andy Troy, donne effectivement plus de corps à ce mélange entre polar hard boiled et horreur gore, sérieux terrible et parodie poussive. Reste l’histoire en elle-même qui en une petite cinquantaine de pages s’efforce de faire revivre une vieille affaire de Freddie, de croiser une disparition avec un cadavre plutôt encombrant sans trop donner d’indices sur une révélation tout de même plutôt prévisible. Le mal est comme toujours devant nos yeux depuis le début et on sent l’auteur un peu à l’étroit dans sa construction, préférant surtout faire des parallèles entre cette industrie du divertissement qui cacherait des assassins pédophiles et quelques réalités bien sordides à nouveau dans l’actualité (la vraie) depuis quelques mois.
En l’état, l’album aurait pu être totalement enthousiasmant s’il s’agissait d’un premier chapitre d’une nouvelle série et si sa mise en place promettait de prochaines affaires toutes aussi corsées, si ce n’est plus. Mais en tant que one-shot cela semble un peu trop court. Il faut voir le bon côté : ça veut dire qu’on en redemande.




