FOOD TRUCK WAR : FUCK THE WANKERS

Italie / France – 2025
Genre : Action
Dessinateur : Edoardo Audino
Scénariste : Nicolas Jarry
Nombre de pages : 124 pages
Éditeur : Oxymore
Date de sortie : 17 septembre 2025
LE PITCH
Début des années 80, les mafias et les gangs règnent sur les nuits new-yorkaises. Seuls remparts contre le chaos : les Fry Sherifs, qui sillonnent leur quartier à bord de leur food-truck pour rendre la justice. Ed Palmer était l’un des meilleurs traders de la Darkrock Company, jusqu’à ce que son patron décide de le sacrifier pour s’éviter un procès trop coûteux, le virant pour une faute qu’il n’a pas commise et mettant un contrat sur sa tête. Désespéré, il se rend chez son père, un Fry Sherif de Brooklyn qui a fait de son enfance un enfer… mais l’homme est mort depuis plus d’un an. Tout ce qu’il lui a laissé, ce sont les clés de son food-truck et son insigne.
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Ils trainent derrière eux une bonne odeur de graille et de bouffe vite ingérée (mais pas toujours rapidement digérée), ils vont désormais être aussi entourés de bonnes odeurs de violence et de d’anarchie. Voici la première BD dont les Food Truck sont les héros !
On connaissait jusque-là Nicolas Jarry essentiellement pour ses nombreuses participations aux séries anthologiques Orcs et Gobelins, Mages, Guerres et dragons ou Empires, avec une nette propension à cultiver des terres pleines de fantasy ou des uchronies peuplées de créatures fantastiques. Avec Food Truck War, le scénariste s’offre une grosse récréation musclée en revenant aux bonnes vieilles années 80, décennie de la gagne, des yuppies et de la poudre pas chère. Mais ici cette Amérique est issue d’un monde, ou d’une chronologie parallèle, où pour contrer une délinquance grandissante les propriétaires de Food Truck ont été adoubés comme service d’ordre nocturne supplémentaire. Quadrillant la ville entre deux sandwichs livrés, ces nouveaux héros urbains foncent dans le tas avec leurs véhicules bardés de protections d’acier blindé, la batte ou la machette à la main. Une idée bien décalée et bien bisseuse que Jarry s’amuse vraiment à repousser dans ses retranchements, imaginant toute une organisation bien huilée autour de ce petit microcosme, quelques rivalités de gangs, ainsi des conséquences notables dans l’organisation politique et économique du pays. Il y est aussi question de zombies, mais pas ceux réveillés par une quelconque magie, mais par une nouvelle drogue qui grignote le cerveau des junkys et les pousses à bouffer les passants.
Supplément de sauce piquante
Et tout ça révèle toute sa logique personnelle par le biais de la chute d’Ed Palmer, trader un peu trop sûr de lui, sacrifié par sa boite, menacé de se faire suicider pour dissimuler quelques détournements et qui se voit obligé de retourner dans les mauvais quartiers et reprendre la petite entreprise de Food Truck justice de son paternel. Entre quelques bastons, vieux souvenirs oubliés sur place (dont un sacré amour de jeunesse) et une affaire policière dont les ramifications vont ébranler les puissants de la ville, ça secoue forcément. Mine de rien, malgré le ton très groovy et exploitation de l’album, le scénario s’avère plutôt touffu avec une grosse galerie de personnages bigarrés (la journaliste, le collègue, l’assassin, la presque ninja, la gamine…), plus ou moins développés dans ce premier tome, et une installation d’un univers que l’on sent déjà très pensé et solide. On se prend alors rapidement au jeu, embarqué par le rythme bien mené de l’histoire, par le ton irrévérencieux des personnages, par les révélations qui tombent en cascades, oubliant quelques clichés et facilités de récit pulp qui émaillent la lecture. On ferme aussi les yeux sur les contours parfois trop cartoons et les curieux effets de flous qui habitent les planches du jeune Edoardo Audino. Un napolitain dont c’est là le premier album français, et qui marque bien l’esprit général avec un découpage dynamique et des illustrations tout en rondeur, en fausse douceur et en constante énergie.
Une proposition bien cool et qui, malgré un point final à l’affaire en cours se laisse clairement une porte bien ouverte pour un second album qui risque d’ajouter à la recette déjà roborative un petit triangle amoureux bien musclé. Ça vaudra sans doute le coup d’œil.

