FOLKLORDS

folklords #1-5 – Etats-Unis – 2018
Genre : Fantastique
Scénariste : Matt Kindt
Illustrateur : Matt Smith
Nombre de pages : 144
Editeur : Delcourt
Date de Sortie : 03 février 2021
LE PITCH
Dans un monde de magie et de monstres, Ansel est un outsider hanté par des visions de costumes bien repassés et de technologie moderne. Quand vient le temps pour lui de démarrer sa quête, Ansel brave l’interdit et décide de rechercher des personnages légendaires : les « Folklords ». Il veut aller jusqu’au bout car il espère qu’ils pourront expliquer ses visions.
Ceux qui écrivent
Beaucoup ont tenté depuis l’achèvement de la série Fables de reprendre le flambeau et de retrouver la même magie, la même impertinence, la même modernité dans la réactualisation des contes ancestraux. Beaucoup s’y sont cassés les dents. Mais Folklords résiste aux coups de baguette mal intentionnés.
Après s’être fait un nom en participant activement à la revitalisation de l’univers Valiant (Ninjak, X-O Manowar, Unity…) Matt Kindt est en passe de devenir l’un des auteurs incontournables de la décennie en cours. Après le voyage interdimensionnel métaphasique et mélancolique, il joue à nouveau ici avec la barrière ténue entre les mondes, mais cette fois en embrassant plus volontiers la simplicité et la naïveté des grandes légendes d’autrefois, des contes et de la fantasy enfantine. Une simple variation autour du fameux héros éternel de Joseph Campbell, où comme d’habitude un jeune homme plein de fougue et de curiosité va quitter son village à la recherche d’une légende que tout le monde préférerait avoir oublié : les maîtres-peuples. Keskecé ? Déjà le look improbable d’Ansel, adolescent dans un village pseudo-médiéval, n’a rien à voir avec celui de ses camarades. Hanté par d’étranges visions nocturnes, il aime à bricoler des objets improbables (un briquet ?) et se vêtir en costume à cravate. Un original manifestement observé par une étrange narratrice dont la relation avec le héros n’est pas, avec un peu de jugeote, sans rappeler un certain L’Histoire sans fin.
Ceux qui lisent
Mais le propos est certainement moins linéaire et le scénariste s’empare des codes de son univers comme Bill Willingham avait pu le faire avant lui dans la (trop) longue saga Fables, et fait fluctuer les lignes avec un regard constamment oblique et une grosse dose de post-modernisme. Un dialogue se crée alors avec le lecteur, rendant plus ambiguë encore la nature même de la BD, disséminant une vision plus adulte, politique parfois, mêlant de concert une réflexion paranoïaque à la 1984 (le culte sur le contrôle de l’écrit), une porosité plus complexe entre les notions de bien et de mal… et une étrange bonne humeur, une fraîcheur, calquée sur la naïveté d’Ansel, qui permet de préserver coûte que coûte cette atmosphère de conte comique, mais jamais parodique. Échevelée, cette aventure initiatique enchaîne les épisodes – d’un frère et sœur devenus serial killer dans leur maison de pain d’épice à une jeune fille laide embrassant tout le monde dans l’espoir de se transformer en jolie princesse – et épaissit chapitre après chapitre son univers et les niveaux de lectures, laissant forcément un bon espoir sur les enjeux à venir. D’autant plus que l’un des grands plaisirs de Folklords est de retrouver aux dessins un excellent Matt Smith (découvert dans 2000AD), manifestement très marqué par le Jeff Smith de la saga Bones. Des illustrations claires, agréables, légèrement cartonny qui avec un travail essentiellement porté sur les atmosphères (les couleurs sont de Chris O’Halloran) et l’énergie du récit, impose un rythme propre aux page turner, comme disent les ricains.