ELRIC T.4 : LA CITÉE QUI RÊVE

France – 2021
Genre : Fantasy
Scénariste : Julien Blondel, Jean-Luc Cano
Illustrateur : Julien Telo
Pages : 80
Éditeur : Glénat
Date de Sortie : 28 avril 2021
LE PITCH
Troublé par les dernières paroles de l’Empereur Saxif d’Aan, Elric se lance à la recherche des ruines de R’lin K’ren A’a, cité originelle des Melnibonéens, où il espère trouver la preuve que ses ancêtres étaient purs avant d’être pervertis par le Chaos. Sur place, Arioch confirme les pressentiments de l’empereur déchu, et ses révélations poussent Elric à embrasser sa destinée, telle que jadis prophétisée par Straasha, le Seigneur des Océans : Melniboné doit être détruite de ses mains.
Et dieu créa l’épée
Aventure entamée en 2013, bien avant celle tout aussi réussie des Conan, l’adaptation d’Elric en BD marquait les esprits par son ambition colossale et cette réappropriation hexagonale d’une œuvre profondément européenne. Fin d’un (long) cycle, fin d’une époque, La Citée qui rêve est-il l’apothéose tant attendue.
Publication étendue sur quasiment 10 ans pour seulement quatre albums et ayant connu quelques remaniements du côté de l’équipe graphique, du collectif Didier Poli / Robin Recht / Jean Bastide, au seul Julien Telo, cet Elric n’a heureusement pas dévié de sa trajectoire épique. Toujours aux commandes de l’adaptation, le duo formé par Julien Blondel et Jean-Luc Cano réussit parfaitement à capturer l’essence des textes de Michael Morcoock, mélange adroit et sinueux de Fantasy classique, de poésie décadente et de flamboyance ensorcelée, en rebondissant de nouvelles en nouvelles pour en extraire la substantive moelle. Suite directe de l’ambitieux cliffhanger du Loup Blanc, La Citée qui rêve mêle deux facettes du même feuilleton. Une première partie pas loin de la grande aventure exploratrice, traversée d’une jungle sauvage et dangereuse à la recherche de la civilisation perdue. Une seconde plus emportée dans l’action, conclusion spectaculaire du cycle en forme de bataille grandiose entre navires de mercenaires et melnibonééns juchés sur des dragons noir ébène.
Reconquêtes
Entre les deux, un déluge de révélations, échappées de la bouche d’un dieu Arioch en personne et la décision sans retour d’un héros tragique jamais à un sacrifice près. Vaste programme, trop vaste même peut-être tant on n’avait jamais senti le récit jusque-là aussi à l’étroit dans sa propre pagination. 80 pages en l’occurrence, remplies à craquer d’évènements, d’évolutions, de divulgations essentiellement pour le personnage, où il est impossible de ne pas remarquer les accélérations forcées et les ellipses brutales. La force d’Elric rattrape manifestement ses auteurs, en particulier lorsque cette lente montée vers une bataille finale plus qu’attendue, se déleste en quelques pages à peine de son lot de victimes, résume l’ultime duel entre Elric et son cousin Yyrkoon en quelques cases à peine, et ne laisse à la sublime Cymoril, désormais reine-déesse du chaos, qu’une sortie de scène manquant d’intensité dramatique, d’envolées. Un peu en dessous des précédents albums, ce quatrième tome marque aussi l’émancipation de Julien Telo, désormais seul illustrateur à bord. Si son travail est sans doute moins opératique que celui de ses camarades, l’énergie débordante de son traits, l’efficacité idéale de son découpage et la rudesse de ses designs, offrent une conclusion parfaitement décadente à ce sublime univers. Et dire que ce premier cycle n’est presque que l’introduction aux aventures plus majestueuses encore qui attendent Elric, figure damnée du champion éternel !