ELIO LE FUGITIF T.1

逃亡者エリオ – Japon – 2019
Genre : Aventure
Scénariste : Masami Hosokawa
Illustrateur : Masami Hosokawa
Editeur : Glénat
Pages : 192 pages
Date de Sortie : 07 avril 2021
LE PITCH
Libéré de la sordide prison de Hell Dorado après y avoir vaincu mille prisonniers en combat singulier, Elio sauve Lara, une jeune fille de la noblesse sur le point d’être exécutée. Tous les deux partent en cavale, sans se douter que les origines cachées de Lara vont chambouler leur destin… Pour survivre, Elio doit fuir !
Evasion
Mangaka encore inédit en France, Masami Hosokawa a tout de même commencé à faire son trou dans le milieu de la BD japonaise au tout début des années 2010, empruntant la voie d’une œuvre virile s’intéressant aux ados en perdition s’engouffrant dans la voie de la délinquance (Sugarless) ou du baseball (Buriki no Archist) comme échappatoire. En 2019, il aborde sa troisième série comme ce qu’il annonce être une œuvre plus personnelle, ou en tout cas moins lissée par les codes éditoriaux habituel.
Passionné d’histoire et de culture médiévale, il installe donc Elio le Fugitif dans le décor du royaume de Castille du XIV siècle, s’échappant des zones urbaines de son Japon natal pour dépeindre une Espagne aride, sèche, dangereuse, tourmentée à la fois par une épidémie de peste noire, la famine et une inquisition d’état dramatique. Ici, la loi du roi et l’église règne en maître, ayant même réussi à faire croire à leurs ouailles qu’accepter coûte que coûte son destin, aussi injuste et dramatique soit-il, était une preuve de hauteur et la promesse d’un accès au paradis. Des règles auxquels ne se plie forcément pas le jeune héros, Elio, que l’on découvre enfermé dans une prison sordide, enchaînant les combats à mort pour obtenir sa libération. Avec son style graphique semi-réaliste, son sens du détail sur les vêtements élimés et déchirés, ses décors décharnés, et la sauvagerie de ses scènes de combat, Masami Hosokawa pratique un hyper-réalisme qui oscille parfois entre le misérabilisme (les grands sentiments de la BD nippone) et le grand guignol, pour donner un résultat très étrange, agréablement bisseux en tout cas.
« Personne n’attend l’inquisition espagnole ! »
D’autant plus qu’Elio a une fois encore été prépubliée au sein de la revue Shônen Champion, soit une publication à l’adresse des jeunes ados, souvent en quête d’action, de sensations fortes et de valeurs du dépassement de soi. Dans cette atmosphère historique troublée et parfois même sordide, Elio le fugitif construit son récit comme une nouvelle quêtes héroïque d’un jeune héros franc et courageux, étourdi et chaleureux, qui va grandir au fur et à mesure de ses combats, et s’entourer peu à peu d’une bande de guerriers aussi puissants que lui et parfois d’anciens ennemis. En arrière-plan, c’est du grand classique donc, mais cela dote ce premier volume d’opposants ou alliés aussi disparates qu’un prévôt dominé par sa mission, un grand oncle fracassant les crane avec un marteau géant et une épéiste, tueuse professionnelle, à la féminité sadique. Un contre-point à la jolie et douce Lara Resmondo, noble déchue injustement, qui certes va sans doute servir de focus romantique, mais apporte aussi des amorces de réflexion sur la notion de liberté et de foi. Belle brochette de personnages, que l’auteur dote de petites finesses psychologiques bienvenues, éclaire d’un soupçon d’humour, avant de revenir à sa description d’un pouvoir corrompu et d’un secret d’état, que bien entendu Elio le va-nu-pieds réussira à exposer in fine. Un Shonen cuit à poings.