DROME

Etats-Unis – 2025
Genre : Fantastique
Dessinateur : Jesse Lonergan
Scénariste : Jesse Lonergan
Nombre de pages : 326 pages
Éditeur : 404 Comics
Date de sortie : 18 septembre 2025
LE PITCH
Au commencement, il n’y avait rien. Puis vint la vie, et le cycle de la violence s’amorça. Alors, depuis les profondeurs de l’océan, une puissante demi-déesse émergea pour enseigner un langage de paix. La civilisation pris racine et les champions de l’ordre régnèrent. Mais le chaos des origines avait son propre champion.
Conquérant d’un nouveau monde
Révélé par l’expérimental Hedra et le space opera Arca, consacré aux USA par ses apparitions mainstream sur New Gods et TMNT, Jesse Lonergan est considéré, à raison, comme un nouveau prodige de la BD américaine. De retour sur un projet totalement personnel, il signe avec Drome son œuvre (pour l’instant) la plus imposante et à la plus ambitieuse.
Si le style de Jesse Lonergan a rapidement fait sensation c’est bien entendu pour l’importance considérable des gaufriers dans son travail. Des structures extrêmement visibles, des gouttières géométriques omniprésentes, une narration massivement ordonnée, mais qui n’alourdit jamais le rythme ou la narration, mais la charpente, la construit ou la déconstruit, et en devient par le même mouvement fluide et organique. Comme dans ses premières œuvres, Drome est donc en premier lieu une création graphique, dont le récit va naitre essentiellement de cette architecture visuelle où les blocs d’images s’enchainent et varient de formes et de tailles. Et dans ces pages, les espaces blancs apparaissant entre les cases, résonnant habituellement comme une forme de vide, un marqueur presque temporel, des indicateurs de rythme, deviennent des vecteurs de mouvements, des fils que suivent naturellement nos yeux. La référence usitée par l’artiste étant celui d’un plan de métro dont on suivrait la ligne pour tracer l’ensemble de l’histoire proprement dite.
Magistral
Un rapport à la bande dessinée très différents du tout-venant, questionnant sans cesse ses réflexes et ses composantes, multipliant les juxtapositions et les mises en parallèles, constamment relancé par un travail tout aussi significatif sur la palette de couleur. Cela peut être déstabilisant, mais très vite la logique assez naturelle de l’entreprise et l’évidence du chemin choisi par Jesse Lonergan prennent le pas sur l’exercice intellectuel. Elle trouve surtout un net écho dans l’échelle même de l’aventure grandiose contée dans Drome, feuilleton des origines d’un univers complet, reproduisant avec un exotisme libre la naissance d’un monde conditionné par les inspirations et les caprices de dieux opposés (l’ombre et la lumière), martelé par une violence primitive et sauvé par des héros tout aussi sauvages mais nourris par leurs passions. Des traces évidentes des relectures de L’Ancien testament sont à l’œuvre, tout comme des références à L’épopée de Gilgamesh et de multiples autres proto-mythes, et offrent forcément à l’ensemble une portée mythologique et métaphysique certaine. Mais Lonergan est aussi très avide de sensation plus brutes, de renouer avec des racines plus populaires des comics, et ce descendant de Chris Ware (Jimmy Corrigan) et Michel Fiffe (Copra) n’hésite pas à raviver quelques images issues des plus vigoureux romans de Robert E. Howard, des visions épiques de Frazetta ou des délires cosmiques du géant Jack Kirby.
Drome est donc certainement un album puissant, massif et foisonnant, histoire de vie et de mort, d’affrontement et de quête d’illumination, mais qui peut aussi se déguster comme un péplum furieusement bis et délirant, succession de batailles homériques et sanglantes contre des armées bariolées et des monstres géants (crabes, requins, forces élémentaires…) dignes de publications Marvel des années 60. Un vaste et passionnant terrain d’exploration qui déborde constamment de ses propres pages.





