DOOMSDAY CLOCK

Doomsday Clock #1-12 – Etats-Unis – 2017/2019
Genre : Super-héros
Scénariste : Geoff Johns
Illustrateur : Gary Frank
Nombre de Pages : 448
Éditeur : Urban Comics
Date de Sortie : 23 octobre 2020
LE PITCH
Il y a trente ans, sur une Terre où le cours de l’Histoire a évolué de manière bien différente, un justicier milliardaire nommé Ozymandias a tenté de sauver l’humanité d’une guerre nucléaire imminente en concevant une machination effroyable… et réussit. Mais, ses plans ayant été révélés, ce dernier dut prendre la fuite et tente à présent de retrouver le seul être capable de restaurer un équilibre sur sa planète : le Dr Manhattan, surhomme omnipotent.
12 minutes avant minuit
L’apparition d’un simple badge smiley dans la Batcave peut-il vraiment changer la face de l’univers DC ? Un récit incroyablement casse-gueule, risqué pour le moins, que de tenter de réévaluer The Watchmen pour le diluer dans le monde plus classique, et commercial, de Superman & co. Un grand plan fascinant, mais sa réalisation ne résiste pas à la comparaison à la précision d’Alan Moore.
Autrefois monument intouchable de la bande dessiné américaine, Watchmen est devenu, au grand damne de ses créateurs, un produit parmi d’autres, voire carrément une vache à lait pour un éditeur comme DC Comics qui peine à retrouver le souffle sacré. L’accord tacite passé en 1987 avec Alan Moore et Dave Gibbons de ne pas toucher à l’univers mis en place dans les douze fascicules historiques aura finalement tenu jusqu’en 2012 et un changement de direction en coulisses, ouvrant la voie à une première « trahison » Before Watchmen, prequel multiple relativement veine. On s’attendait alors à voir s’enchaîner les suites officielles, venant répondre aux nombreuses questions laissées volontairement ouvertes dans les dernières pages de Watchmen, mais le chemin choisi a finalement été moins frontal, plus tortueux et presque plus dangereux. Un petit jeu en forme de quêtes des petites miettes de pain laissées par le petit Poucet Geoff Johns dans les pages de DC Universe Rebirth #1, dans la mini-série Le Badge puis dans une multitude de publications mensuelles par le biais d’une allusion, d’une construction de case ou d’un énigmatique flash de lumière bleu. Un long cheminement censé aboutir à l’event en 12 épisodes Doomsday Clock menant directement à une nouvelle relance des publications DC. Malheureusement, entamé en 2017, le titre pris de nombreux retards et ne s’acheva finalement que deux ans plus tard, perdant clairement en cours de route une grande part de son impact.
Who Watch the Justice League ?
Il y a avait de toute façon quelque-chose de surdimensionné dans ce comics qui en plus d’intégrer Watchmen à l’univers DC connu, devait dans le même temps préparer le retour en grandes pompes de personnages disparus depuis les New 52 (en particulier ici la Société de justice d’Amérique, ancêtre de la JLA, et La Légion des Super-héros), tout en donnant une logique au revirement assez cynique, individualiste et sombre des personnages maison, qui fut au départ impulsé pour se rapprocher des films de Nolan et Snyder. Même si Geoff Johns n’est pas un débutant, autant en BD qu’à la TV ou au cinéma, ses épaules ne semblent clairement pas assez lourdes pour supporter tout cela. Effaçant d’un trait le suspens final de Watchmen, il imagine alors un bond dans le temps pour démontrer que le plan de Veidt n’a servi qu’à repousser l’inéluctable, obligeant ce dernier à partir à la recherche du Dr Manhattan, lui-même explorant d’autres dimension. Celle de DC comics en l’occurrence, avec lequel il a expérimentée, modifié les lignes temporelles et les destins, entraînant directement un rapprochement progressif avec le monde d’où il venait. Au début de Doomsday Clock, ce monde est au bord d’une nouvelle guerre mondiale, et les super-héros sont déchus, menacés par une course à l’armement par méta humains interposés. Engoncé dans une narration entièrement empruntée à Watchmen, des monologues de Rorschach à ceux plus nébuleux encore de Manhattan, en passant par les gaufriers de neufs cases, Johns se heurte constamment à l’évidence et le génie de l’écriture d’Alan Moore, mais aussi s’emmêle en voulant constamment ménager la chèvre et le chou.
L’Homme de demain et d’hier
Le voyage dimensionnel n’est qu’un alibi de script, les nouveaux méchants le Mime et la Marionnettiste des créations inabouties de Moore dont le potentiel ne sera jamais vraiment exploité, le retour du Comédien et le grand plan de Veidt tombent à l’eau et la galerie de personnages DC, en particulier Batman et le Joker, oscille vers le placement de produit avant de disparaître dans la figuration. Des débuts un peu lourds, un cheminement assez difficile… Mais heureusement un grand final qui reprend clairement du poil de la bête lorsque le récit revient enfin à l’essentiel : Superman. Plus que jamais il est la figure centrale de DC (voir même des comics tout court) celui dont les multiples résurrections, réécritures et réinventions conditionnent directement l’équilibre de ce monde super-héroïque. Par le biais de Dr Manhattan, Geoff Johns opère une analyse méta osée et complexe d’une cinquantaine d’années de publications et d’oscillations entre naïveté colorée et postures sombres, modèle d’espoir et reflet réaliste de l’âpreté du monde. Un final où l’on entendrait presque parfois la mélodie cyclique et incantatoire de Philippe Glass. Reste que le rendez-vous semble à moitié manqué et que les fans purs et dure de Watchmen crissent régulièrement des dents.
Là où en revanche personne ne trouvera à redire c’est sur la prestation exemplaire, voir spectaculaire et impressionnante de l’illustrateur Gary Frank (Supreme Power, Midnight Nation, Justice League) qui marie subtilement les deux univers avec un sens du détail et de la dynamique imparable, n’ayant pas à rougir à côté des planches historiques de Dave Gibbons. C’est parfois brouillon et emmêlé, mais Doomsday Clock ça en met clairement plein la vue.




