DOGGYBAGS ONE SHOT : DIRTY OLD GLORY

France – 2021
Scénariste : MUD
Illustrateur : Prozeet
Pages : 104
Éditeur : Ankama Editions
Date de Sortie : 23 avril 2021
LE PITCH
Unis par le survivalisme et le rejet d’une société en plein déclin, Carl, Enapay, Pulp, Benedict et Fritz font face à une attaque. Une de plus, depuis que la guerre civile fait rage. Acculés, pris au piège, ils devront attendre patiemment, et pleins d’espoir, qu’on vienne les sauver. L’occasion pour chacun de partager un passé souvent tourmenté… Les valeurs qu’ils partagent leur suffiront-elles pour traverser cette épreuve ?
Fury
Encore besoin d’une petite gamelle ? DoggyBags est là pour ça, alternant les numéros classiques de son anthologie sanglante et les one shot plus amples mais tout aussi méchants. Dernière fournée, Dirty Old Glory sonne en huis-clos le glas d’une Amérique enfoncée dans une nouvelle guerre civile.
Déjà bien à l’aise dans les pages de la série DoggyBags, MUD avait passé un cap supplémentaire en s’emparant d’un volume solo, Trenchfoot, petite virée des plus bucoliques chez des sudistes camés jusqu’au yeux. Avec un petit effet de travelling arrière, sa vision de l’Amérique s’étend désormais au continent entier, s’installant dans une dystopie terriblement proche (et on ne parle pas que des dates) où le retour de l’extrême droite au pouvoir aurait fini d’effriter les pieds du colosse, entraînant un effondrement total du pays et une guerre civile entre états. Les premières pages ne font pas de quartier, enquillant les facts avec une sécheresse désarmante (le petit passage dans le musée de la Création vaut son pesant de cacahuètes), avant d’embrayer avec une séquence d’action bien musclée, une poursuite entre factions, s’achevant par un combat aux blindés. Les rebelles finissent ensevelis sous un bâtiment effondré, coincés dans un tank transformé en cercueil.
Make survivalism great again
Débute alors le cœur de l’album, le huis-clos proprement dit, plantant ces soldats les uns face aux autres, l’un mortellement blessé, tous affamés, attendant des secours qui ne viendront sûrement pas…. Ou des ennemis pour les achever. Des compagnons d’armes tous du même bord, à priori du bon qui plus est, qui se racontent leurs souvenirs du jour où tout a basculé, qui se racontent comment la politique réactionnaire a transformé leur vie, mais qui aussi laisse peu à peu affleurer leurs faiblesses, leurs failles, voir leurs petits secrets inavouables. L’exercice est éprouvé mais manié avec brutalité, plongeant progressivement l’humanité vers ses racines primitives, vers son égoïsme et vers sa faim de survie, et ne laissant que peu d’espoir au lecteur voyant les personnages se débattre avec leurs dernières bribes de morale et la bestialité de leurs congénères. Une atmosphère écrasante parfaitement rendue par Prozeet (un autre grand habitué de DoggyBags) qui manie à la perfection le réalisme noir de la revue tout autant que ses accents volontairement plus caricaturaux et grotesques.
Entre drame tout en rage contenue et explosions de violence vrillant vers le grand guignol sordide, Dirty Old Glory offre une balade bien douloureuse où la haine ne cesse de gagner du terrain jusqu’à un final, forcément, désespéré. Outch.