DIBBOUK

France – 2025
Genre : Horreur
Dessinateur : Alberto Zanon
Scénariste : D.H. Jarmon
Nombre de pages : 88 pages
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 16 avril 2025
LE PITCH
Hériter d’une maison, c’est aussi hériter de son passé… c’est ce que va découvrir à ses dépens Marie, qui, accompagnée de son mari et de ses enfants, quitte une vie parisienne tumultueuse pour Toulouse, où elle a hérité d’une maison. Mais très vite, Félix, leur adolescent mal dans sa peau, est source de problèmes et son comportement violent devient des plus inquiétants. Marie croit alors reconnaître les signes d’une malédiction qu’elle a fui et qui a déjà décimé sa famille, des années auparavant…
Esprit pas si malin
Quelques mois après Le Golem de Paris, la scénariste Déborah Hadjej-Jarmon continue son exploration moderne des grands mythes hébraïques. Ici donc le Dibbouk, esprit vengeur qui va s’attaquer à une petite famille qui n’avait pas vraiment besoin de ça pour partir en vrille.
Les croyances chrétiennes occupant un imposant pourcentage des pitchs des récits d’horreurs contemporains (en particulier au cinéma), il est toujours intéressant de se pencher sur des propositions plus « exotiques » se tournant vers d’autres mythologies, d’autres cultes, d’autres références culturelles, comme c’est le cas avec les deux premiers albums imaginés par D.H. Jarmon, forcément inspirés de ses propres origines, et on l’imagine, de lectures et récits familiaux. Ici donc une protagoniste, Marie, épouse et mère de famille, qui revient par la force des choses à la demeure familiale toulousaine qu’elle avait fuis quelques années auparavant, et qui va être confrontées à ses secrets, à ses racines, et une force maléfique qui semble n’avoir fait qu’attendre son retour : un dibbouk, enfermé dans une boite du grenier qui va se dissimuler dans l’esprit du fils, garçon fragile et harcelé, le transformant peu à peu en tueur sadique. Impossible de ne pas penser ici au classique Amityville 2 Le Possédé, et à une ribambelle de films d’épouvante du même acabit, reposant sur des règles classiques et éprouvées, poussant à la recherche du pardon et un retour salvateur à la foi.
Mon exorciste chez les Toulousains
Un aspect de l’album plutôt bien négocié, installant durablement quelques mystères (pourquoi tant de haine ?), jouant sur quelques visions horrifiques bien placées et une mise en image vraiment réussie de l’italien Alberto Zanon (Fées des sixties T2, Hercule Poirot chez Paquet). Un style dynamique, fluide, capturant aussi bien les émotions simples que les déformations démoniaques, mais qui manque sans doute d’un peu de soutien du coté de la colorisation trop classique et uniforme. L’atmosphère manque d’intensité et aurait sans doute besoin de plus de pas de côté pour extirper Dibbouk d’une sensation de normalisation constante. La faute surtout à de véritables tics d’écritures, astuces de conteur, calqués sur nombres de thriller récents (les polars nordiques sont à la mode) et des facilités héritées de la télévision française (genre TF1) : les longs dialogues didactiques pour évoquer la nature du dibbouk, la tromperie du mari, la romance de l’adolescente, la rencontre fortuite avec un ancien beaux-frères, les liens avec un vieux drame sorti du chapeau, le happy end communautaire… autant de clichés que de pistes peu aboutis, plaqués comme des passages obligés et non une véritable manière d’étoffer le récit central.
L’album se lie vite, n’est vraiment pas désagréable et même plutôt sympa lorsqu’il se concentre sur ses atours purement fantastiques, mais il passe clairement à coté de son potentiel et ne convainc vraiment pas dans son traitement d’une femme en rupture avec ses origines et sa foi, ou dans sa mise en place d’un drame familial (trop) complexe.




