DIAMOND LITTLE BOY T.1

ダイヤモンドリトルボーイ – France, Japon – 2018 / 2025
Genre : Drame
Dessinateur : Victor Dermo
Scénariste : Victor Dermo
Nombre de pages : 192 pages
Éditeur : Vega
Date de sortie : 20 juin 2025
LE PITCH
Victor grandit dans une cité caennaise dans les années 2000. Il passe une grande partie de sa scolarité à dessiner dans les marges de ses cahiers, puis arrête l’école en troisième. Il tombe alors dans la délinquance et les petits trafics de stupéfiants, puis s’approche du crime organisé, avant d’être condamné par la justice. Sa minorité lui évite la détention et lui donne l’occasion de remonter la pente.
Jusqu’ici tout va bien
Nouveau titre mis en avant par les éditions Vega, Diamon Little Boy n’est pas un manga comme les autres. Il ne s’agit pas d’un manga à la française, mais bien d’une création très personnelle signée par un auteur hexagonal mais entièrement produit au Japon, au sein des codes et des méthodes locales. Plus qu’une curiosité cependant, ce premier tome est aussi la renaissance d’une première œuvre.
Le jeune Victor Dermo avait en effet déjà publié une première fois Diamond Little Boy sur son site internet, à la manière d’un feuilleton régulier, puis en volume en auto-édition. Des débuts déjà remarqués, et surtout soutenus par une partie de la scène rap, et caennaises de surcroît, menée par Orelsan et Skread. Les débuts du succès, une première diffusion sur la plateforme japonaise Bookwalker et enfin une première connexion entre le label Wagram et Dupuis, maison mère de Vega, permet de faire naitre l’idée de relancer Diamond Little Boy en repartant du début. Si un temps un autre illustrateur, nippon, est envisagé, Victor Dermo s’accroche à son rêve de devenir un mangaka complet et, poussé par son tanto (éditeur personnel), se met dans les conditions de publications d’un véritable manga avec délais serré, rendu régulier et collaboration avec un studio d’assistants… Ni plus ni moins que le studio Atsu dirigé par Atsuhiro Saitô (Death Note, Naruto, Bleach…). Une première ! D’autant plus étonnant que si cette série reprend à son compte toutes les particularités du manga, le format, la construction en chapitres, le découpage ou le tramage, elle reste profondément ancrée dans les racines françaises de son auteur.
Mangabilly
Et pour cause, ce dernier signe ici une œuvre autobiographique à fleur de peau qui retrace ses espoirs de jeunesse, préado fasciné par la culture japonaise (aaah son premier Japan Expo !) et par la musique, autant que son glissement progressif dans le milieu de la petite, puis on l’imagine plus grande, délinquance. La vie dans le quartier, le racisme ordinaire au collège, la sévérité du père, les premières magouilles et conneries, le premier concert, le premier coup de coeur… Beaucoup se reconnaitront dans ce portrait toujours touchant, toujours sincère d’une certaine adolescence (toutes les banlieue se ressemblent non ?), certes naturellement un peu rêveuse, un peu déconnante, un peu fantastique, mais irrémédiablement rattrapée par la réalité : un meilleur ami qui meurt subitement d’une crise cardiaque, les horizons qui se bouchent, les trafics qui promettent de l’argent facile… Témoin de première ligne Victor Dermo retrouve le langage, l’attitude, la culture, le mélange de dureté et de fragilité de ces gamins un peu paumés, toujours en danger, et plonge le lecteur soit dans ses propres souvenirs, soit dans une chronique sociale qui esquive les clichés et les raccourcis. Fortement inspiré par les manga dits « Furyô » consacrés justement aux récits de jeunes délinquants, assez souvent en gangs, Diamond Little Boy se montre tout de même plus subtiles, ne jouant pas la carte du portrait « criminel » immédiatement mais laissant le lecteur s’attacher au protagoniste, découvrir ses proches, sa famille, et surtout observer le piège du destin se resserrer autour de lui.
On pourra observer quelques manques de fermeté parfois dans certaines cases, un croisement de l’esthétique manga et franco-belge qui ne demande qu’à s’affirmer plus encore, mais le dessinateur s’inscrit très efficacement dans l’énergie du manga, mêlant découpage précis et une expressivité typique du genre, entre grand drame déchirant et humour du quotidien. Cette quête d’une échappée et d’une rédemption presque inaccessible est définitivement accrocheuse.




