DES VICES ET DES OS

Huesos y Tornillos – Espagne – 2009
Genre : Science-Fiction, Comédie, Erotique
Dessinateur : Manolo Carot
Scénariste : Manolo Carot
Nombre de pages :
Éditeur : Tabou BD
Date de sortie : 16 octobre 2025
LE PITCH
Deux mille ans dans le futur. L’être humain a pratiquement disparu, banni du monde par les androïdes sophistiqués qu’il a lui-même créés. De jeunes femelles élevées en laboratoire sont destinées à l’usage et à la consommation des plus fortunés. Mais ces humaines préfabriquées génèrent une bactérie qui détruit toute matière non organique et seules les décharges des systèmes par friction peuvent atténuer les effets de cette maladie. Les humains ont-ils une chance de s’en sortir parmi ces robots humanoïdes qui dominent un monde de mort, de corruption et surtout de vices ?
à poil le futur !
Désormais de plus en plus tourné vers la BD moins déshabillée avec des publications comme La Chute de Dante, Millenium ou Une révolution nommée Raspoutine, Manolo Carot ne peut pas totalement échapper à son passé puisque l’éditeur fripon Tabou BD propose régulièrement quelques recueils de ses anciennes œuvres. Ici un grand trip SF, très cul et bien bordélique où il ne faut surtout pas prendre le futur au sérieux.
Prépubliés dans les pages de la revue coquine La Poudre aux rêves dans les années 2000, les différents chapitres qui composent Des Vices et des os sont clairement à l’image du précédent recueil HistoireS Extraordinaires : souvent très libres, passant du coq à l’âne et maniant un humour décalé rafraichissant. L’artiste en était encore à ses débuts et son style tout en rondeur, souvent voluptueux sur l’anatomie des donzelles et opulent sur la virilité des messieurs, n’a donc pas encore la précision et la maitrise qu’il affiche aujourd’hui, mais ses planches noir et blanc, tout en dégradé de gris, ne manquent cependant certainement pas de sensualité. Les corps sont pleins, fermes, fantasmés forcément et se vautrent joyeusement dans des étreintes particulièrement sauvages et torrides. Car oui, même dans un futur où l’humanité a essentiellement été remplacé par des machines à l’esprit très RanXerox, c’est encore et toujours le cul qui fait tourner le monde. D’ailleurs ces androïdes ultra performants ont été conçus avec un vice de forme qui les obligent à s’accoupler pour dévider leurs surtensions et éviter l’explosion définitive.
Mécanique bien fluide
Un prétexte naturellement à des rencontres sportives éreintantes, à des corps à corps particulièrement athlétiques et à l’exploration des orifices des unes et des autres. Et les pauvres humains restant dans tout ça ? Ils tiennent très difficilement la distance. Celui qui signait encore Man à cette époque joue avec les codes du récit post-apo et cyberpunk, mais a, il faut bien le dire, beaucoup de mal à garder son sérieux et surtout à tenir son sujet sur la ligne initiale, multipliant les petites sorties de route avant de s’en prendre plus directement au fameux quatrième mur et se mettre lui-même en scène… abattu par l’un de ses personnages pour être remplacé par sa compagne. Des lors Des Vices et des os se déroule dans un monde contemporain où tel le Terminator, un Cyborg remontre le temps pour éliminer ces humains pervers et participe à libérer un virus qui transforme les infectés en obsédés, violeurs invétérés et vampires sexuels avides de fluides. Quelques pirouettes scénaristiques qui sont surtout des outils pour ajouter encore une bonne dose de surréalisme aux situations et aboutir à quelques orgies plein cadre et une illustration finale rappelant quelques soirées au club un samedi soir vers deux heures du matin.
On a parfois l’impression d’assister à un cadavre exquis durant lequel l’artiste se serait allé à ses inspirations du moment, à suivre un fil puis un autre, à multiplier les tons et les parties de jambes en l’air, comme s’il profitait d’une simple commande pour un magazine sexy pour expérimenter, déjà, ses ruptures de ton et de style. Même si le tableau général semble à l’arrivé moins cohérent et varié qu’AventureS Extraordinaires, l’efficacité constante de ses dessins polissons et le second degré omniprésent, offrent de bons moment aux amateurs.




