DEATHBRINGER

France – 2025
Genre : Fantastique
Dessinateur : Ismaël Legrand
Scénariste : Ismaël Legrand
Nombre de pages : 200 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 12 novembre 2025
LE PITCH
Un guerrier solitaire arpente les terres ravagées d’un univers médiéval hanté par des forces occultes. Au même moment, une jeune inquisitrice renoue avec son ascendance païenne afin de percer le secret de ses origines. Le lien qui les unit se révèlera à travers leur lutte commune contre un dévoreur de mondes qui s’est échappé de sa prison magique pour corrompre les âmes et détruire le vivant.
L’art des ténèbres
Album grand format, pagination costaud, dos toilé, papier épais et doux, voilà une édition bien luxueuse proposée par Delcourt. Pour l’un de ses auteurs de renom ? Pas vraiment, Ismaël Legrand, illustrateur du coté de l’animation et du jeu de rôle, signe ici sa première bande dessinée. Mais comme il a déjà tout d’un grand…
Il y a des BD qui prennent leur temps pour installer leur style et leur marque et il y a celles qui frappent fort d’emblée comme Deathbringer qui impose dès les premiers pages ce noir et blanc extrêmement tranché, contrasté et presque brutal qui va nourrir tout le récit. L’absence de couleur n’est pas juste une coquetterie de l’artiste, ou une économie de peinture, mais bien le reflet d’une quête mystique dans un monde médiévale plongé dans les ténèbres de l’obscurantisme, menacée par une force infernale qui avance à visage masquée. Une grande histoire du bien contre le mal, une nouvelle illustration de l’affrontement entre l’ombre et la lumière, qui porte la marque brulante des grandes épopées de Dark Fantasy où les figures torturées se sacrifient violemment dans l’étreinte d’un destin aussi cruel qu’injuste.
Legend
Dans un décorum médiéval fantastique où tout pue le souffre à plein nez, Deathbringer conte ainsi la quête d’une inquisitrice qui cache ses origines de païenne derrière une culpabilité destructrice, acceptant les basses besogneuses d’une église malsaine pour expier une faute qu’elle n’a pas commise. La personnification finalement d’un ordre ancestral de sorcières, instrumentalisé par le culte et gommé de la grande histoire pour être transformé en bouc émissaire de toutes les infamies. Un écho évident à certaines tragédies de notre Histoire tout autant qu’une certaine idée d’un éternel recommencement dont les révélations s’égrènent en parallèle de la lente avancée d’un guerrier mutique dans un lieu indéfinissable, constamment harcelé par de terribles créatures et des morts qui marchent. Cultivant manifestement les mêmes influences que le manga Berzerk de Kentarō Miura, mais baignées plus profondément dans l’imagerie religieuse médiévale et l’iconisation à la Frazetta, Ismaël Legrand privilège cependant beaucoup moins l’action pure, réduite ici à deux trois affrontements barbares, que la force d’une mystique presque incantatoire, abordant les personnages et les situations comme les figures échappées d’un livre de gravure où d’une galerie de statues de marbres presque décadentes. Un aspect parfois un peu monolithique, associé à un scénario à la fois foncièrement classique et quelques peu brumeux dans une dramaturgie un peu artificiellement alambiquée, qui peut décevoir les amateurs de sensations fortes, mais dont le sérieux à tout épreuve, l’affection très incarnée souligne aussi la naissance d’un auteur, et surtout d’un artiste, déjà maitre de ses moyens.
Une Dark Fantasy noire et froide, implacable, exorcisant la fureur du genre pour mieux l’incarner dans une mise en page à l’architecture solide, ancrée et encrée. Ici la légende qui s’achevait dans le sang, la mort et la décomposition, touche dans ses derniers instants à un lyrisme sacrée, biblique tel qu’annoncé dès la sublime couverture au lettrage doré.




