COSMOPIRATES T.2 : LA TORTUE D’OR

France – 2025
Genre : Space Opera
Dessinateur : Pete Woods
Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Nombre de pages : 64
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 10 septembre 2025
LE PITCH
Dans un univers où règnent la violence et l’argent, les sept Magnobankiers contrôlent toute la galaxie, exterminant parfois jusqu’à des populations entières afin de conserver leurs privilèges. Lorsque le célèbre assassin Xar-Cero découvre sa responsabilité dans l’une des plus meurtrières opérations menées au nom de ces tyrans, le conseil des Sept décide d’effacer sa mémoire pour annihiler le moindre désir de vengeance.
Celle qui se prenait pour un lièvre
Après un premier tome prometteur, la nouvelle série du maitre Alejandro Jodorowsly (L’Incal, La Caste des Métabarons, La Légende du Lama Blanc…) achève déjà son épopée spatiale avec ce second album… en apnée.
Publié il y a presque un an, le premier tome de Cosmopirates marquait les retrouvailles avec un Jodorowsky presque gamin, s’amusant à nouveau des codes naïfs du space opera d’antan et des grandes fresques aventureuses et cosmiques. Un petit quelque chose des pages les plus légères de L’Incal ou des aventures de Alef Thau qui, malgré une forme de frénésie narrative, bousculant les péripéties, trouvait assez aisément son rythme et une tonalité rafraichissante. Le second tome cependant se montre étrangement beaucoup moins accessible, constamment entrainé dans une forme d’urgence quelque-peu chaotique. Désormais leader d’une rébellion en devenir et embrassant dès les premières pages sa destinée de pirates de l’espace (comme Albator mais en moins charismatique), Xar-Cero semble conquérir les étoiles avec une facilité déconcertante. Sa rencontre avec son concurrent pirate se règle en deux coups de cuillères à pots, les retrouvailles avec sa dulcinée boudeuse (pas pour longtemps) profite un peu trop lourdement des lois du hasard et l’ultime alliance se fera non pas par une gigantesque scène de bataille spectaculaire mais bien par une fraiche discussion et un rapprochement entre les peuples humain / robot.
Au trot !
Jodorowsky ne se préoccupe pas vraiment de logique narrative, ni manifestement de motivations profondes et semble égrainer les épisodes en quelques pages comme si tous les tomes d’une saga prévue avaient été compressée méchamment pour tenir dans soixante petites pages, happy end confondant de niaiserie compris. Oui ce tome 2 est aussi le dernier. Même son regard porté sur un empire de la finance totalitaire est délaissé en cours de route au profit d’un divertissement débridé mais aussi franchement caricatural. Étrange revirement que ce La Tortue d’or qui passe effectivement totalement à coté du potentiel de cette créature ultra puissante (on pense un peu à Deepo ayant avalé l’Incal) ou à coté d’autres visions sidérantes comme un cerveau géant avec une bouche pulpeuse ou une planète spécialisée dans les anniversaires collectifs. A se demander parfois si Cosmopirates n’aurait pas directement vrillé dans la pure parodie. Même le pourtant très solide Pete Woods, grand habitué des licences Marvel (Avengers, Deadpool, Conan…) semble parfois décontenancé. Si effectivement son style graphique est toujours aussi précis, fluide et dynamique et que son travail sur les textures et les couleurs en met plein les yeux, ses compositions de planches multiplient les ellipses, les accélérations et participent alors docilement au chaos ambiant.
Un album bien curieux où il nous semble qu’il manque clairement quelques clefs aux lecteurs pour comprendre ce qu’y a pu s’y jouer.

