BLACK PARADOX

ブラックパラドクス – Japon – 2009
Genre : Fantastique, Horreur
Dessinateur : Junji Ito
Scénariste : Junji Ito
Nombre de pages : 240 pages
Éditeur : Delcourt / Tonkam
Date de sortie : 2 juillet 2025
LE PITCH
Quatre individus se sont rencontrés sur le site Internet Suicide Black Paradox. Tous sont en quête d’une mort parfaite, mais avec des raisons diverses. Marseau a une peur bleue de l’avenir, Tableau, a vu son double et préfère en finir avant que la mort ne le prenne, Pitan, l’expert en technologie, a pour double un robot bien plus brillant que lui, et Baratchi possède une moitié de visage tout droit sorti des enfers…
La mort n’est que le commencement
Edité une première fois par Tonkam en 2012 sous la forme d’une édition souple classique, le bizarroïde Black Paradox revient en version luxe, avec couverture rigide, sur-jaquette et même quelques pages couleurs, question de s’installer élégamment au sein de la vaste collection Junji Ito composée en concurrence par Delcourt et Mangetsu.
A contrario d’ailleurs de la grande majorité de ces volumes, Black Paradox n’est pas tout à fait un autre de ses recueils de nouvelles. On y trouve bien en fin de volume deux historiettes bonus, La lécheuse (variation visqueuse autour de la dame blanche) et le très court et délirant Le Pavillon étrange, largement rehaussées par quelques pages superbement colorisées (l’horreur de Ito ne fonctionne pas qu’en noir et blanc), mais l’essentiel du volume se concentre effectivement sur ce fameux Black Paradox. Là aussi la forme est trompeuse puisqu’il s’agit d’une histoire en forme de poupée gigogne où les évènements semblent s’emboiter les uns dans les autres avec une logique qui leur est propre. Tout commence par quatre jeunes japonais qui se sont rencontrés sur un forum pour suicidaires et qui décident de partir en forêt pour mettre fin à leur jour ensemble. Mais sur la route ils semblent croiser un véhicule occupé par des doubles et très vite la petite cérémonie tourne court alors que les doppelganger tombent les masques. Deuxième chapitre : pas totalement refroidis par l’échec premier, nos braves suicidaires s’essayent cette fois-ci à l’empoisonnement collectif, mais seul l’un d’entre eux trépasse réellement… avant de revenir vomissant d’étranges boules d’une matière inconnue et habitées pas des esprits.
Bille en tête
A partir de là, chaque chapitre se fera comme si Ito s’amusait à chaque fois à s’emparer d’une petite idée et à observer jusqu’où il peut en tirer le fil durant les pages suivantes. D’un simple fait-divers malheureusement très commun au Japon, l’auteur entraine le lecteur dans une aventure cyclonique de plus en plus délirante et à l’échelle de plus en plus large et improbable, relevant de questionnement médicaux, économiques et politiques à l’échelle planétaire. Entre délires body horror particulièrement poussés (l’estomac géant, la tumeur cultivée dans une piscine, les cadavres liquéfiés qui s’échappent d’un autre monde…), variation autour des fantasmes mystiques de H.P. Lovecraft, version dégénérée du Voyage fantastique et allégorie baroque sur une humanité cultivant son extinction, Black Paradox s’apparente autant à un soap malade où nos quatre héros ne cessent de se trahir pour mieux se retrouver, qu’à une expérimentation narrative mélangeant allégrement surnaturel et délires scientifiques pour mieux créer le malaise.
Moins rentre-dedans et sans doute spectaculaire et terrifiant que certaines de ses créations les plus célèbres (Tomie, Spirale, Remina…), Black Paradox est cependant une proposition aussi originale que déroutante, nourrie par un humour noir ravageur et bien entendu une maitrise visuelle sans pareil. L’artiste sait ménager ses effets, alterner les détails grotesques ou parfaitement glauques, exposer de purs délires gores dans des pleines pages choquantes à souhait sans jamais se départir de cette ligne précise et nette, belle, mais toujours prête à se laisser aller à un soupçon de caricature (le brave Pitan presque échappé d’un cartoon) et de décompositions putrides. C’est ça la magie noir de Junji Ito.




