BERSERK PRESTIGE T.1

ベルセルク – Japon – 1989 / 1990
Genre : Action, Fantastique
Dessinateur : Kentaro Miura
Scénariste : Kentaro Miura
Nombre de pages : 464 pages
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 4 juin 2025
LE PITCH
On ne présente plus Guts, le guerrier solitaire à l’épée démesurée. Marqué par un terrible passé, il parcourt le monde en semant la mort sur son passage. Un jour, il vient en aide à Puck, un elfe facétieux et volubile qui décide de l’accompagner dans son voyage. Traqué par des forces obscures, Guts tente de devenir maître de son destin pour regagner sa liberté et accomplir sa vengeance…
Manuscrit maudit
Manga culte s’il en est et œuvre d’une vie, celle de l’artiste Kentaro Miura qui nous a quitté en mai 2021 à 55 ans seulement, Berserk revient aux sources sous la forme d’une toute nouvelle édition dite Prestige. Un terme qui n’est pas usurpé loin de là et clairement à la hauteur de cette saga de Dark Fantasy épique, tragique et magistrale.
Reprenant plus ou moins l’habillage des éditions collectors des tomes 41 et 42, Glénat propose donc une nouvelle édition des premiers chapitres de Berserk avec cette fois ci un volume grand format, une couverture rigide et épaisse, un marquage à chaud à l’image d’une certaine cicatrice soulignée en couleur sang et un jaspage rouge du meilleur effet. Un objet des plus élégants et massifs qui contient pour ce premier volume les deux premiers tomes classiques mais avec le retour des planches colorisées de la première prépublication au sein du magazine Monthly Animal House, et d’autres inédites retrouvées dans les archives de l’éditeur. Au passage l’éditeur français en a profité pour revoir sa traduction, désormais sans coquilles et avec des textes plus élégants et proches de l’original.
Une gageure pour les fans de Berserk donc, même si bien entendu il s’agit là des débuts de la série, reflets d’une première période où son jeune auteur Kentaro Miura, encore occupé par sa collaboration avec le maitre Buronson sur Oh-roh et sa suite, met en place son univers et surtout son personnage principal, Guts. Un premier cycle aujourd’hui regroupé son l’appellation « l’arc du guerrier noir » encore très loin de l’amplitude et de la complexité à venir, entièrement concentré sur la figure de son anti-héros, autant marquée par Conan le barbare que Mad Max ou son homologue japonais Ken Le Survivant, figure sombre et destructrice, guerrier froid et cynique, qui traque les apôtres (des créatures maléfiques possédant les puissants) dans un monde médiéval fantastique sans pitié. Les innocents se font réduire en charpie, pulvérisés, massacrés, tandis que les soldats en fières armures ne font souvent pas long feu face à la lame gigantesques de Guts et aux démons qui reprennent leurs formes naturelles : un dieux serpent humanoïdes ou une limace gigantesque et tentaculaire.
Chien de guerre
L’enfer n’est pas loin, Giger et Lovecraft non plus, mais tout cela ressemble surtout pour l’instant à un théâtre barbare et sanglant relativement gratuit et chaotique. Seules les apparitions d’un étrange fœtus ou la mythologie naissante autant d’une pierre étrange (la Béhérit) et de dieux venus d’une autre dimension disséminent des éléments qui seront repris plus tard. Kentaro Miura avoua qu’il ne savait alors pas totalement dans quelle direction il se dirigerait, uniquement mue par la colère de son personnage, ses multiples références et fantasmes de jeune auteur et bien entendu le plaisir considérable de dessiner des batailles gores et violentes, spectaculaires et destructrices. Forcément si la précision redoutable et le style foisonnant du dessinateur sont l’une des grandes qualités du manga, ils sont encore faillibles ici, le protagoniste en particulier semblant parfois un peu rigide, et les environnements, déjà bien costauds, n’ont pas encore tout à fait la même prestance. Si aujourd’hui certains éléments de ces pages semblent même en contradiction avec l’identité de la série telle qu’elle sera mise en place à partir du quatrième tome (à venir donc dans la seconde Prestige), comme cette ouverture ultra bourrine où comme Conan dans le film de John Milius, Guts copule avec une femme qui se transforme en créature démoniaque et qui finira embrochée comme il se doit. Une introduction « in your face » qui place bien le lecteur dans un monde sans pitié, cruel et sordide, mais qui effectivement sera mis en parenthèse par les révélations à venir dans le plus célèbres story-arc « l’âge d’or ».
Si ces premiers épisodes subissent forcément la concurrence d’une longue saga étendue sur plus de 35 ans d’existence et 42 tomes (rappelons que la conclusion, en cours, a été confiée à Koji Mori tet au studio Gaga), et son marqués par quelques hésitations, ils restent un manifeste barbare du meilleur effet, sauvage et ténébreux à souhait. Ils imposent aussi déjà un anti-héros charismatique et une vision imposant de la Dark Fantasy, forcément luxueusement mis en valeur ici par une réédition glorieuse.




