BARNSTORMERS

Barnstormers #1-5 – Etats-Unis – 2022 / 2023
Genre : Aventure
Dessinateur : Tula Lotay
Scénariste : Scott Snyder
Nombre de pages : 160 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 9 avril 2025
LE PITCH
1918, aux premières heures du Barnstorming, lorsque les pilotes rivalisaient les uns avec les autres en accomplissant des exploits tous plus merveilleux, spectaculaires et… meurtriers les uns que les autres. Cette aventure est aussi un portrait intime de l’amour à la sortie de la guerre et une réflexion sur le niveau de confiance nécessaire pour mettre sa vie entre les mains de son partenaire.
A tire d’ailes
Après avoir flirté très clairement avec les frontières de l’horreur et du fantastique depuis la création de son label Best Jacket Press, Scott Snyder prend un peu de hauteurs pour sa nouvelle création : Barnstormers. La célébration d’une époque bénie de l’aviation et une histoire d’amour entre crimes et passions qui illustre joliment les dernières heures du grand ouest.
Au tout début du siècle dernier, l’aviation avait encore le vent en poupe et les petits biplaces privés pouvaient encore traverser le ciel américain en toute liberté. Aucune règles n’avait encore été posées, et ces pionniers étaient le plus souvent d’authentiques casse-cous, cascadeurs de l’extrême et têtes brulées qui se livraient à de joyeux spectacles de voltiges aussi spectaculaires que terriblement risqués. Le dernier sursaut d’un esprit de liberté et d’aventure comme un ultime écho finalement à ce qu’avait été le continent américain le siècle précédent. C’est en tout cas ainsi que Scott Snyder (Batman, American Vampire, Undiscovered Country…) le perçoit et la présente dans Barnstormers. La présence en narrateur d’un vieux chasseur de prime de la célèbre Pinkerton évoque effectivement constamment cette disparation de l’ancienne culture, gommée par l’avancée fulgurante de la civilisation, les conquêtes technologiques (le train, l’électricité…) mais aussi avant tout un capitalisme habité par un besoin de tout contrôler, posséder et normaliser.
Looping
Dans ce contexte, l’escapade de Bix, un as de l’aviation mais hanté par quelques troubles psychiatriques, et de la belle Tillie s’apparente à de la rébellion et une défiance qui ne peut être tolérée. Surtout que la demoiselle était fiancée à un jeune homme arrogant, fils d’une grande famille de propriétaires terriens, qui manifestement confond mariage et contrat d’intérêt. Deux destins qui se croisent et s’étreignent pour une grande histoire, volontairement très classique, à la Bonnie & Clyde, où le couple criminel offre des spectacles gratuits aux populations les plus pauvres et détrousse les familles riches du pays au cours de leur road-trip. Trop d’innocence et de bonté surement, trop d’insolence, ils seront rapidement rattrapés par un destin funeste, les injustices du monde et les manipulations médiatiques les transformants en tueurs en libertés. L’histoire d’une romance et d’une traque, ainsi que d’un ultime sursaut qui renoue volontairement avec les belles heures du grand Hollywood (pré-code), des classiques en noirs et blancs et des prouesses de celluloïds d’un Howard Hawks lui aussi fasciné par les bolides volants.
On aurait sans doute apprécié que Scott Snyder laisse un peu de côté sa narration textuelle trop présente et creuse sans doute plus avant quelques pistes psychologiques à peine esquissées, mais le voyage, historique et arien, vaut vraiment le détour, emporté par la candeur et le romantisme de ses deux héros, joliment dépeint par l’illustratrice Tula Lotay. Appréciée récemment sur l’onirique Somna, elle travaille ici toujours son traitement des couleurs et des textures à la palette graphique, mais creuse avec délicatesse les aspects surannés et nostalgiques du récit. Les petits cotés figés du photoréalisme de gènent pas du tout, car elle capture dans ses planches l’esprit des illustrations des vieilles publications de journaux ou publicitaires ou les légers flous des photos de stars déchues. Bix et Tillie méritent bien ce petit honneur.




