ALTERMONDE

France – 2026
Genre : Science-Fiction
Dessinateur : Paolo Antiga
Scénariste : Harry Bozino
Nombre de pages : 104 pages
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 7 janvier 2026
LE PITCH
2112. Le monde est ravagé par un climat hostile. Seuls une poignée de privilégiés vivent décemment, protégés par leur Cité dont les murs empêchent les invasions… Mais un jour, la ville fortifiée s’effondre à son tour sous les flammes. Au milieu d’un désert de cendres, un père et sa fille fuient les ruines de ce monde qui se pensait à l’abri de tout, pour tenter de survivre auprès des défavorisés dont la Cité les protégeait jusque-là…
Dernières nouvelles du futur
Désormais partenaire privilégié de l’éditeur de romans fantastiques et SF Les Editions de l’Homme sans nom (ou HSN pour les intimes), Les Humanoïdes n’hésitent pas à aller piocher dans ce catalogue de récits pour trouver la base de nouveaux albums de BD comme ici avec Nos Altermondes de Nicolas Debandt devenu plus sobrement Altermonde.
Sans doute parce que Harry Bozino (Sol-13, Ailé(e)s…) a fait le choix d’en reprendre essentiellement les thématiques fortes et les lignes narratives principales pour en donner une version plus prompte à s’intégrer dans un album d’une centaine de pages, mais aussi pour se rapprocher plus directement de la réalité du lecteur. Le roman se déroulait dans un futur lointain sur une planète éloignée où l’humanité reproduisait, à nouveau, son principe de destruction écologique. La BD elle se confronte directement à un cadre d’anticipation mettant en image la conséquence de notre immobilisme actuel. Les premières pages font certes croire à un récit de SF technologique avec sa citée utopique, ses machines et ses tenues à la Star Trek, mais rapidement, l’effondrement de la planète rattrape cette population protégée par un incendie dévastateur qui oblige les survivants à traverser les déserts environnants à la recherche de cité plus pauvres acceptant de les accueillir. Ironie, ce son les mêmes qui hier s’isolaient et refusaient de laisser entrer les réfugiés quitte à les abattre, qui sont désormais déracinés et demandeurs d’asile. Le récit est ainsi habité par deux grandes problématiques actuelles : les conséquences du réchauffement climatique et le traitement inhumain réservé bien souvent aux réfugiés économiques, politiques mais aussi de plus en plus écologique, brossant le portrait d’une humanité qui peine bien trop souvent à se retrouver et à dépasser son égoïsme, son apathie et sa peur.
Retour de karma
Sans être trop didactique, Altermonde se montre cependant tout à fait précis et crédible dans le futur qu’il décrit et dans les mécanismes humains qu’il prend pour toile de fond. Il se montre peut-être un peu plus classique dans son déroulé avec sa fuite en avant d’un père et sa fille, quittant un protectorat privilégié pour expérimenter l’exode puis la survie la plus âpre dans un camp de réfugié dans les ruines persistantes de la ville de Marseille. Les multiples sacrifices du père s’efforçant de protéger sa fille et de trouver des médicaments, les mauvais traitements assenés par les gardes, l’attente interminable d’une fuite vers d’autres rives intéressent bien plus dans le cheminement rédempteur du personnage (autrefois justement convaincu de sa supériorité) que dans ses rebondissements de thriller. On notera aussi un épilogue plutôt bien amené et qui hésite parfaitement entre espoir et lucidité, et bien entendu des illustrations très précises et réalistes signées Paolo Antiga (Mégalodon, Autopsie…). Avec une touche tout à fait italienne, il accentue constamment cette proximité du scénario, creusant les expressivités douloureuses, photographiant les paysages terreux et asséchés, privilégiant souvent les cadrages contemplatifs, pour bien prendre la mesure des évènements et de l’état du monde.
Une aventure d’anticipation tout à fait prenante et rondement menée, mais qui marque surtout par son approche frontale de thèmes dramatiques et inquiétants, on ne peut plus contemporains. Pas de solutions de facilité et de grandes démonstrations morales, mais effectivement beaucoup de questions traitées avec pertinence.





