ALIEN PAR DAN O’BANNON : LE SCÉNARIO ABANDONNÉ

Alien : The Original Screenplay #1-5 – Etats-Unis – 2020
Genre : Science-Fiction, Horreur
Scénariste : Christiano Seixas
Illustrateur : Guilherme Balbi
Nombre de pages : 128
Editeur : Vestron
Date de Sortie : 11 décembre 2020
LE PITCH
En route vers la Terre, l’équipage du vaisseau Snark intercepte un signal d’origine inconnue. Ses recherches amènent le Snark vers un astéroïde désolé, un engin extraterrestre et une mystérieuse structure pyramidale. L’horreur s’installe….
First Contact
Nouvelle adaptation en BD du mythique Alien, ce « Scénario abandonné » est surtout l’occasion de découvrir une nouvelle vision du script de Dan O’Bannon. Une approche inédite pour un voyage spatial terrifiant que l’on croyait connaître par cœur.
Suivant les précédents La Planète des singes par Rod Sterling et surtout Alien 3 par William Gibson, Vestron continue son exploration des versions avortées des grands classiques SF de la Fox produits tout récemment par un éditeur américain, Dark Horse, s’apprêtant à rendre les clefs de ces univers au Disney vorace. La fin d’une époque en sommes, car Dark Horse aura vraiment creusé, étoffé et nourri pendant des décennies cette licence depuis combinée aux suites cinématographiques, à la préquelle Prometheus et mêmes aux royaumes de Predator. L’idée d’achever l’ensemble par ce projet est donc assez logique, un retour aux sources mais qui justement à la très bonne idée de ne pas marcher sur les mêmes plates-bandes que le classique Alien The Illustrated Story produit par les grands Archie Goodwin et Walter Simonson en 79. Comme le titre l’indique, le travail de Christiano Seixas (scénario) et Guilherme Balbi (dessinateur) a été surtout de justement remonter le fil de l’histoire et d’évacuer progressivement toutes les images cultes qui sont ancrées dans l’esprit des fans et des cinéphiles. Évacuer les atmosphères low tech et étouffantes de Ridley Scott, les designs organiques de H.R. Giger, la musique définitive de Jerry Goldsmith, les interprétations inoubliables de Sigourney Weaver ou Ian Holm, pour offrir une vision totalement inédite d’un script intouché, même pas par la plume (non créditée) de Walter Hill.
De l’œuf ou l’alien
Du Dan O’Bannon pur jus dirons-nous, encore manifestement très marqué par sa principale source d’inspiration : La Planète des vampires de Mario Bava. D’où certainement ce vaisseau, le Snark et non le Nostromo, beaucoup plus fluide et doux dans ses formes, ces combinaisons d’exploration plus épurées et colorées et cette ambiances générale plus proche du Space Opera que de la maison fantôme déliquescente. Beaucoup moins caractérisés, les membres de l’équipage sont un peu les perdant dans cette opération, se résumant justement, sans intervention des acteurs et des relectures, a des figures assez interchangeables… Sans même la présence, si marquante pourtant, d’un androïde mal intentionné. L’amateur joue au jeu des différences, découvre peu à peu toute la bonification qu’a connu la structure d’Alien jusqu’à son montage final. On n’est pas forcément ici face à une grande œuvre, une découverte renversante du film de Ridley Scott, mais à une version plus brute, moins fignolée, moins originale d’une certaine façon, mais aussi face à un exercice assez passionnant et éclairant. Sans doute l’élément le plus compliqué à mettre en place (comme en parle Christiano Seixas dans sa préface), fut justement de récréer une esthétique, et donc une mythologie, de toute pièce en limitant au maximum l’influence de Giger ou Moebius. De ce côté-là Guilherme Balbi (Predators, Avatar The Next Shadow) s’en sort élégamment bien jouant sur des matières et des teintes plus végétales, des structures plus lissées (comme pour la pyramide finalement disparue dans le long métrage) et une créature triangulaire assez proches des prédateurs nocturnes de Pitch Black.
Meilleure façon d’aborder un premier script difficilement trouvable, et approche assez inédites des désormais sempiternels « LA BD du film », Alien par Dan O’Bannon n’a pas vocation à égaler le chef d’œuvre de Ridley Scott mais plutôt à en souligner, encore et toujours, une réussite qui doit moins à la chance, qu’à une combinaison miraculeuse de talents.