ALASKA

France – 2026
Genre : Thriller
Dessinateur : Tieko
Scénariste : Philippe Charlot
Nombre de pages : 64
Éditeur : Grand Angle
Date de sortie : 25 février 2026
LE PITCH
Alaska, de nos jours, le permafrost fond inexorablement… Hannah, jeune paléontologue, est envoyée dans la baie de Long Cross pour étudier les ossements d’un mammouth libérés des glaces. Derrière cette mission scientifique, elle poursuit en réalité une quête intime : comprendre la disparition de sa mère, survenue vingt-cinq ans plus tôt. Isolée au bout du monde, entre une hôte aussi glaciale que son territoire et un trappeur trop charmeur pour être honnête, elle découvre vite que Long Cross n’est pas un havre paisible où le danger se cache derrière chaque secret enfoui…
Sous la neige
Comme son titre l’indique, Alaska invite le lecteur à parcourir les contrées les plus isolées de ce pays recouvert de glace et de neige. Sur les traces de secrets du passé… mais pas forcément ceux que l’on croit.
L’album s’ouvre ainsi sur une planche qui illustre le destin tragique d’un mammouth quelques 40 000 ans avant notre ère. L’animal s’effondre, épuisé, guetté par un prédateur qui s’approche tout doucement. De nos jours, alors que le réchauffement climatique frappe durement la région, la carcasse du pachyderme réapparait à la surface et intéresse forcément les scientifiques qui dépêchent sur place une jeune paléontologue : Hannah. On pourrait s’attendre dès lors a un simple récit d’aventure, traversée jusqu’au bout de la résistance humaine dans un milieu sauvage et hostile, mais Philippe Charlot (Bourbon Street, Ellis Island…) a manifestement une toute autre idée en tête. Car ces terres boueuses et oubliées cachent aussi d’autres secrets bien gardés, parmi lesquels la protagoniste espère bien retrouver quelques indices sur la disparition de sa mère advenue 20 ans plus tôt. Les époques se croisent, se superposent et s’opposent mais la mise en perspective est constante et révélatrice à la fois d’une sensation d’éternel recommencement et d’une violence symptomatique qui touche, il faut bien le dire, principalement les femmes.
Espèce menacée
La rencontre avec la propriétaire de la cabane censée l’accueillir n’est pas des plus chaleureuses, le guide a manifestement quelques idées salaces qui lui trainent dans la caboche et une curieuse menace accompagne chacun des déplacements de Hannah, sans doute seulement en confiance avec un chien sauvage découvert sur place. A la fois thriller moderne et écho de pulsions beaucoup plus primaires, Alaska n’hésite pas à glisser vers le rape & revenge dans un cadre qui se fait de plus en plus sauvage et menaçant, pour aboutir à un suspens aussi efficace que prenant jusqu’à un final à la fois apaisé et fataliste. Une bonne surprise dont le sentiment d’implacabilité est parfaitement campé par les cases de Tieko (La Promesse de la tortue, Hindeburg…) qui mettent en valeur les paysages imposants, escarpés, froids et distants, peu à peu transformés par une terrible tempête de neiges. Les ambiances sont bien posées, en particulier lors de quelques découvertes macabres, mais le trait semi-réaliste parait parfois un peu trop classique aux vues des ambitions du récits. Un coté « à l’ancienne » qui n’est pas déplaisant et rapproche Alaska d’une certaine tradition de la BD, ici un peu trop dans la retenue, un peu trop à l’étroit lorsqu’il faut s’embarquer dans des séquences plus tendues, voire un peu tordues. Une prestation solide néanmoins.




