1949

Paklis #5-7 – Etats-Unis – 2017 / 2023
Genre : Science-Fiction
Dessinateur : Dustin Weaver
Scénariste : Dustin Weaver
Nombre de pages : 128
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 29 octobre 2025
LE PITCH
Le jour, la lieutenant Blank est une flic lancée sur les traces d’un terrible tueur en série, en 1949. Mais quand elle dort, Blank vit une vie différente, située deux cents ans dans le futur. Blank est-elle la prochaine sur la liste du tueur ? Ses rêves pourraient bien être la clé de l’affaire… Si seulement elle était capable de s’en souvenir. Le danger augmente et la tension monte à mesure qu’elle se rapproche de la vérité.
Visions futures
De Dustin Weaver, on connaissait surtout jusque-là ses performances sur les sagas à licences Star Wars (Chevaliers de l’ancienne république) ou Marvel (Avengers, Infinity…). Delcourt propose la traduction de l’une de ses créations plus indépendantes, 1949, entre polar brutal et science-fiction visionnaire, où s’exposent totalement tous ses talents.
Dans ses comics mainstream, même si son propre style maniériste et dynamique peut trancher avec le tout venant de la production, ses élans semblent être parfois quelque peu bridés, limités justement par le cadre plus industriel. C’est certainement pour cela que l’artiste développe depuis 2017, en parallèle de ces travaux, une publication beaucoup plus personnelle et libre, Paklis. Une série anthologique où se croisent plusieurs récits, tous plus ou moins ancrés dans des concepts de science-fiction, voir même le space opera pour l’un deux, et où est née justement 1949. Trois chapitres d’un bien étrange polar suivant l’enquête du lieutenant Blanks, femme flic (et d’origine latino) lancée sur les traces d’un terrible serial killer laissant ses victimes suppliciées recouvertes d’un étrange liquide bleu. Noir et blanc tranché, ambiance lourde et dialogues percutants, on n’est jamais très loin ici de Raymond Chandler, ou des vieux films noirs, mais aussi des aspirations dynamiques du Spirit de Will Eisner.
Chute dans le temps
Mais le mystère en cache un second, qui lui se déroule dans un très lointain futur où l’humanité ne vit plus que retranchée sous des dômes et retourne dans le passé pour rectifier les erreurs d’autrefois. Là-bas, Blanks est une clone cybernétique conçue pour plonger dans les mailles du temps afin de résoudre cette affaire de 1949… Mais elle va découvrir que celle-ci ne devrait pas exister. Une trame alambiquée à la Phillip K. Dick qui croise les époques et, d’une certaine façon, les réalités, faisant peu à peu douter de chacune des deux temporalités présentées. Les meurtres sanglants ouvrent la voie à une réflexion plus profonde sur l’identité, la destinée, l’inéluctable et la dangerosité de ce type de manipulation temporelle. Mais aussi prometteur que ce soit le scénario, il a quand même une nette tendance à se replier sur lui-même et à laisser constamment le lecteur dans le flou jusqu’à une résolution partielle qui tire plus vers la quête existentielle que la résolution purement policière. 1949 séduit alors certainement moins par la solidité de son storytelling, que par sa mise en place d’un univers intriguant et d’autant plus fascinant par sa mise en image. L’alternance entre les constructions tramées du polar à l’ancienne et les planches donnant corps à un futur rétro aux teintes bleutées pas si loin de l’école Métal Hurlant, fonctionne parfaitement et souligne à chaque instant la finesse vibrante du style de Dustin Weaver. On le trouve même doté d’un petit quelque chose de sud-américain dans ses légères déformations dynamiques, dans son omniprésence de mouvements, mais aussi d’une solidité à la Howard Chaykin (American Flagg !). En sommes : n ne comprend pas tout, mais c’est superbe.





