WASTELAND 3
Etats-Unis - 2020
Image plateforme « PC »Image plateforme « Playstation 4 »Image plateforme « Xbox One »
Image de « Wasteland 3 »
Genre : RPG
Musique : Mark Morgan
Développeur : inXile Entertainment
Durée : élevée
Langue : Voix en anglais, textes en français
Distributeur : Deep Silver
Date de sortie : 28 août 2020
Jeu : note
Technique : note
Jaquette de « Wasteland 3 »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Dans un Colorado post-apocalyptique, une troupe de Rangers s’allie au tout-puissant Prophète ; en échange de l’arrestation de ses trois enfants renégats, il promet des ressources à envoyer dans leur Arizona d’origine…
Partagez sur :
War, war never changes...

Après un Wasteland 2 qui avait fait l'événement il y a de cela six ans, en combinant « renaissance d'une licence mythique » et « un des premiers énormes projets de jeu vidéo sur Kickstarter », Wasteland 3 est arrivé de manière un peu plus discrète (bascule sur fig.co pour le financement, somme totale levée plus importante, mais une somme demandée moins largement dépassée, etc.). Mais il n'en était pas moins attendu de pied ferme par tous les amateurs et toutes les amatrices de sa formule diablement efficace : choix aux conséquences lourdes (se rappeler le choix exclusif en ouverture de l'épisode 2 qui offrait deux vraies options assez riches), galerie de personnages hauts en couleur, humour décalé, importance des dialogues, nombreuses possibilités d'accomplir les quêtes, fiches de personnages denses, et combats tactiques solides.

N'y allons pas par quatre chemins : dans l'ensemble, l'épisode 3 remplit le cahier des charges. Et avant de déterminer si c'est suffisant ou non pour en faire un opus aussi marquant que son prédécesseur, évacuons LA chose qui fâche : la technique. Est-ce par volonté de limiter le « save-scumming » (pratique à utiliser les sauvegardes et chargements rapides pour limiter les risques en combat, rendre les choix de dialogue moins définitifs, etc.) que les temps de chargement sont aussi colossalement longs ? Question clairement rhétorique, tant la situation est très difficilement excusable en 2020, sur un jeu aux graphismes pas non plus flamboyants, et y compris quand le jeu est installé sur un bon SSD. Et malgré un patch qui a permis de réduire le moindre chargement à une quinzaine de secondes (contre plus de... trente initialement), cela reste vraiment trop long pour un jeu de ce type. Le moindre changement de lieu nécessite un temps de chargement, rendant les déplacements un peu laborieux, et faisant toujours couler une sueur froide lorsqu'on entame une quête : va-t-elle nous forcer à des allers-retours entre deux lieux séparés par un temps de chargement ? (Bonne nouvelle, pas trop.)

Rajoutons à cela une qualité graphique correcte, avec certains dialogues en « portrait de PNJ » très agréables, notamment en ce qu'ils renvoient de manière nostalgique à ce qui avait pu être fait dans les deux premiers Fallout, malheureusement bien trop rares ; et regrettons un manque radical d'options de création de personnages, et des designs d'armures disons... spéciaux. L'ensemble du jeu est (plutôt bien) doublé, et l'ambiance sonore est agréable, plongeant bien dans l'ambiance neigeuse du Colorado. Du côté des bugs, notamment avec une équipe de développeurs bien actifs pour patcher au maximum depuis la sortie, cela reste respectable. Mais , au niveau de l'interface, et de tout ce qui va être « quality of life » (tous les petits détails destinés à rendre la vie du joueur plus agréable), c'est... une catastrophe. Les possibilités de tri de l'inventaire sont faméliques (au point que ça en devient une sinécure de passer dans les menus pour optimiser son équipement, alors que c'est théoriquement un des petits plaisirs du RPG occidental touffu), les bonus apportés par les objets aux caractéristiques et compétences sont indifférenciés de ce qui est gagné par l'expérience, la sélection de l'équipe et d'un personnage au sein de celle-ci est une catastrophe, le pathfinding est calamiteux, forçant à du micro-management pas très heureux. Seule la sélection automatique du personnage ayant la compétence nécessaire à accomplir telle ou telle action quand on décide de réaliser ladite action est un véritable plus.

 

Les frimas du grand nord


Du côté du système de jeu en lui-même, on regrettera assez amèrement le fait que les compétences ne donnent plus un % de réussite, mais fonctionnent par paliers pour accomplir telle ou telle action : si cela évite l'abus du save & reload, il est dommage de priver les joueurs de ce frisson de la prise de risque, et de lisser énormément les possibilités d'action. Il en sera un peu de même avec les combats, certes plus riches en options (des « perks » qui permettent des actions spéciales, une jauge à coups spéciaux, etc.), mais aussi un peu fades, avec notamment un équilibrage pas toujours très réussi, même si l'ensemble reste solide et plutôt agréable.
Mais là n'est pas le véritable problème de Wasteland 3. Son souci tient en tout ce qui est sorti depuis Wasteland 2 en matière de RPG indépendants « à l'ancienne » : Wasteland 3 semble resté ancré dans une époque ancienne, proposant une aventure certes plaisante, notamment avec un cadre enneigé peu courant dans une aventure post-apocalyptique, mais peinant à se renouveler réellement. On a l'impression de faire face à une sorte de grosse extension qui a au final énormément simplifié certains mécanismes pourtant si fortement liés à l'esprit « à l'ancienne » (la si excitante petite pointe de gameplay émergent qui est ici complètement gommée, la gestion des compétences qui est bien moins riche, etc.), tout en proposant une histoire qui souffle un assez lourd sentiment de déjà-vu, malgré des personnages et des situations hauts en couleur.

Surtout, Wasteland 3 souffre d'être passé après Disco Elysium. Si nous ne crierons jamais assez toute notre admiration pour ce titre exceptionnel, il faut reconnaître que, à l'instar de quelques rares autres jeux, il y a un « avant » et un « après » lui. Et malheureusement pour Wasteland 3, il souffre de la comparaison en tout point, y compris là où il devrait se distinguer, avec une écriture certes amusante (et parfois brillamment régressive), mais qui peine à totalement emporter l'adhésion. Et c'est peut-être là que se trouve tout le souci de Wasteland 3 : ce n'est pas un mauvais jeu, loin de là, mais c'est un titre dont les lacunes ne peuvent plus se permettre d'exister en 2020 ; on ne lui demande pas de révolutionner le genre, mais on ne peut plus se contenter d'avoir la même chose que pour l'épisode 2, mais en globalement un peu moins bien. Au final, on fait face à un RPG solide, qui semble néanmoins perdu dans le passé, et proposera une expérience pour le moins agréable si on réussit à faire fi de ses (énormes) problèmes, mais qui, à quelques rares séquences près, ne restera pas dans les mémoires.

Dimitri Pawlowski
















Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020