ENTRETIEN AVEC SAM RAIMI
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Sam Raimi, réalisateur

Courant 2005, durant la promotion du DVD de Spider-Man 2, Sam Raimi acceptait de revenir pour nous sur la genèse de cette suite miraculeuse, probablement son meilleur film avec Evil Dead 2. Retour sur un événement cinématographique majeur de ce début de millénaire, tandis que Jusqu'en Enfer, le dernier bébé de l'artiste, débarque dans les salles.

 

Frenetic Arts : Etait-il prévu que David Koepp écrive le scénario de Spider-Man 2, et quel rôle a-t-il joué dans la version finale du film ? Par extension, dans quelle mesure vous êtes-vous impliqué dans le script ?

 

Sam Raimi : En fait, David a rédigé un premier traitement de Spider-Man 2, dont nous n'avons en fin de compte pas retenu grand-chose. Il a été impliqué très tôt dans le processus, après qu'une première histoire fut imaginée, mais il n'était pas le seul écrivain à contribuer au film. J'ai moi-même participé au script, mon frère Ivan aussi. Messieurs Gough et Millar, qui apparaissent au générique, ont apporté de nombreuses idées, tout comme le romancier américain Michael Chabon et Alvin Sargent, arrivé en dernier sur le projet. Il s'agissait vraiment d'un travail d'équipe.
Pour moi, l'essentiel avant même d'attaquer l'écriture était de déterminer le thème de l'épisode. De quelles embûches serait semé le voyage du jeune Peter Parker ? Quelle évolution serait la plus logique pour le personnage après les événements du premier film ? Où en serait-il dans sa vie personnelle ? Quels nouveaux conflits devrait-il affronter, et quelle leçon d'humanité devrait-il apprendre ?
Une fois toutes ces questions posées, le thème du film coulait de source : le héros chercherait un moyen d'assumer son rôle de Sauveur, sans pour autant renoncer à ses propres besoins. Terriblement déséquilibré, son parcours m'a vite inspiré des séquences et des moments clés indispensables au récit. La fin m'est ainsi venue avant même l'arrivée sur le projet des autres scénaristes. J'ai trouvé des idées pour l'histoire d'amour, décidé des directions à prendre, puis fait appel à Michael Gough et Mike Millar ainsi qu'à mes producteurs Laura Ziskin et Avi Arad. Nous nous sommes enfermés ensemble dans une pièce pendant deux mois et, pendant qu'ils rassemblaient les pièces du puzzle, je me suis mis à concevoir quelques morceaux de bravoure. La séquence du train est née comme ça : je l'ai « écrite » en collaboration directe avec l'équipe des storyboards. Quant au combat sur la façade de l'immeuble, je l'ai imaginée en compagnie de mon frère. En fait les autres scénaristes n'ont pas vraiment contribué aux diverses scènes d'action, car je souhaitais les aborder avant tout d'un point de vue graphique, visuel. Heureusement, ça ne nous a pas empêchés de les mêler intimement à la narration.
Par la suite, David Koepp est venu rédiger un script à partir de tout ce matériel épars, mais nous n'allions pas vraiment dans la même direction. Michael Chabon a pris la plume à son tour et nous avons conservé de nombreux éléments de sa version. Il a contribué considérablement au développement des personnages et à l'équilibre émotionnel du film. Puis mon frère et moi avons continué de travailler sur le script, avant de passer finalement le relais à Alvin Sargent. De nouveau, nousavons joué les troglodytes dans un bureau durant des semaines entières. Nous avons peaufiné la majorité des scènes, nous les avons réarrangées, nous avons apporté de nouvelles idées, puis nous avons envoyé Alvin écrire son scénario. Mon frère et moi faisions finalement office de lien entre toutes ces versions du script.
Bref, de nombreux scénaristes et artistes visuels ont contribué à faire du film ce qu'il est, et il ne faut pas non plus oublier qu'une grande partie de l'histoire nous est venue de l'œuvre originelle de Stan Lee, plus particulièrement d'un épisode qui m'avait marqué, Amazing Spider-Man n° 50, qui voyait un Peter Parker malade mettre fin à sa croisade en tant que super-héros. Le titre était éloquent : « Spider-Man No More ».

 

Considérant l'aspect humain du film et sa mise en exergue des personnages, ne craigniez-vous pas de minimiser son aspect spectaculaire, ses affrontements de super-héros, en bref ce que les jeunes spectateurs veulent voir ?

 

Ca ne m'a jamais fait peur : j'ai vu tellement de films d'action sans âme ni émotion, j'ai pu constater à quel point ils étaient plats... Je savais tout simplement qu'avec une bonne histoire, si nous pouvions atteindre nos buts dans le domaine des sentiments, l'expérience n'en serait que meilleure pour le public.

 

Tout comme celle de Spider-Man 2, l'intrigue de Spider-Man 3 sera-t-elle tirée d'un ou plusieurs comics originaux ?

 

Cette fois-ci, je dois admettre que je travaille moins à partir du comics. Un peu moins. Pour le premier film, bien que le scénario porte la signature de David Koepp, 90% de l'histoire provenait de la bande-dessinée. Alvin Sargent, qui faisait déjà partie de l'équipe du premier film, venait lui-même des comics. Quand la suite a obtenu le feu vert, la réalité du film s'était imposée d'elle-même, et lui conférait une personnalité propre. Nous avions le devoir de poursuivre l'histoire du film telle que le public l'avait découverte, avant celle du comics, que nous avions largement modifiée sur la fin. Certes, une grande partie du script était toujours issue du comics, mais au terme de deux épisodes cinématographiques, les différences vis-à-vis de la BD se sont accrues. Maintenant que Mary Jane Watson et Peter Parker sont ensemble, les partis pris des films nous guident davantage que les livres, notamment à cause des innombrables enjeux dramatiques et questions laissées en suspens dans les deux précédents métrages. Il y a une forte demande pour que nous donnions suite à tout ça.
Que les fans se rassurent, environ 50% du film sont issus de Spider-Man 1 et 2, le reste s'inspire ouvertement de l'œuvre originale.

 

Quel était le plus grand challenge, dans le fait de donner suite au triomphe planétaire de Spider-Man ?

 

Eh bien, le plus dur vient du fait que mes films n'avaient jamais connu de succès auparavant, du moins financièrement. Quand c'est finalement arrivé avec Spider-Man, je me suis retranché, j'étais un peu effrayé, et j'ai préféré rester humble. Je n'avais aucune idée de ce qui avait bien pu susciter pareille popularité, et je ne savais pas comment une telle chose pourrait jamais se reproduire. Certaines personnes tendent à s'endurcir grâce au succès, mais je reste quelqu'un de très craintif. Le box-office de Spider-Man m'a désarmé, terrifié. Le plus difficile finalement a été de dépasser ce stade, de me dire « du calme Sam, tu n'y es pour rien ! ». Et c'est vrai. On parle tout de même ici d'un comic book dont les gens se passionnent depuis 40 ans, et je crois que le triomphe du film tient uniquement au fait que le public s'identifie à Peter Parker et au récit de Stan Lee (imagine la franchise entre les mains de Paul Anderson, et on en reparle, Sam, ndlr). J'ai donc décidé de revenir au matériau d'origine pour le second film, et j'ai fait de mon mieux pour lui rendre hommage tout en restant fidèle à moi-même. L'appui de l'œuvre de Stan Lee n'a pas dissout mes craintes, mais il les a suffisamment apaisées pour que je puisse me concentrer sur ma tâche.

 

Pouvez-vous nous parler de Spider-Man 2.1 ?

 

Bien sûr. Columbia Pictures a voulu produire une nouvelle version du film en DVD. Ce n'est pas nécessairement un director's cut : il s'agit seulement de plans d'effets spéciaux additionnels qui furent coupés des scènes d'action originelles, faute d'argent et de temps. Certaines séquences dramatiques avaient également été raccourcies au montage pour des raisons de rythme, mais certains fans caressent l'idée de voir absolument tout ce qui a pu être filmé pour Spider-Man 2. Je crois que Sony a décidé de répondre à leur demande.

 

De nombreux réalisateurs ont récemment déclaré que la quantité grandissante de suppléments au sein des DVD jouait à l'encontre de la magie du film. Il semble en effet que beaucoup de spectateurs achètent des DVD avant tout pour leurs bonus, et ne regardent pas le film immédiatement...

 

Wow. Mes sentiments sont mitigés à ce sujet. Je crois que ces suppléments ne font de mal à personne, puisque personne n'a l'obligation de les regarder. Si des gens sont intéressés, pourquoi les en priver ? Je suis d'autant plus favorable aux éditions spéciales que beaucoup de membres de l'équipe généralement mésestimés ont l'opportunité d'y participer.
Dans mon cas en revanche, j'aimerais pouvoir ne jamais parler de mes films. Je n'ai jamais aimé ça, parce que je n'ai jamais eu envie de réduire la vision qu'aurait tel ou tel spectateur d'un plan particulier ou d'un moment d'émotion à ce que je voulais exprimer au départ. A chaque fois que j'évoque ces scènes, j'ai l'impression de donner un cours magistral sur mes motivations en tant que metteur en scène ou scénariste. En fait, je ne veux surtout pas entendre Stanley Kubrick parler de ses films : ils sont tellement brillants que dès l'instant où je saurais ce qu'il avait en tête, j'ai bien peur que leur imagerie et leurs couleurs ne me fassent plus le même effet.
Je dis cela parce que le cinéma est vraiment une forme d'art qui se prête à l'interprétation. Le public contribue tant à la réussite d'un film. Il apporte des motivations, comble les vides. Il fournit les réponses, imagine ce qui peut bien errer au coin d'une rue quand le réalisateur refuse de le montrer. A chaque fois que l'on définit quelque chose, on impose naturellement des limites. C'est là que le bât blesse selon moi. Pour autant, je suis heureux que ces suppléments soient disponibles pour ceux qui souhaitent en connaître plus sur la création du film. Ces documentaires, s'ils sont bien faits, ne sont finalement pas une si mauvaise chose.

 

Vous avez donc des difficultés à regarder en arrière, et à revisiter vos films durant les commentaires audio ?

 

Oui. Je n'ai jamais vraiment souhaité en enregistrer, mais tout le monde n'a cessé de me répéter au studio : « Sam, beaucoup de fans du film seront déçus en achetant le DVD si ton commentaire n'y est pas ». Donc j'accepte, même si je préférerais l'enregistrer aux côtés de mon frère... Après tout, ce que je veux, c'est satisfaire le public, et que je ne raffole pas de l'exercice n'a pas vraiment d'importance

Alexandre Poncet






















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