AGORA
Espagne / France / Angleterre - 2010
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Agora »
Genre : Fresque
Réalisateur : Alejandro Amenabar
Musique : Dario Marianelli
Son : Anglais en DTS-HD Master Audio 5.1, Français en 5.1
Sous-titre : Français
Date de sortie : 16 juin 2010
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
IVème siècle après Jésus-Christ. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde. Réfugiée dans la grande Bibliothèque, désormais menacée par la colère des insurgés, l'astronome Hypatie tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles, avec l'aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent l'amour d'Hypatie : Oreste et le jeune esclave Davus, déchiré entre ses sentiments et la perspective d'être affranchi s'il accepte de rejoindre les Chrétiens...
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Les dieux sont tombés sur la tête

Disparu de la scène publique depuis Mar Adentro, Alejandro Amenabar était en fait attelé à l'un des projets les plus onéreux jamais produits en Europe. Péplum existentiel, drame philosophique et fresque théologique parfois à la limite du conte SF, Agora porte bien, de bout en bout de son précieux métrage, la patte du réalisateur d'Ouvre les yeux et Les Autres.

 

Prenant pour contexte une période décisive quant aux fondations de notre société moderne, soit le IVème siècle à Alexandrie, berceau de religions antiques et de croyances naissantes qui vont tenter de s'annihiler l'une l'autre, Agora pose une question essentielle : Dieu existe-t-il ? La formulation est a priori simple, le traitement l'est beaucoup moins, Amenabar ne cessant de confronter des logiques contraires et dangereusement concurrentes, pour lesquelles la raison survit rarement aux idées préconçues et aux espérances terre-à-terre des hommes. Intelligemment, Amenabar prend pour héroïne un esprit quasiment détaché du quotidien de ses congénères (voir la manière parfois assez rude dont elle traite ses esclaves, évitant accessoirement au cinéaste de s'enliser dans un discours en noir et blanc). Une héroïne suffisamment détachée, à vraie dire, pour ne se focaliser que sur la pérennité de son espèce, et la finalité du monde dans lequel elle évolue. Cette âme volontairement esseulée vogue haut, très haut au-dessus d'une mêlée déjà engluée, à l'aube du catholicisme, dans une mécanique de conflits religieux toujours plus sanguinaires.

 

La Terre vue du ciel

 

Dévoilant avec une pertinence rare (et un culot monstre, qui a dû en faire rougir quelques-uns de rage outre-Atlantique) la capacité de l'homme à s'approprier la soi-disant parole du divin, et à l'adapter à ses aspirations propres, Amenabar questionne sans cesse la présence du Créateur par l'image. Ainsi, il entame son récit par un incroyable travelling étoilé tout droit sorti de Dark City, éloigne peu à peu sa caméra jusqu'aux cieux, compare froidement le fratricide de milliers de fanatiques à une nuée de cafards incontrôlables, ou se permet quelques zooms fulgurants depuis l'espace jusqu'à la bibliothèque d'Alexandrie, demeure d'un savoir prodigieux voué à une inéluctable disparition. Lorsque les croyants mettront à sac ce temple de connaissances, source des théories de plus en plus affinées d'Hypathie (formidable Rachel Weisz) quant au fonctionnement du système solaire, Amenabar aura l'idée cinématographique ultime : basculer littéralement son cadre de haut en bas et filmer, au ralenti, des badauds en train de patauger dans le monde qu'ils ont créé : une terre sans gravité, sans règle physique ; un monde qui marche littéralement sur la tête. Un plan bouleversant à bien des égards, à l'image de cette fable dans son ensemble.

Alexandre Poncet

 

 

 

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Image :

Warner, qui distribue cette production européenne jadis parrainée aux Etats-Unis par Focus Feature, nous livre en Blu-ray un très beau master, évidemment dénué de tout défaut de pellicule, et affichant des contrastes puissants, notamment lors des scènes de nuit braquées sur la voûte étoilée. Les effets visuels, des panoramas à contre-jour d'Alexandrie aux incroyables vues spatiales, regorgent également de détails, et les couleurs sont toujours parfaitement délimitées et pleines, loin des teintes fades et baveuses auxquelles nous avait habitués le format DVD.

 

Son :

La version originale anglaise (la majorité du casting, de Rachel Weisz à Rupert Evans en passant par Oscar Isaac et l'excellent Max « fils de » Minghella, étant d'origine britannique) profite d'un excellent DTS-HD Master Audio, qui met très clairement en avant la partition enveloppante et tragique de Dario Marianelli. Les effets sonores, bien que parfois violents (les lapidations font leur effet), sont le plus souvent atténués pour des raisons d'ambiance, Amenabar s'efforçant de contempler les massacres dans un silence de mort (d'où les nombreuses prises de vues depuis l'espace). Servie par un Dolby Digital 5.1 antédiluvien, la VF est digne d'un DVD classique.

 

Interactivité :

Si l'on regrette infiniment l'absence d'un commentaire audio (à vérifier, mais il semblerait bien qu'il en ait enregistré un en espagnol pour l'exploitation dans son pays d'origine), Alejandro Amenabar prend le temps d'expliciter ses choix dans l'excellent making of d'une heure qui accompagne ce Blu-ray. Consacré à la préparation (de l'histoire, des décors, des costumes et même de la mise en scène), au tournage (avec moult anecdotes relayées par les acteurs) et à la post-production (les amateurs d'effets visuels vont être servis), ce documentaire donne la parole à la majorité des talents impliqués, en s'efforçant d'éviter l'auto-satisfaction d'usage. On notera, au détour de quelques animatiques la vision extrêmement précise du cinéaste (le plan de la destruction de la bibliothèque n'a guère changé, de l'animation infographique au tournage proprement dit), mais aussi les premiers pas très modestes de cette production de 50 millions d'euros (les images montrant Amenabar et Mateo Gil en pleine écriture, dans un bureau de la banlieue de Madrid, sont édifiantes). Des scènes coupées prolongent le plaisir du film, même si leur suppression du montage se justifie quasi systématiquement (un bémol tout de même pour le sublime prologue contemplant la voie lactée, qui par son rythme renforçait le statut de fresque du film).

 

Liste des bonus : Making of (1h), scènes coupées, bandes-annonces.

 
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