LA CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN
The Fall of the Roman Empire - Etats-Unis, Espagne - 1964
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Genre : Peplum
Réalisateur : Anthony Mann
Musique : Dimitri Tiomkin
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 185 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 2 février 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
César sent la mort approcher et désigne Livius pour lui succéder. Mais son fils Commode refuse de s’effacer : il fait assassiner son père et s’empare du trône. Livius va tenter de s’opposer à lui. C’est le début d’une époque troublée pour Rome, qui va entamer son déclin.
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Grandeur et décadence

Cinquième production massive portée par le producteur Samuel Bronston dans son Hollywood espagnol et déjà le rêve s'effondre sous son budget colossal et une idée du blockbuster historique passée de mode. Pourtant cette chute inexorable affiche un sacré panache, une élégance crépusculaire, profitant d'un casting impérial et de la réalisation assurée du grand Anthony Mann.

Réalisateur de seconde équipe sur Quo Vadis qui en 1951 relança la mode des peplum à Hollywood, Anthony Mann signa involontairement avec La Chute de l'empire romain le glas du genre. Lourdement critiqué par la presse, boudé par le public sans doute un peu lassé des grandes fresques en toges, le film va rester, aux cotés du Cléopatre de Mankiewicz, un colossal échec commercial. La fin d'une époque, et les deux films affichent les mêmes ambitions totalement démesurées (le forum roman entièrement reconstruit aux alentours de Madrid reste le plus vaste décor de cinéma jamais construit), multipliant les grandes scènes spectaculaires à renforts de milliers de figurants, non pas un simple divertissement grandiose, mais pour donner corps à une tragédie shakespearienne, une exploration bouleversante et adultes des dilemmes moraux, profonds de ses personnages. Comme le montre brillamment le film, la chute de l'empire ne se fera pas de l'extérieur, par une conquête d'un envahisseur barbare, mais bien de l'intérieur. Incontournable réalisateur de films noirs percutants (Marché de brutes..) et de western torturés (Winchester 73, Les Affameurs... ), Anthony Mann rejoue l'affrontement fraternel et symbolique avec d'un coté Commode fils de empereur philosophe Marc-Aurèle et de l'autre l'héritier proclamé Livius, général des armés.

 

"il n'en reste que des ruines"


L'un est ambitieux, névrosé, cruel et tendrait vers le tyrannique, le second reste rivé à son codes d'honneur et à son esprit miliaire, mais est tiraillé par ses sentiments amoureux. Leur affrontement culmine d'ailleurs dans deux séquences qui se répondent : une course en char absolument délirante et époustouflante (voulu pour concurrencer celle de Ben-Hur) et un duel à la lance, bien plus minimaliste, encerclé par les boucliers dressés de la garde, tel une arène. La guerre civile, le chaos contre l'ordre, une idée qui répond tout au long du film aux visions dédoublées comme cette structure en deux parties, l'une dans les frontières éloignées encore empruntes de l'ordre naturel, et la seconde comme prisonnière des immenses structures de la civilisation romaine où le gigantisme le dispute à la cupidité des prétoriens et des légionnaires. La Pax romana s'effondre sous les yeux d'un Anthony Mann déplaçant graduellement ses perspectives, isolant subtilement les personnages dans des plans extrêmement, mais discrètement, construits, et se laissant épauler par les interprétations souvent admirable d'un casting cinq étoiles. James Mason, touchant en conseiller à l'optimisme farouche, Sophia Loren sublime dans ses accents mélodramatiques, Alex Guiness impérial (c'est le cas de le dire) en dernier garant de la grandeur de Rome, mais surtout le film est porté par un savoureux Christopher Plummer en dictateur mégalomane, parfaitement dérangé mais toujours impeccable damant aisément le pion à son adversaire Stephen Boyd (Le Voyage Fantastique), impeccable dans son armure de cuir mais n'affichant pas forcément le charisme requis pour capturer l'attention du spectateur. Si son ancien partenaire de Ben Hur, Charlton Heston avait accepté ce rôle écrit pour lui, sans doute en aurait-il autrement. Cela n'aurait par contre rien changé à l'autre déséquilibre du film : un scénario qui a tendance à se fragmenter dans sa seconde partie, à enchaîner les épisodes décousus empêchant une véritable montée de la tension dramatique.

Une fresque trop vaste pour se contenter de 180 minutes de film sans doute, où les enjeux politiques et stratégiques ont parfois du mal à se plier à hauteur d'homme, où l'étendue même de l'antique empire romain semble jouer contre lui. Mais quel superbe peplum tout de même !

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Déjà utilisé par Opening puis Filmedia, le master HD (ici dans sa version intégrale avec Introduction, intermède et conclusion musicales) de La Chute de l'empire romain permet véritablement de redécouvrir le film. Les couleurs du Technicholor sont ravivées, contrastées, superbes, tandis que les décors se déploient à nouveau avec une perception colossale. On est bien loin des vieilles copies DVD ternes et neigeuses. Malheureusement cette restauration, manifestement uniquement numérique, a un prix : celui de réducteur de bruit à la main parfois un peu lourde. Les matières semblent souvent bien trop lisses, les visages et costumes manquent d'aspérités et
surtout la richesse de profondeur et de détail promis par une source 70mm restent souvent à l'état de fantasme. Vu le budget nécessaire à la restauration complète d'un film de ce type à partir d'un scan 4K, pas sûr que l'on puise obtenir mieux avant longtemps. Mais la propreté des cadres, l'impériosité des teintes et une solide définition, font oublier les déceptions.

 


Son :
On aurait pas forcément misé sur une nouvelle piste DTS HD Master Audio 5.1 pour la version originale. Cette dernière se montre pourtant très respectueuse de l'identité du film, ne proposant une dynamique poussée que lors des séquences les plus spectaculaires, mais sans sensation d'artificialité. La poursuite de char se fait plus nerveuse, les batailles légèrement plus immersives, les débats au sénat plus chaotiques... Mais c'est surtout la partition romantique de Dimitri Tiomkin qui y gagne en hauteur. Les dialogues sont clairs et nets, assez naturels dans les échanges. Plus en tout cas que le doublage français, en mono, aux voix pas toujours adéquates et à la restitution plus écrasée.

 


Interactivité :

Quelques temps après Les 55 Jours de Pékin et en attendant le prochain Le Cid, Rimini propose La Chute de l'empire romain sous la forme d'un superbe Mediabook. A l'intérieur forcément un livret inédit, piqué dans la reliure, dans lequel Stéphane Chevalier retrace la production titanesque du film, explore la méthode Bronston, présente les grands acteurs du film et leur personnage et tisse les liens entre ce film et le reste du cinéma d'Anthony Mann. Avec en sus quelques citations directement créditées au réalisateur ou à l'acteur Christopher Plummer (tirés de ses mémoires) et quelques très jolies photos, assez rares, des coulisses ou de la promotion.

L'objet contient aussi le disque Bluray et DVD du film, ainsi qu'un troisième, DVD, consacré aux bonus vidéo de l'édition. Entièrement produit chez nous ceux-ci alternent les intervenants avec Jacques Demande qui intègre le film dans le corpus « mannien », scrute sa vision de la civilisation, ses constructions dramatiques et héroïques, Samuel Blumenfeld qui s'attarde plus précisément sur la vie et la carrière de Samuel Bronston et pourquoi pas sur une vision « d'auteur » de celui-ci alors que Jean-François Rauger vient plutot évoquer les limites d'une certaine vision grandiloquente du cinéma. Trois interventions qui, comme souvent, auraient mérité à être montées dans un même item, mais qui restent pertinentes et complémentaires. A ceux-là s'ajoute aussi des interventions déjà croisées en 2013 chez Filmedia : une passionnante analyse de séquence par Jean Douchet et une critique historique du film dans laquelle Claude Aziza retrace avec pédagogie les petits écarts avec les faits historiques connus.

Liste des bonus : Le livre « La Chute de l'empire Romain » écrit par Stéphane Chevalier (96 pages), « L'anti-héros selon Anthony Mann » par Jacques Demande, critique cinéma à la revue Positif (12'), « Un empire nommé Bronston » par Samuel Blumenfeld, critique cinéma au journal le Monde (20'), « La Chute de l'empire hollywoodien » par Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque Française (12'), Analyse du film par Jean Douchet, critique et historien du cinéma (2005, 31'), « Requiem » par Claude Aziza, maître de conférences honoraire de langue et littératures latines à la Sorbonne Nouvelle (2005, 43')

 
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