NOBUHIKO OBAYASHI’S ANTI-WAR TRILOGY
Casting blossom to the sky この空の花 長岡花火物語, Seven weeks 野のなななのか, Hanagatami 花筐 - Japon - 2012, 2014, 2017
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Image de « Nobuhiko Obayashi’s Anti-War Trilogy »
Genre : Drame
Réalisateur : Nobuhiko Obayashi
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Anglais
Durée : 500 minutes
Distributeur : Third Window Films
Date de sortie : 13 décembre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
En 1941, un jeune garçon vivant avec une riche tante passe son temps à s'amuser avec ses amis. La réalité de la guerre qui s'annonce va venir bousculer leurs vies.
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Nagaoka no hanabi

Du cinéma de Nobuhiko Obayashi, nous connaissons principalement son premier film et chef d'œuvre Hausu paru en 1977. Film de maison hantée onirique, rempli d'une poésie baroque et de bonhommie, à l'image de son réalisateur atypique. En juin 2020, l'éditeur anglais Third Window Films avait pris le pari fou d'éditer Hanagatami : pénultième œuvre du maitre, avant son décès d'un cancer du poumon en avril 2020. Cette année, l'éditeur poursuit cette percée pour porter l'œuvre rare d'Obayashi en Occident, avec un coffret réunissant sa trilogie anti guerre, composée des trois films : Casting blossoms to the sky, Seven Weeks, et Hanagatami.

Dans les habitudes du cinéaste héritier de la Nouvelle vague japonaise, il y a un motif, une énergie particulière.C'est l'amour des petites gens, des petites cités qui composent le paysage japonais, ces petits riens timides, mais qui rayonnent de leur lumière comme une nuée de lucioles les soirs printaniers. Sa démarche était d'aller tourner dans ces petites villes oubliée, de les faire vivre quelque chose d'unique, le temps que la production s'affaire dans ces rues et enrichis ses échoppes après tournage. Puis cette énergie folle de révéler au grand public, le tissu social de l'archipel, autant de visages d'anonymes insignifiants, mais dont l'existence compte plus que tout. Ici, le cinéaste prend possession de la ville de Nagaoka, préfecture de Nigata, ville non épargnée par la Seconde Guerre mondiale. Le 1 août 1945, Nagaoka est dévastée par 125 bombardiers B-29 dans un assaut aérien, tard le soir. 1 470 habitants périssent. Dans les autres faits « divers » du conflit, la ville a été la cible de la campagne de terreur perpétrée par les Etats-Unis, peu après Hiroshima. En effet, des faux Fat-Man (la bombe qui a frappé Nagasaki), ces bombes du même gabarit que la bombe atomique, dépourvues de plutonium, mais pas d'explosifs, ont été lâchés sur certaines villes dans cette entreprise visant à faire fléchir l'Empire, en réponse au massacre de Pearl Harbor.
Autre fait traumatisant pour le Japon lors de la production du film, est le grand séisme du 11 mars 2011 et la catastrophe de Fukushima. Nobuhiko Obayashi originaire de la province d'Hiroshima, a particulièrement été traumatisé par le conflit lors de son enfance. Cette dernière blessure radioactive au paysage qu'il affectionne tant n'est pas à laisser tomber dans l'oubli, mais source d'inspiration. Il écrit non pas un film, mais un essai cinématographique, pour symboliser sa douleur intérieure, ainsi que cet amour intense qui l'anime. Casting blossoms to the sky, est encore une fois un film issu d'une expérimentation, comme le cinéaste sait si bien les faire.

Film hybride entre documentaire et fiction, avec ses bandeaux mentionnant l'Histoire, ses plans rapprochés comme pour des interviews. Ce film de 2h51, est une expérience entre deux écoles, celle du cinéma du réel et celle du surréalisme un peu comme dans le cinéma de Buñuel. Surréaliste par l'introduction des techniques de fond vert, et incrustes composites dans l'image. Le ciel change parfois en images animées, ou autres motifs proches du graphisme (peinture, dessin), le cadre de l'objet film est alors une myriade de rêveries diverses, symboliques d'une poésie que l'on ne voit pas ailleurs. De même la scénographie empreinte énormément au spectacle vivant, donnant un côté très théâtral à certaines scènes. Les mouvements de caméra sont très inventifs, ils donnent souvent le vertige par leur maitrise parfaite du cadre, et de la définition d'espaces. Puis tout fini par se mélanger dans un feu d'artifices visuel de textures, nous montrant que nous ne regardons pas un film, mais une œuvre d'art. Ce métrage est une expérience en soi, une expérience très touchante et émouvante, un film rare, première pièce d'un plus large puzzle.

 


Le film Seven Weeks, est un peu plus scolaire dans son exécution. Il garde cette énergie de mettre en lumière une ville oublié de l'île d'Hokkaido : Ashibetsu. Ancien bassin minier de la province insulaire, dont la population est passée de 70000 lorsqu'elle était florissante, à 14000 âmes recensées en 2016. Cette ville a pour autre particularité d'avoir été occupée par le Canada, et l'architecture locale est un savant mélange d'Occident et de traditions Orientales, reconvertis vers le tourisme pour subsister.
Ce film est une veillée funèbre pour être exact, comme le veut la tradition : après la crémation du défunt, les cendres sont conservées 49 jours, un prêtre bouddhique récite les sutras pour accompagner l'âme du défunt vers la paix éternelle. Le film suit le trépas d'un homme, et le souvenir qu'il laisse derrière lui, témoignage d'une vie et d'une ville dans les années 1930. Une étude humaniste et approfondie des blessures de la guerre, et les retombées sur ces petites bourgades non ciblées par les forces alliées, mais pas moins traumatisées par celles-ci. Ce film est une succession de tableau en flashbacks, accompagnés par une petite procession de fanfare. Ce motif déjà présent dans Casting blossom to the sky, les rapproche dans les intentions à l'œuvre en sous-texte : un brûlot pacifiste. Mais cette fois-ci, cela se traduit sans hybridation documentariste, vraiment très scolaire. Film très lisible, avec ses séquences dans l'intimité des protagonistes, mais n'oublions pas que c'est un film d'Obayashi. Comme précédemment, tournage en numérique, techniques de fonds verts, ajouts composites de textures en post-production, etc... La magie du cinéma d'Obayashi opère encore une fois avec brio, sur un métrage touchant et émotionnellement chargé, un poil en deçà par son aspect très conventionnel.

 

Panier de fleurs


Basé sur une nouvelle de Kazuo Dan (1912-1976), le film Hanagatami est coproduit par la ville de Karatsu (préfecture de Saga, sur l'île de Kyūshū), qui n'avait plus de salle de cinéma active depuis très longtemps. La mairie organisait jusqu'alors un cinéma de fortune dans ses locaux, le tout porté par une association locale. Un appel fût lancé, pour mécénat. De son côté, cela faisait 40 ans que Nobuhiko Ōbayashi gardait ce projet dans ses cartons, mais, écrit bien avant la réalisation d'Hausu en 1977, le script était justement pensé pour se dérouler dans cette ville. L'appel de soutiens externes de la ville fut l'opportunité rêvée de faire d'une pierre deux coups. C'est un film très personnel, qui illustre les craintes du réalisateur par rapport à la guerre, qui l'a traumatisé étant enfant. Les protagonistes, pris dans la tourmente en pleine ère Shōwa, et plus précisément en 1941, lors de l'invasion de la Manchourie et la bataille de Pearl Harbour. Il y narre en 168 minutes l'histoire du jeune Toshihiko, un jeune homme de 16 ans qui emménage avec sa tante dans la ville de Karatsu dont les camarades de classes devront, tour à tour, s'enrôler ou disparaître. Il y rejoindra sa cousine Mina EMA, recluse dans le manoir de la ville, en proie à la tuberculose. Pour la petite histoire, le film dépeint avec une grande véracité, la réalité du monde médical. Cela vient du fait, que le père du cinéaste était médecin et que lui-même se destinait à le devenir. Nobuhiko Obayashi est malade, et rapidement diagnostiqué en phase 4 d'un cancer des poumons. Le cinéaste sera absent un long moment, où son chef opérateur Kujô Sanbongi prend le relai, singeant le style de son vieux compère, avec qui il travaille depuis déjà 40 ans. Cette condition de vie en sursis ricoche en abîme, dans le drame de Mina.

L'illusion est parfaite, le métrage est servi dans une candeur poétique incroyable, rêveries surréalistes en surimpressions, par une association de techniques anciennes de superpositions de pellicule, et de numérique sur fonds verts. C'est une succession de tableaux, qui donnent l'impression de collages de scrapbooking prenant vie. Cette poésie, est appuyée par des textures évoquant la peinture, ou encore de l'expressionnisme du cinéma allemand des années 1920. Techniquement ce film est aussi intéressant de par ses changements de formats d'images avec du 4/3 et du cinémascope et, de savoir passer de la couleur, au noir et blancs, ou l'animation, ainsi que des prises de vues un peu plus granuleuses en 16 mm, mêlant encore une fois l'ancien et le moderne dans un tout. Cet objet cinématographique est tout autant expérimental que son aîné Hausu, ainsi qu'un vibrant hommage très Nouvelle Vague française au film Et mourir de plaisir (1960) de Roger Vadim. Le spectateur peut témoigner de la solitude grandissante de Mina (prénom pas foncièrement choisi au hasard, quand on pense aux écrits de Bram Stoker), qui est autant attachée émotionnellement, que recluse forcée comme Carmilla au domaine Von Karstein. La passion des moments partagés, malgré la mort omniprésente dans le métrage prend son plein essor dans le climax. C'est à ce moment que la parade intervient, imposante et difficile à manœuvrer, mais débordante de vie. Cette parade qui a lieu habituellement au mois de novembre (Karatsu kunchi), a été intégralement recrée pour les besoins du film lors du tournage estival. Les images, et textures se mélangent, comme des souvenirs doux amers, pour mieux s'en enrichir, et continuer d'avancer. C'est le motif, qui jalonne notre aventure humaine depuis sa genèse : un projet, une vision, des embuches colossales, et la vie qui trace son chemin vaille que vaille, envers et contre tout.

Laissée dans l'archipel nippon bien trop longtemps, les productions de Nobuhiko ŌBAYASHI prouvent que naît parfois du malheur de bien jolies choses. Cette trilogie est une belle opportunité de mettre la main sur les œuvres trop rares du cinéaste le plus original du Pays du Soleil-Levant.

Guillaume Pauchant























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Image :
L'image est claire et nette, avec d'excellents détails et, elle est exempte de problèmes de compression visibles, d'aliasing notamment. C'est clair et bien présenté, même s'il s'agit évidemment de films tournés numériquement, sujet à la douceur et au contraste tamisé.

 



Son :
Mixage tout aussi propre, la piste a un rendu très rond en 5.1. De quoi profiter des scores en toute quiétude. Le son est clair, les dialogues audibles tout au long, bien que ce ne soit pas une série de films pour défier les spécifications surround de votre installation.

 


Interactivité :

Voir Nobuhiko Obayashi en personne, sa bonhomie naturelle, sa bienveillance dans les explications de sa démarche, dans des longs entretiens, c'est caviar. Le making off d'1h15 pour Seven weeks est très instructif pour comprendre la technique employée, et vraiment se faire une idée réaliste de la maitrise du cinéaste. Petit bémol pour Hanagatami, l'édition simple sortie en 2020 a été légèrement amputée dans ses bonus, sur cette nouvelle édition. Le livret de 6 pages est anecdotique.

Liste des bonus : Interview avec Nobuhiko Obayashi (45' + 35'), Making of Seven Weeks (75'), un livret de 6 pages, Bandes-annonces.

 
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