OUTRAGES
Casualties of War - Etats-Unis - 1989
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Genre : Drame, Guerre
Réalisateur : Brian de Palma
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 & 2.0, Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 119 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 1 décembre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
En 1966 au Vietnam, un jeune soldat s’oppose à un sergent brutal et borné. Une opposition qui devient dégoût et haine quand l’escouade enlève une jeune fille et la viole…
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Sacrifiés

Pas forcément le films le plus reconnu ou le plus célébré de Brian De Palma, et pourtant Outrages est l'un de ceux qui compte le plus pour lui, personnellement et esthétiquement. Moins un film de guerre qu'un drame profondément humain et un martyr insoutenable qui marque à jamais.

Lorsqu'il découvrit en 1969 comme beaucoup d'américain l'effroyable article du New Yorker relatant le kidnapping, le viol en réunion et le meurtre d'une jeune vietnamienne par des militaires américains, Brian De Palma déjà fortement opposé à cette guerre (il échappa de justesse à la conscription) se jura d'en faire un jour le sujet de l'un de ses films. Il lui faudra supporter quelques rendez-vous manqués et surtout attendre le succès considérable du formidable Les Incorruptibles pour qu'un studio accepte de le soutenir. Les résultats au box office de Platoon et Full Metal Jacket ont certainement aidés aussi. Là non plus il n'est pas question de satisfaire le spectateur américain dans le sens du poil - point d'héroïsme primaire ici - mais bien plus de revenir sur cette cicatrice toujours béante, voir même de la rouvrir pour en nettoyer les contours. Et parmi les fait divers sordides et les massacres qui ont émaillés cette longue ingérence loin du pays, celui relaté ici à une force double. Celui de montrer jusqu'à quel point d'inhumanité certains jeunes soldats avaient pu tomber, transformés par l'enfer auquel ils assistaient, mais aussi de révéler avec un travelling arrière que la tragédie vécue par la jeune fille n'est ni plus ni moins que ce qu'à vécu le pays dans son entier. Un jeu de perspective, un split-screen presque qui vient constamment tirailler Outrages et lui offrir une portée politique et historique qui dépasse même la Guerre du Vietnam et critique frontalement l'implication militaire de l'Empire américain.

 

The Right Thing to do

Peut-être le film le plus personnel de Brian De Palma qui s'était effondré en larmes lors de sa projection en 2018 à la Cinémathèque française, et auquel il n'avait pu empêcher d'offrir un film frère, Redacted, rejouant un drame miroir dans le paysage irakien. Rarement d'ailleurs De Palma est allé aussi loin dans l'émotion pure, dans cette volonté de rester au plus proche de l'humain, dans ses fêlures, ses fragilités ou sa barbarie, en limitant au maximum les artifices. Le cinéaste était alors à l'apogée de sa virtuosités stylistique venant de parfaire ses figures obsédantes, sa camera jubilatoire et signifiée dans Les Incorruptiles, Body Double ou Pulsions. Pourtant il aborde Outrages avec une sobriété admirable, reprenant certes ces plans précisément composé, ses mouvements fluides, ses cadrages subjectifs, mais avec une grande discrétion, une subtilité presque inédite, non pas timide mais juste, pointue. Rien de plus glaçant que lorsque la question récurrente du voyeurisme dans l'œuvre du cinéaste donne naissance à un interminable plan à distance du viol collectif auquel renvoit ensuite celui de l'œil témoin tétanisé d'Eriksson. Rien de plus terrible que la mise à mort lente et sans détour de la pauvre Oanh abattue sans même un ralenti élégiaque, chutant du haut d'un pont que d'autres auraient transformé en glorieux champs de guerre. La maîtrise de De Palma est époustouflante et admirable, tout autant que sa direction d'acteurs donnant à la jeune troupe du film parmi les meilleurs rôles de leur carrière. Les débutants mais déjà solides Don Harvey, John C. Reilly ou John Leguizamo, la stupéfiante Thuy Thu Le dont ce sera l'unique prestation, et bien entendu les têtes d'affiche Sean Penn (absolument monstrueux) et Michael J. Fox (écrasé mais d'une dignité désarmante) viennent habiter avec humanité et ambiguïté ce chef d'œuvre morale. Tous des victimes de guerre (Casualties of War) emportés dans un tableau crépusculaire, funéraire même, porté par la bouleversante musique d'Ennio Morricone. Le calvaire insoutenable de Oanh n'a pas fini de nous hanter.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Wild Side Video reprend ici la copie HD tout à fait satisfaisante produite par Sony en 2018. Seulement satisfaisante car le travail de restauration n'a été effectué manifestement qu'à l'aide d'outils numériques, ou en tout cas sans nouveau scan 2K ou 4K à la source. Cela se ressent particulièrement dans la présence d'un grain numérique toujours présents, mais qui a heureusement évité les affres du lissage et du flou. Les noirs ne sont pas toujours des plus parfaits, la définition générale pourrait être plus percutante, mais il faut reconnaître à l'ensemble une propreté très marquée, une netteté, voir une profondeur, bien déssinée et une colorimétrie équilibrée.

 


Son :
Lors de sa sortie initiale Outrages fut projeté soit dans une stéréo classique soit dans une expérience plus immersive à six canaux. C'est cette dernière que reprend le mix DTS HD Master Audio 5.1 proposé ici qui délivre sans excès et avec beaucoup de naturel des atmosphères martiales dynamiques et immersives, même si l'émotion et la sobriété reste toujours au centre du dispositif. Une piste fluide et équilibrée qui fait de l'ombre à celle en 2.0 beaucoup plus économe et frontale.

 


Interactivité :

Un an après le mémorable coffret dédié à L'Homme qui voulait être roi, Wild Side Video en reprend le format pour Outrages. Ici aussi donc un lourd objet avec un boitier épais contenant un livre inédit, rédigé pour l'occasion par Nathan Réra. L'auteur justement d'un premier livre passionnant, Outrages de Daniel Lang à Brian de Palma, publié il y a quelques mois chez Rouge Profond, et auquel il propose un complément plus richement illustré. Certe il revoit le récit de la longue gestation du film, ses thématiques et ses enjeux, mais par le biais d'archives et de propos inédits recueillis, entre autre, auprès de l'assistante de De Palma. C'est cette dernière d'ailleurs qui a aussi fournie les images tournées en 8mm sur le plateau et qui constiue le bonus inédit « Casualties of war : Journal ». Au rayon des exclusivités, on trouve aussi une longue interview d'Eric Schwab, collaborateur privilégié de De Palma et ici réalisateur de seconde équipe qui éclaire, entre deux anecdotes, sur les méthodes et l'implication du cinéaste. Déjà connus mais néanmoins indispensables, la rencontre avec Michael J. Fox et surtout le making of du film (en fait essentiellement une interview de De Palma) sont présentés en SD, mais non en rien perdu de leur pertinence. Manque juste Sean Penn finalement pour parfaire le tableau.
A noter aussi la présence du premier montage cinéma du film (impacté par les demandes du distributeur) sur un DVD supplémentaire à titre de document d'archive.

Liste des bonus : Un livre grand format écrit par Nathan Réra et illustré de photos et d'archives rares (200 pages), le DVD du film en version cinéma (109'), « Des ténèbres à la lumière » : entretien avec Eric Schwab, réal. 2e équipe (41'), « Casualties of war : Journal » (26'), Making of (32'), « Eriksson's war » : entretien avec Michael J. Fox (19').

 
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