BEATRICE CENCI
Italie - 1969
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Beatrice Cenci »
Genre : Historique
Réalisateur : Lucio Fulci
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Français et italien Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 93 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 7 avril 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Beatrice Cenci »
portoflio
LE PITCH
A Rome en 1599, la jeune Béatrice attend dans une cellule le moment de son exécution. Son crime est d’avoir commandité l’assassinat de son père, Francesco Cenci, noble tyrannique et incestueux. La sentence provoque l’ire du peuple qui voit en la « Belle parricide » la martyre d’une société arrogante et hypocrite. Mais derrière l’icône se cache un personnage complexe qui a su manipuler les sentiments du serviteur Olimpio pour arriver à ses fins.
Partagez sur :
A s'en taillader les veines

L'Au-delà, Frayeurs, L'Enfer des zombies... Autant de chefs-d'œuvre qui ont fait la légende de Lucio Fulci. Le cinéaste ne jurait pourtant que par Béatrice Cenci, un film rare, marqué par un échec cuisant en salle, qui connait depuis quelques années une réhabilitation méritée, inéluctable.

Connu et (désormais) respecté pour son approche inoubliable du genre horrifique, Lucio Fulci n'en a pas moins été un metteur en scène prolifique et sans frontière, qui n'a pas hésité à s'attaquer à la comédie, au western et ici au drame historique. Un fait divers toujours aussi célèbre en Italie et qui a fait de la vraie Beatrice Cenci le symbole de l'innocence sacrifiée, de la résistance au système, du combat féministe. Un symbole qui passionna tellement le cinéaste qu'il travailla près de dix ans à son adaptation avant de le porter à l'écran, quitte à se frotter à la version flamboyante et romantique tournée par Riccardo Freda quinze ans plus tôt. Muni d'un budget confortable et des présences de George Wilson (L'étrange, Le Rouge et le noir...) et Thomas Milian (Tire encore si tu peux, Companeros, Traffic...), celui qui était alors surtout connu pour ses comédies à succès s'attaquait là à ce que l'on peut considérer comme l'œuvre la plus importante de sa vie. Un sujet qui allait lui permettre de montrer à la fois sa maîtrise du cadre et sa profondeur thématique tout en explorant librement son esthétique macabre.

 

Le corps et le fouet


Loin de tout romantisme et maniérisme rococo, Liens d'amour et de sang (titre choisi lors de sa première exploitation française) se concentre malgré ses petites fioritures de giallo, de film d'exploitation, à la description d'une période finalement bien loin de la splendeur que l'on voulait alors lui prêter : nobles décadents, église matérialiste, prêtres mettant la main à la pâte, costumes crasseux, demeures en ruines... Cette Renaissance garde encore les traces d'un moyen-âge peu reluisant, avec des airs de décadence et de décrépitude totalement affirmés. Annonçant bien des années à l'avance un réalisme crasseux que l'on retrouvera plus tard dans des productions comme Le Nom de la Rose et surtout La Chair et le sang, Béatrice Cenci choqua forcément les spectateurs de l'époque. Bien moins révulsant de ce coté-là aujourd'hui, quoique les séquences de tortures et le viol incestueux (habilement suggéré) restent plutôt corsés, ce portrait croisé d'une femme affirmée (on pense décidément beaucoup à Paul Verhoeven) et de son époque laisse désormais place à l'étrange poésie des images (Fulci n'a jamais été aussi proche de Mario Bava) et, surtout, à une profonde mélancolie. Drame sans espoir et sans lumière, Béatrice Cenci ne fustige pas seulement l'ordre religieux des siècles passé, il s'attaque tout simplement à l'avidité humaine et sa propension à rester un simple animal. L'écho effectué avec les remous sociaux de la fin des années 60, l'illustration cruelle de la condition féminine (mère, ornement ou pute... indémodable) lui donne même une curieuse et triste actualité, venant conforter l'idée d'une société humaine en classes cloisonnées et arbitraires.

Métrage parfaitement maîtrisé et ce malgré une structure narrative usant (voir abusant) des temporalités imbriquées l'une dans l'autre, ce « classique » retrouvé de Fulci est un véritable joyau noir qu'il aurait été criminel de garder caché plus longtemps.

Nathanaël Bouton-Drouard









Partagez sur :
 

Image :
On revient de loin avec Beatrice Cenci, film qui disparut des années durant de toute distribution et dont les antiques VHS soulignaient autant une mauvaise préservation qu'un désintérêt total. Le DVD de Neo Publishing apparu il y a quelques années offrait un premier pas vers la réhabilitation mais clairement le Bluray proposé par Artus a des petits airs de renaissance. Effectué à partir d'un nouveau Master 2K, la restauration est remarquable dans son mélange nouveau de cadres nettoyés et débarrassés des anciennes traces, et une stabilité inédite qui révèle mieux que jamais le travail nuancé de la photographie volontairement désaturée. Les arrière-plans retrouvent une réelle présence, les formes sont habilement dessinées et le piqué souligne une masse de détails jamais vus avant. Du très bel ouvrage parfois rattrapé par les réalités matérielles de l'époque avec des matières de pellicules qui fluctuent d'une séquence à l'autre occasionnant des variations de grain (naturel pas numérique) très visibles. C'était ça ou une image lissée et sans vie.

 


Son :

Bien présente mais pas toujours vaillantes, les pistes monos italienne et française sont là aussi victimes de leurs origines. Le mix italien par exemple est travaillé par un léger étouffement tout du long mais apporte une pointe de dynamisme relativement absent de la piste française. Plus plate, mais aussi largement plus clair, celle-ci profite au demeurant d'un doublage d'une assez belle qualité.

 


Interactivité :

Nouveau Media Book de grande classe dans la collection Lucio Fulci d'Artus Films. L'objet est toujours aussi élégant et solide et propose à la fois le Bluray, le DVD et un livret de soixante pages particulièrement bien fournis avec des articles historiques sur la véritable Beatrice Cenci, sur les différentes évocations littéraires, picturales ou cinématographiques, et bien entendu un cahier richement documenté sur le film lui-même (propos du réalisateur, analyses...). Son auteur, Lionel Grenier créateur de l'excellent site LucioFulci.fr, revient dans la section bonus des disques avec une courte présentation et une réflexion un peu plus approfondie qui met en lumière la nature particulière du projet et ses contours politiques. S'ajoutent ensuite deux longs entretients avec les acteurs Mavie Bardanzellu et Antonio Casagrande, plus tout jeunes, qui se remémorent des bribes de leurs carrières cinématographiques tout en s'attardant plus concrètement sur Beatrice Cenci. Les deux témoignages sont d'ailleurs assez cohérents l'un avec l'autre dans leurs réminiscences d'un tournage intense, d'un metteur en scène autoritaire mais charmant en coulisse et d'un Thomas Milian peu sociable. Dommage en revanche que la seule intervention d'Adrienne LaRussa (la Beatrice devenue depuisaAgent immobilière) ne se résume qu'à une petite anecdote. Il aurait été vraiment intéressant de l'entendre revenir plus avant sur ses nombreuses confrontations avec un Fulci intransigeant, mais qui fut bien obligé de reconnaitre la qualité de sa prestation finale.

Liste des bonus : Le livret « Beatrice Cenci : Sainte ou succube ? » par Lionel Grenier (64 pages), Présentation du film par Lionel Grenier (3'), « Moi, Beatrice » : analyse du film par Lionel Grenier (8'), « La famille et la torture » : entretien avec Mavie Bardanzellu (20'), « Don Giacomo » : entretien avec Antonio Casagrande (16'), « Nue pour Lucio » : anecdote de Adrienne LaRussa (2'), Diaporama d'affiches et de photos.

 
Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020