LES NUITS DE CABIRIA
I notte di Cabiria - Italie, France - 1957
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Réalisateur : Federico Fellini
Musique : Nino Rota
Image : 1.33 4/3
Son : Italien et français Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 115 minutes
Distributeur : Tamasa
Date de sortie : 18 mai 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Cabiria se prostitue pour vivre, mais cette condition ne l'empêche pas d'être d'une désarmante confiance... Ses « collègues » peuvent bien la railler, elle se défend avec la force que lui donnent ses rêves et espoirs d'une vie meilleure, et rebondit toujours après chaque déconvenue...
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L'art de la résilience

3 ans après La Strada, le duo Frederico Fellini-Giulietta Masina remportait de nouveau l'Oscar du meilleur film étranger avec Les Nuits de Cabiria en 1957. La sortie de cette version restaurée est l'occasion de redécouvrir un authentique chef d'œuvre du Maître italien encore imprégné alors de néo-réalisme.

Véritable muse de Fellini, et sa femme pendant plus de 50 ans, Giulietta Masina (Europe 51) illumine une nouvelle fois de son talent Les Nuits de Cabiria. Une composition d'ailleurs récompensée d'un prix d'interprétation féminine lors du festival de Cannes. Elle reprend ici un personnage secondaire déjà présent dans Le Cheikh blanc, deuxième film de Fellini en 1952, et qui s'inspirerait aussi d'une véritable femme rencontrée lors du tournage d'Il bidone en 1955.
Le cinéaste a alors voulu retranscrire une part de la vie de ces déclassés, prostituées, chômeurs vivant à la marge des villes, dans des terrains vagues se transformant en décharges, certains habitant même dans des grottes... Dans le but de mieux connaître ce milieu, notamment celui des « maquereaux » et de leurs « gagneuses », Fellini accomplira quelques virées nocturnes avec un certain Pier Paolo Pasolini ! Connaissant très bien son sujet, le réalisateur d'Accatone, auquel on songe à bien des égards durant Cabiria de par sa peinture de la périphérie romaine et de ses habitants, collaborera aux dialogues du film.
Mais au milieu de cette misère surgit Cabiria, petit bout de femme, fille de joie farouchement indépendante, sentimentale et bagarreuse, rêvant de sortir de sa condition. Malgré les désillusions, elle aura toujours l'art de se relever, de continuer à espérer quitte à tomber de nouveau dans un piège, d'être de nouveau séduite et abandonnée.

 

L'illusion et la tristesse


Même si la scène de fin et de début se rejoignent dans un même fatalisme cruel, Cabiria se remet en selle emportée aussi bien par les défilés religieux, les fêtes, la musique, l'allégresse avant...la prochaine « gueule de bois » chère à Fellini. A l'instar des Vitelloni ou de La dolce vita, ses personnages cherchent continuellement ces moment de joie et d'espoir, l'alcool aidant, avant un rapide retour à la réalité. Pour reprendre les propos de Jean-Christophe Ferrari (voir Bonus), il s'agit en quelque sort de «  la nécessité de l'illusion et de la tristesse » qu'on retrouve dans la plupart des films du réalisateur.
A la manière d'un Roberto Rossellini, dont il fût assistant, Fellini pose un regard réaliste notamment lors des scènes extérieures souvent avec plans larges, rues et berges désertes pour souligner la solitude de ses « héros » perdus dans leurs errances, principalement nocturnes pour le coup. On s'amusera de constater que les termes de Carracala et ses ruines n'étaient alors pas un haut lieu du tourisme mais de la prostitution romaine. Une manière aussi de rappeler l'état économique et social de l'Italie d'après-guerre. A ce titre, avant de se marier avec l'excellent François Périer (le film était coproduit avec la France), la pauvre Cabiria réussira à rassembler 400 000 lires, un trésor à ses yeux...qui de nos jours correspondrait à quelques centaines d'euros...

Le sixième film de Fellini, considéré comme son meilleur par Billy Wilder, marque aussi un tournant dans sa carrière puisqu'il délaissera peu à peu cette approche néo-réaliste, allant vers le baroque, ainsi qu'un certain optimisme sur ses semblables, une croyance en la grâce et des lendemains meilleurs...

Samuel Bouvet






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Image :
Version restaurée 4K de qualité permettant d'admirer le travail d'Otello Martelli, chef opérateur attitré de Fellini, qui nous régale de magnifiques séquences clair-obscur. Le producteur De Laurentis avait au départ imposé Aldo Tonti, fidèle de Rossellini, mais il ne s'entendait guère avec la réalisateur...qui a rusé pour s'en séparer en faisant durer le tournage au-delà du contrat de Tonti ! Il fut bien aidé par la fracture de la jambe de Masina survenue lors de la scène de la bagarre avec Matilda (qui portait des chambres à air à certains endroits de son anatomie !) !

 


Son :
Un rendu de qualité qui souligne le talent de Nino Rota délivrant une énième B.O. de qualité soulignant l'ironie du film. Post-synchronisation oblige, la VO peut sembler feutrée mais nous vous la conseillons toutefois pour apprécier la gouaille de Giulietta Masina et ses collègues !

 


Interactivité :
Outre un joli Mediabook contenant DVD et Blu-ray, on retrouve un livret reprenant un entretien avec Fellini. Les bonus vidéo ne sont pas en reste avec une analyse de J-C. Ferrari qui replace le film dans son contexte et nous rappelle l'apport de Pasolini, ou encore la structure narrative « felliniennes » propre à de nombreux autres films.
L'autre bonus est un régal, Dominique Delouche, réalisateur et assistant de Fellini sur Il bidone, La Dolce vita et Cabiria, nous contant quelques souvenirs et anecdotes savoureuses. La scène de l'illusionniste a par exemple été inspirée par une histoire racontée par Jacques Tati. On découvre aussi des caricatures dessinées par Fellini sur le tournage arborant des dessins polissons ! Il revient aussi sur les problèmes de productions (coupe de la scène de l'homme au sac, frilosité par rapport au sujet du film...) et sur l'enthousiasme de l'équipe durant le tournage.

Liste des bonus : Livret de 56 pages : Entretien avec Frederici Fellini par Aldo Tassone; Cabiria par Jean-Christophe Ferrari (27'); Cabiria et Fellini par Dominique Delouche (36'); Films annonce.

 
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