MARCHé DE BRUTES
Raw Deal - Etats-Unis - 1948
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Genre : Policier
Réalisateur : Anthony Mann
Musique : Paul Sawtell
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 79 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 15 juin 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Marché de brutes »
portoflio
LE PITCH
Joe Sullivan brûle d’envie de sortir de prison. Il décide de s’adresser au truand Rick Coyle, qui lui doit de l’argent. Rick accepte de l’aider à s’évader. En réalité, il s’agit d’un piège…
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Miséricordes

Si les westerns d'Anthony Mann ressemblent autant à des Film Noir ce n'est certainement pas un hasard, puisque ses cowboys secrets, traqués et fatalistes sont des héritiers directs de l'anti-héros de Marché de brutes, l'un de ses premiers, très, grands films.

Généralement surtout célébré pour son approche novatrice et opaque du western, avec entre autres sa collaboration historique avec James Stewart (Winchester 73, Les Affameurs...), le grand Anthony Mann a véritablement commencé son ascension stylistique quelques années plus tôt avec les deux films noirs T-Men (aka La Brigade du suicide) et Raw Deal (aka Marché de brutes) deux films noirs indépendants, à faibles budgets réalisés pour la Eagle-Lion. Le second en particulier fait preuve immédiatement d'une sophistication rare et surtout d'un démarquage, déjà, des codes du genre qu'il semble aborder avec une fausse docilité. Si le film noir avait tendance à jouer avec les limites moraux du système et la tolérance des organismes de censure, Marché de brutes va s'y heurter de pleine fouet dès la présentation du scénario et va continuer de les heurter jusqu'à l'objet final. Dans une atmosphère de toute façon totalement désespérée, les hommes s'écharpent avec une violence impressionnante (visages douloureux, étranglements pleins cadres...) et le terrible gangster Rick Coyle, incarné par la masse de Raymond Burr, impose son sadisme en balançant son plat flambé au visage de sa conquête qui avait osé lui renverser un peu d'eau sur le veston.

 

History of violence


Peu importe que l'essentiel de la scène soit hors champs, l'idée d'une femme brûlée vive gratuitement, impose une menace palpable et appuie douloureusement sur l'inéluctabilité du destin de Joe Sullivan (Dennis O'Keefe) truand trahis par ses commanditaires qui tente de rejoindre la frontière mexicaine après son évasion de prison. Pris dans un étau, poursuivis par les forces de l'ordre d'un coté et attendu par les anciens collègues de l'autre, le personnage est surtout tiraillé entre deux pôles féminins. D'un coté la femme fatale (Claire Trevor) et de l'autre la figure rédemptrice (Marsha Hunt). Entre ces deux possibles, il ne cesse d'aller et venir, hésitant entre le monde qu'il connaît et celui qui pourrait s'ouvrir à lui, hanté littéralement par une lumière qui lui échappe ou dont il ne supporte pas la clarté. Un film tout en clair obscur, magnifiquement éclairé par John Alton (La Porte du diable, Le Livre noir), qu'Anthony Mann construit comme un cauchemar claustrophobe et atmosphérique, voir onirique lorsque le road movie s'arrête un temps dans une forêt brumeuse aux arbres gigantesques ou transforme une maison encerclée en projection troublante d'une mort à venir. Les plans sont tous sublimes, le scripte ne connaît pas de temps mort, mais peut-être ce qui touche le plus dans Marché de brutes restes l'utilisation de cette voix off fataliste. Un mode de narration classique du film noir mais laissé ici à la pauvre Pat, compagne qui comprend très vite qu'elle sera délaissée, observant l'amour de sa vie tomber pour une autre, sachant qu'il y trouvera en même temps que l'expiation une fin tragique. Une tragédie humaine nimbée d'un noir profond.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Reprenant la restauration américaine datant de 2018, Rimini nous propose une superbe copie pour Marché de brutes. Un nouveau master 2K confectionné avec soin et ce malgré une source, certes de bonne qualité mais qui ne peut se hisser à la hauteur d'un travail effectué à partir d'un négatif (à priori n'existant plus en conditions convaincantes), et cela se sent essentiellement du coté d'une netteté un peu fluctuante et d'un piqué pas aussi percutant qu'il le devrait. Le rendu général n'en est pas moins une très belle surprise avec des cadres particulièrement propres et stables et de superbes contrastes célébrant la sublime photographie de John Alton.

 


Son :
Seule piste présente ici, la version originale a elle aussi connu un petit rafraîchissement nécessaire, mais n'arrive jamais totalement a se départir d'un petit effet d'écho. Mais les dialogues sont clairs et bien placés.

 


Interactivité :
Pas aussi connu qu'il devrait l'être, Marché de brutes est accompagné avec une belle ferveur par Rimini qui le présente sous la forme d'un digipack trois volets (DVD + Bluray) avec un livret de 28 pages signé une nouvelle fois par La Plume. Un très bon dossier qui revient sur les débuts d'Anthonny Mann, ses premières mains sur des commandes et enfin son véritable essor, malgré les moyens limités et les affres de la censure avec le doublet T-Men et Raw Deal, où l'on ne manque pas d'ailleurs de souligner l'importance du travail du directeur de la photographie.
Sur les deux disques on retrouve une présentation vidéos signée Christophe Chavdia qui certes reprend quelques infos identiques, mais s'efforce aussi d'instiguer quelques analyses plus thématiques et stylistiques et le rapport pas toujours si docile avec les codes du film noir.

Liste des bonus : Le livret « La Fureur des hommes » par Christophe Chavdia (28 pages), « Féminin singulier » : interview de Jacques Demange, critique à la revue Positif (15').

 
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