LES VITELLONI
I Vitelloni - Italie, France - 1953
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Les Vitelloni »
Réalisateur : Federico Fellini
Musique : Nino Rota
Image : 1.33 4/3
Son : Italien et français Dolby Digital 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 109 minutes
Distributeur : Tamasa
Date de sortie : 18 mai 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Les Vitelloni »
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LE PITCH
Dans une petite ville balnéaire animée par le seul carnaval et la période des vacances, cinq jeunes gens mènent une vie désœuvrée, d’inutiles, qui leur vaut d’être appelés « Vitelloni », les gros veaux…
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Les inutiles

Tamasa nous permet de redécouvrir le troisième film de Fellini, Les Vitelloni. Bien que souvent occultée, et devenue introuvable en DVD, cette excellente comédie néo-réaliste mérite d'être vue et revue ! D'ailleurs selon un certain Martin Scorsese, qui s'en inspira pour son Mean streets, il s'agit là du premier chef d'œuvre du maître italien...

Après Les Feux du music-hall (1950) et Le Cheikh blanc (1952), Frederico Fellini sort en 1953 I vitelloni, une chronique néo-réaliste teintée de comédie. Le mot « vitelloni » signifie littéralement « vieux veau », c'est un terme péjoratif qui désigne un « vieil » adolescent oisif qui a du mal à sortir de la jeunesse...et à trouver du boulot ! Un thème toujours d'actualité ! Il convient de rappeler que dans l'Italie des années 1950, le chômage et la pauvreté règnent notamment dans les petites villes et campagnes, comme ici dans le film où l'action se déroule dans une petite station balnéaire, hors-saison.
Alors encore satire du néo-réalisme, avant de plonger vers le baroque à partir des années 1960, Fellini capte d'un regard acerbe et cruel ses personnages principaux, cinq garçons passifs et dépassés qui partagent leurs vies entre des errances sur les plages et dans les rues désertes de la ville, des escapades dans les bars, bals, carnavals et leurs domiciles familiaux qui ne sont autres que les demeures de leurs parents ! Parmi cette bande de « Tanguy », nous retrouvons avec un grand plaisir l'excellent, et très méconnu, Franco Fabrizi en Don Juan de pacotille, sommet de veulerie, n'hésitant pas à plaquer sa copine lorsqu'il apprend qu'elle est enceinte... Fabrizi retrouvera Fellini dans Il bidone et Sordi dans Une vie difficile de Dino Risi. On l'apercevra plus tard dans des productions Bis comme Le Dernier train de la nuit d'Aldo Lado, Passeport pour deux tueurs de Fernando Di Leo ou encore La lame infernale de Massimo Dallamano.
Dans cette clique d'inutiles, fragiles et impuissants (dans tous les sens du terme), on retrouve le grand Alberto Sordi, qui venait de jouer dans Le Cheikh blanc, dans une composition étonnante de fils vivant au crochet de sa mère et de sa sœur, volontiers cynique et antipathique...comme l'atteste ce bras d'honneur adressé à des ouvriers de voirie ! Leopoldo Trieste (Où est la liberté ? De Roberto Rossellini) est l'intellectuel de la bande, incompris, ne parvenant jamais à publier son travail malgré des rencontres de comédiens qui finissent toujours mal, comme dans la scène où il rencontre Achille Majeroni, un grand acteur shakespearien, qui semble avoir des vues, pas seulement artistiques, sur notre pauvre auteur !

 

adio rimini


Les deux derniers membres du groupe sont des clins d'œil à la jeunesse de Fellini qui amène de nombreux éléments autobiographiques. En effet Ricardo Fellini, qui est le chanteur de la bande, est le propre frère du réalisateur. Quant à Franco Interlenghi, star du néo-réalisme depuis son apparition dans Sciusia de De Sica en 1946 alors qu'il était enfant, il semble représenter Fellini lui-même, comme l'atteste la fin où il double son acteur pour dire « Adio » au jeune Guido, et par la même occasion à cette ville ennuyeuse où rien ne semble pouvoir se passer. Même si le film fut tourné à Ostie, c'est bien Rimini, la ville natale de Fellini, qui est ciblée. D'ailleurs, les décors urbains ou les plages en plein hiver font songer aux superbes images de cette ville dans Le Professeur de Valerio Zurlini, où le personnage principal, joué par Alain Delon, sombrait dans le spleen et la mélancolie. La légende dit que Fellini ne retourna jamais dans cette ville qu'il avait fuie, et que lorsqu'il tourna Amarcord, autre film qui s'inspire de ses souvenirs, il prit soin de le faire dans une autre ville encore.
On peut également voir Les Vitelloni comme une sorte de prologue de La Dolce Vita qui conte l'histoire d'un jeune homme ayant quitté sa province et l'ennui pour Rome et le journalisme. En effet, le personnage joué par Marcello Mastroianni porte le même nom de famille que Moraldo, Rubini. Comme Moraldo, Marcello ira de déceptions en désillusions et finira grogui.

Les Vitelloni, nominé à l'oscar du meilleur scénario en 1958 et Lion d'argent au festival de Venise en 1953, inspira également un autre monument du septième art, Mean streets de Martin Scorsese qui là encore braquait sa caméra sur un groupe de « jeunes » new-yorkais apprentis mafieux avec en tête d'affiche Robert De Niro et Harvey Keitel. Le réalisateur américain décrit d'ailleurs parfaitement l'esprit du film de Fellini : « C'est le troisième film de Fellini et son premier chef d'œuvre. Les Vitelloni est une des inspirations majeures de Mean Streets. Il capte les émotions douces-amères d'un moment par où chacun passe, le moment où l'on réalise que l'on peut soit mûrir, soit rester un enfant pour toujours. »

Samuel Bouvet










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Image :
C'est une version restaurée 4K que nous propose Tamasa. Que dire si ce n'est que c'est un réel plaisir de redécouvrir ce film dans des conditions optimales, avec un grain particulièrement appréciable et un Noir & Blanc contrasté. Beau boulot des directeurs de la photographie : Carlo Carlini, Otello Martelli et Luciano Trassati.

 


Son :
Le film a été doublé, comme ça se faisait souvent à l'époque, d'où un son un peu feutré. Nous vous conseillons toutefois la version originale, plus cohérente notamment au niveau des dialogues. Quant à la musique de Nino Rota, elle est comme toujours divine, entraînante et mélancolique ! La collaboration avec Fellini dura du Cheikh blanc à la mort de Rota en 1979.

 


Interactivité :
Combo Blu-Ray-DVD présenté dans un joli Mediabook avec un livret de qualité. Côté bonus vidéo, le critique Jean-Christophe Ferrari fait une belle analyse du film, livrant de nombreuses anecdotes, notamment sur la jeunesse de Fellini passée à Rimini. Connaisseur de l'œuvre du réalisateur transalpin, il met également en perspective Les Vitelloni en rapport à sa filmographie et les éléments redondants. Comme ces scènes de bals ou soirées, qu'on retrouve dans la plupart des films de Fellini, où les protagonistes espèrent, pensent se trouver... Mais les masques finissent toujours par tomber, et la réalité en devient plus amère. Voir à ce titre la gueule de bois de Sordi après le carnaval !

Liste des bonus : Livret de 48 pages, Fellini par Aldo Tassone + Facsimilé du dossier de presse original + Les Vitelloni par J-C Ferrari (44'), Film annonce.

 
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